Un mot lui coûte un ministère. Le 2 juillet 2013, Delphine Batho qualifie de « mauvais budget » les crédits alloués à l’écologie par le gouvernement auquel elle appartient. Quelques heures plus tard, François Hollande la remercie. Treize ans après cet épisode fondateur, la députée des Deux-Sèvres a choisi un mot exactement opposé pour bâtir sa candidature à la présidentielle de 2027 : le « beau ».
Coordinatrice nationale de Génération Écologie depuis 2018, Delphine Batho annonce sa candidature fin novembre 2025, dans un entretien accordé au Nouvel Obs. Son parti, dit-elle alors, refuse de rejoindre la primaire de la gauche voulue par Marine Tondelier, une démarche qu’elle juge suicidaire pour l’écologie politique. Sans bulletin vert au premier tour, prévient-elle, c’est toute l’idée d’une écologie de gouvernement qui disparaît du jeu présidentiel.
La militante devenue ministre, sans jamais se taire
Rien, dans son parcours, ne ressemble à celui d’une présidentiable classique. Pas d’ENA, pas de Sciences Po. Née à Paris en 1973, Delphine Batho se forme tôt au contact du militantisme lycéen du début des années 1990, à la présidence de la FIDL puis à la vice-présidence de SOS Racisme. Elle adhère au Parti socialiste en 1994 et s’y spécialise, fait rare à la gauche écologiste, sur les questions de sécurité et de délinquance.
En 2007, elle succède à Ségolène Royal dans la deuxième circonscription des Deux-Sèvres, un siège qu’elle conserve depuis, réélection après réélection, jusqu’en 2024. Porte-parole de François Hollande pendant sa campagne de 2012, elle intègre le premier cercle présidentiel avant de devenir ministre de l’Écologie en juin de la même année. Son passage au gouvernement dure treize mois. Le limogeage de 2013 la fait entrer dans une catégorie restreinte : celle des ministres évincés pour avoir dénoncé publiquement le manque de moyens de leur propre portefeuille.
En 2018, elle rompt avec le PS et prend la tête de Génération Écologie, deuxième formation écologiste du pays. Trois ans plus tard, à la primaire des Ecologistes de 2021, elle assume un mot que ses concurrents évitent soigneusement : la décroissance. Elle y recueille 23 801 voix. Impossible, selon elle, de concilier croissance infinie et sécurité climatique. Là où une partie des responsables écologistes privilégient les notions de « transition » ou de « sobriété », elle revendique ouvertement la décroissance, faisant de cette radicalité assumée l’un des marqueurs de son identité politique.
Décroissance, pesticides et défense : un programme à contre-courant
À l’Assemblée, Delphine Batho pèse sur deux dossiers précis. Elle revendique un rôle moteur dans l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes et s’illustre, à l’été 2025, dans la bataille parlementaire contre la loi Duplomb, contestée par une pétition signée par plus de deux millions de Français. Fait plus singulier pour une écologiste, elle siège aussi à la commission de la Défense nationale et suit, en 2025-2026, la formation de l’Institut des hautes études de défense nationale. Elle tente d’articuler souveraineté, écologie et paix, un triptyque peu fréquent dans la famille écologiste.
Peu encline à la communication, réputée pour sa maîtrise technique des dossiers et parfois jugée intransigeante
Son positionnement déroute parfois ses propres alliés. Seule députée écologiste à voter la loi contre le narcotrafic, elle refuse la motion de rejet sur le texte immigration et ne censure pas Sébastien Lecornu. Elle justifie ces choix par le refus de « la politique du pire » et par une exigence de crédibilité gouvernementale, quitte à s’écarter des postures de son camp.
Vendre du beau, voter sécuritaire : le grand écart
Le 19 juin 2026, elle publie La Politique de la beauté, un livre dans lequel elle affirme vouloir sortir l’écologie du seul registre de la contrainte. Santé, paix, beauté : ce triptyque, dévoilé en mars 2026, doit incarner une écologie « de gouvernement », selon ses mots, plutôt qu’une écologie de l’alerte permanente. Deux autres ouvrages avaient déjà posé les jalons de cette pensée, Insoumise en 2014 et Écologie intégrale en 2019, où elle reliait déjà climat, santé, agriculture et justice sociale dans un même diagnostic.
Ceux qui la côtoient à l’Assemblée décrivent une élue peu encline à la communication, réputée pour sa maîtrise technique des dossiers et parfois jugée intransigeante. Le limogeage de 2013 a nourri cette image d’une femme politique prête à payer le prix de ses convictions plutôt qu’à les taire, un trait qu’elle revendique aujourd’hui comme un gage d’authenticité face à un personnel politique jugé trop lisse.
Une contradiction demeure : comment une candidate qui défend la décroissance et une rupture avec le productivisme peut-elle, dans le même mouvement, voter des lois sécuritaires et courtiser un électorat inquiet du narcotrafic et de l’immigration ? Delphine Batho répond par le refus des étiquettes, se disant simplement pour une écologie « républicaine, populaire et indépendante ». Reste à savoir si cette fidélité à ses convictions suffira à convaincre un électorat davantage préoccupé, à l’approche de 2027, par le pouvoir d’achat et la sécurité que par la promesse d’un « monde beau ».






