Il est décrit comme « l’animateur préféré des enfants », mais il comparaît pourtant ce mardi 5 mai devant le tribunal correctionnel de Paris. L’ex-animateur Nicolas G., qui travaillait au sein de l’école Titon (11ᵉ arrondissement), est accusé de harcèlement sexuel sur neuf fillettes âgées de 10 ans au moment des faits et d’agressions sexuelles sur trois d’entre elles.
C’est en octobre 2024 que les jeunes filles se sont rassemblées auprès de la directrice de l’établissement les faits dont elles disent avec été victimes de la part du quinquagénaire. Le comportement douteux de Nicolas G., mêlant surnoms inappropriés, câlins trop affectifs et dessins sexualisés, est au cœur de ce procès inaugural dans cette longue affaire qu’est le scandale du périscolaire de Paris. L’animateur encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.
Un « animateur préféré » au comportement « très bizarre »
Immédiatement après avoir entendu la confession des jeunes élèves de CM2 venues dans son bureau, la directrice de l’école Titon s’est hâtée de prendre l’affaire au sérieux. La cheffe d’établissement prévient la circonscription des affaires scolaires et de la petite enfance (Caspe) des 11ᵉ et 12ᵉ arrondissements. Quelques mois plus tard, l’animateur est suspendu par la mairie, alors qu’il était en cours de titularisation. Il finit interpellé et placé en garde à vue le 6 mai 2025, avant d’être placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès.
Me Julie Chalumeau, avocate de cinq familles d’enfants victimes, décrit pourtant Nicolas G. « comme l’animateur préféré des enfants ». L’accusé connaissait les jeunes plaignantes depuis le CP, poussant l’avocate à qualifier cette prise de parole de « preuve de courage ».
Interrogées par les enquêteurs, les fillettes dressent des portraits de Nicolas G. similaires. L’ancien animateur est pointé du doigt pour avoir, notamment, utilisé de nombreux surnoms déplacés comme « mon chaton » ou « mon cœur ». Sont dénoncés des câlins « hyperserrés » et non consentis, au cours desquels seraient parfois advenus des attouchements à la poitrine. Les plaignantes font également état de paroles ostensiblement déplacées : « Si je pouvais, je te ferais des bisous partout, mais je n’ai pas le droit ». L’élève concernée par cette sortie affirme être, depuis, sujette à des cauchemars : « J’ai peur que Nico me viole, même si je pense que ça n’arrivera pas ».
L’accusé réfute presque tout
Devant les enquêteurs, Nicolas G. justifie chaque trait de son étrange comportement. La seule accusation qu’il assume pleinement est son utilisation de surnoms à l’égard des jeunes filles, qui l’aident, explique-t-il, à se souvenir des différents enfants. L’ancien animateur conteste en revanche toute tentative d’attouchements : « Juste, tu dis “bonjour” et ça se transforme en “j’ai touché sa poitrine” […] à croire que je fais des câlins tout le temps, alors que c’est juste des accolades ».
Autrefois surnommé « Nico » par ses anciennes pupilles, l’accusé estime que le procès intenté à son encontre n’est autre qu’une rébellion collective manigancée par les jeunes filles, « par jalousie ». La directrice de l’établissement les aurait alors manipulées. Ce récit a été démenti par l’expertise psychologique, laquelle affirme que les plaignantes ne sont pas inclinées à transformer les faits.
Toutes les élèves reprochent au contraire la même chose concernant Nicolas G., en particulier dans le cadre de son atelier « graph et mangas », au cours desquels l’animateur propose des dessins de personnages féminins très sexualisés. Très peu vêtus et adoptant des positions suggestives, ceux-ci ont été dédramatisés par « Nico », selon qui « dans les mangas, c’est comme ça : les filles ont de fortes poitrines et les garçons sont très musclés ».
Les fillettes de l’école Titon reproche également à l’ancien animateur de leur raconter des histoires effrayantes tirées tout droit de l’émission « Faites entrer l’accusé ». Un comportement qui relève d’un plaisir sadique à perturber les plaignantes lors du repas, jusqu’à leur faire naître un sentiment de dégoût au moment de déjeuner.
L’ex-animateur déjà mis en cause par la justice dans le passé
Ce n’est pas la première fois que le comportement de Nicolas G. fait l’objet d’accusations de la part de jeunes filles. Dès 2021, l’animateur avait été pointé du doigt par une écolière pour des propos injurieux, racistes et sexistes. La Caspe des 11ᵉ et 12ᵉ arrondissements lui avait alors rappelé « la charte de l’animateur et la nécessité de garder une distance avec les enfants, sans familiarité ». En réponse, « Nico » s’était engagé à ne plus avoir recours aux surnoms, « quels qu’ils soient », pour interpeller les écolières.
Depuis 2026, 78 agents de la ville de Paris ont été suspendus dans les écoles de capitales, dont 31 pour des suspicions de violences. Le successeur d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a assuré lors de son discours inaugural que sa première priorité serait de traiter les violences sexuelles dans le périscolaire à Paris. L’édile socialiste a présenté dans ce cadre, début avril 2026, un plan d’action à 20 millions d’euros, qui comprend tout une série de « mesures d’urgence ». Parmi celles-ci, la simplification de la chaîne de signalement et la garantie d’une « transparence totale » envers les familles.





