Le chanteur français Patrick Bruel est visé par de nouvelles plaintes pour agressions sexuelles et viol, des accusations que ce dernier nie. Mercredi 18 mars, le site d'investigation Mediapart a publié des témoignages d'autres femmes qui accusent le musicien.

Le comédien est visé par une nouvelle plainte pour tentative de viol et agression sexuelle qu’il nie catégoriquement. La plainte a été déposée jeudi 12 mars à Paris et l’enquête s’est ouverte à Saint-Malo, révèle mercredi 18 mars le site d’investigation Mediapart, confirmée par l’AFP et le parquet de Saint-Malo. Cette plainte s’ajoute à une autre déposée en septembre 2024. Le quotidien Mediapart rapporte par ailleurs les témoignages de six autres femmes pour violences sexuelles entre 1992 et 2019. L’une des plaignantes rapporte avoir été mineure au moment des faits.

La plainte pour tentative de viol et d’agression sexuelle a été déposée jeudi 12 mars dernier par Daniela Elstner, actuelle directrice générale de la société Unifrance qui promeut le cinéma français à l’international. Dans un entretien publié sur le site web de Mediapart, la plaignante se confie sur des faits qui se seraient déroulés en novembre 1997 lors du festival du film français d’Acapulco au Mexique. À l’époque des faits rapportés, Daniela Elstner était assistante d’Unifrance. Son avocate, Jade Dousselin, explique à l’AFP que sa cliente a avant tout porté plainte dans une « démarche qui est aujourd’hui moins une volonté de condamnation judiciaire qu’un besoin de libération, pour elle, et pour toutes les autres ».

À Saint-Malo, une plainte avait été déposée le lundi 30 septembre 2024, a confirmé une source proche du dossier auprès de l’AFP. Cette femme accuse Patrick Bruel d’un viol commis en octobre 2012, en marge du festival du film britannique de Dinard, en Ille-et-Vilaine, dont il était présent en tant que président du jury. C’est à la suite de cette plainte que l’enquête s’est ouverte. Selon la source proche du dossier, l’artiste n’a pas été interrogé par les enquêteurs pour le moment.

Des faits qui remontent à 1997

Ce n’est pas la première fois que des femmes accusent Patrick Bruel d’agressions sexuelles. « En 2019, cinq femmes travaillant comme masseuses dans des spas de luxe, dans cinq villes différentes, l’avaient accusé de violences sexuelles, en relatant des faits similaires », rappelle le site d’information Mediapart. Parmi elles, quatre avaient alors saisi la justice. En décembre 2020, la procédure avait été classée, « en l’absence d’éléments permettant de caractériser une infraction pénale ». Depuis, ce sont donc deux autres plaintes qui ont été déposées contre le chanteur.

Daniela Elstner « est venue me voir une première fois en 2019, afin d’évoquer, dans le cadre de l’institution dont elle avait la charge, le sujet émergent du #MeToo en France », a expliqué Jade Dousselin, ajoutant qu’« au moment d’appréhender ensemble le nécessaire et complexe équilibre entre la libération de la parole et le respect de la présomption d’innocence, elle m’a raconté, avec énormément d’émotion, son histoire personnelle ».

« Un objet à posséder »

Dans le sud-ouest du Mexique, à Acapulco, la compositrice et productrice Maïdi Roth, 27 ans, raconte auprès de Mediapart avoir une fois partagé un taxi avec le chanteur. « Je ne le connaissais pas, il a mis sa main sur ma cuisse, il a tenté de m’embrasser de force », affirme-t-elle avant d’ajouter que Patrick Bruel « insistait, je le repoussais, il insistait. J’ai fini par lui dire que mon copain m’attendait à la sortie du taxi. Il m’a répondu qu’il n’était pas jaloux. Ça m’a sidérée ». La compositrice et interprète française expliquait qu’« avec le recul » elle avait compris que le comportement du chanteur « n’avait rien à voir avec de la séduction ou des sentiments ». Maïdi Roth affirmait qu’elle se sentait juste comme « un objet à posséder ».

Un constat que Daniela Elstner confie à Mediapart avoir aussi ressenti : « Ce que je veux, c’est que cette fois on entende, et qu’on ne puisse plus dire qu’on ne savait pas. J’ai beaucoup entendu : « Ah mais Bruel, tout le monde le sait. » Si tout le monde le sait, alors je peux le dire dans la presse ». « J’ai pu mettre mes mots : […] j’étais une victime d’agression sexuelle, et surtout […] je n’étais pas « rien », pas un objet dont on dispose, que j’étais une femme avec des droits, et qui mérite d’être écoutée », a confié la directrice d’Unifrance, aujourd’hui âgée de 54 ans.

L’article publié par le média d’investigation « fabrique un personnage et un système qui n’ont jamais existé », affirme auprès de l’AFP l’avocat de Patrick Bruel, Christophe Ingrain. Le chanteur âgé de 66 ans « affirme n’avoir jamais outrepassé un refus, jamais forcé à un geste ou un rapport sexuel », a déclaré son conseil. « Sur une large partie des faits dont il serait question, […] la justice s’est déjà prononcée », déclare Christophe Ingrain, faisant référence aux deux enquêtes qui ont été ouvertes à la suite des plaintes déposées en 2019.