« Les impôts, ce n’était que le début. » La phrase, postée sur X ce 16 août, sonne comme un avertissement. Son auteur : ZeroBytes, pseudonyme d’un duo de pirates informatiques qui a fait vaciller, en quelques semaines, deux piliers de l’administration française. Le fisc d’abord, l’Éducation nationale ensuite. Des centaines de milliers de personnes pourraient être concernées par les données revendiquées, mais l’ampleur exacte de certaines fuites reste encore à établir.
Tout commence fin juin, puis fin juillet, avec deux intrusions dans les systèmes de la Direction générale des finances publiques. Le 14 août, l’administration confirme le vol de données concernant pas moins de 678 000 particuliers et professionnels, ainsi qu’environ 200 000 comptes cadastraux. Noms, prénoms, revenu fiscal de référence, quotient familial, taux de prélèvement à la source : de quoi armer des escroqueries ciblées et des tentatives d’usurpation d’identité. Le parquet de Paris ouvre une enquête, notamment pour association de malfaiteurs. Le Premier ministre Sébastien Lecornu convoque une réunion de crise. ZeroBytes, lui, s’en amuse : sous un message de la DGFiP relatant l’attaque, le duo répond par un émoji hilare.
Interrogés séparément par BFMTV, l’AFP et le site spécialisé FrenchBreaches, les deux hackers, qui se disent français, ne cultivent aucun mystère sur leurs intentions. Leur méthode ? Scanner les sites publics à la recherche de failles, s’y introduire, aspirer les bases. « Je trouve et je fais », résume l’un d’eux. Le but ne varie pas davantage : vendre au plus offrant, sans grille tarifaire fixée à l’avance. Le duo affirme avoir déjà cédé les données du fisc à deux acheteurs, pour un montant se chiffrant en milliers d’euros, une transaction qui reste impossible à vérifier à ce stade. « Les données sont toujours en vente », précise-t-il, une même base pouvant être dupliquée et revendue plusieurs fois.
Ce 19 août, ZeroBytes est allé plus loin, en assumant sans détour la responsabilité de ces intrusions auprès de BFMTV, jointe via une messagerie chiffrée. Ton détaché : le duo ne regrette rien. « Leurs services étaient mal sécurisés, c’est tout », balaient-ils. Une lecture que les autorités concernées ne démentent pas totalement : elles reconnaissent, de leur côté, l’existence d’une brèche informatique.
Vingt ans de fichiers
Ce 18 août, même scénario. ZeroBytes s’adresse directement au ministère de l’Éducation nationale sur X, revendiquant l’intrusion signalée fin juillet dans l’un de ses systèmes. Le ministère avait alors évoqué une compromission survenue dans la nuit du 25 juillet, détectée le lendemain, touchant des données professionnelles d’agents. ZeroBytes raconte une autre histoire, bien plus large : 346 millions de lignes brutes, réparties dans environ 2 500 fichiers représentant 43 gigaoctets, selon l’analyse de FrenchBreaches.
ZeroBytes ne revendique aucune motivation politique, mais dit chercher avant tout l’argent
Les données revendiquées concerneraient notamment des élèves, enseignants, parents, personnels académiques, avec des informations remontant à 2001 : identités, adresses, numéros de téléphone, et pour certains fichiers, des empreintes de mots de passe. Plus de vingt ans de données potentiellement compilées dans une seule fuite. Le ministère reste prudent, et n’a pour l’heure confirmé ni l’identité de l’auteur ni l’ampleur exacte du butin revendiqué. Il assure poursuivre ses expertises techniques et avoir informé individuellement les victimes concernées.
Une France « facile à pirater »
Derrière l’écran, leur identité est soigneusement verrouillée. « Je ne ferai aucun appel par vidéo ou par voix », a prévenu l’un des deux membres du duo. Seul indice : le ton employé trahit un âge plutôt jeune. Avant de s’attaquer à l’État, ZeroBytes avait déjà revendiqué des piratages visant Intermarché Drive et la Fédération Française de Handball, ainsi que, sans confirmation des entreprises concernées, un opérateur téléphonique et un groupe hôtelier. Sur les forums cybercriminels où s’échangent les bases volées, les organisations françaises reviennent souvent. « Faciles à pirater », tranche le duo pour expliquer son intérêt pour l’Hexagone.
L’épisode s’inscrit dans une série noire pour les systèmes d’information publics, après l’Agence nationale des titres sécurisés ou l’Insee ces dernières semaines. De quoi relancer, une fois de plus, le débat sur la cybersécurité de l’État, pendant que ZeroBytes, sans revendiquer la moindre motivation politique, dit chercher avant tout l’argent. Et le pouvoir de tenir l’État en échec.






