Zohran Mamdani, le jeune socialiste dont la campagne pour la mairie de New York a divisé le camp des démocrates, est arrivé en tête du scrutin pendant la nuit du 4 au 5 novembre (heure française). Il devient ainsi le maire de la plus grande ville des États-Unis et incarne une nouvelle figure de pouvoir au sein d’un parti rongé par le doute.

Associated Press a relayé la victoire de Zohran Mamdani moins d’une heure après la fermeture des bureaux de vote à New York.

Du haut de ses 34 ans, le démocrate socialiste est sur le point de prendre les rênes d’une administration municipale de 306 000 employés, dans le centre mondial du capitalisme qui incarne aussi un hub culturel dictant les tendances à travers le monde. Zohran Mamdani devient non seulement le premier maire musulman de la ville, mais aussi le musulman le plus important du pays, ainsi qu’une figure politique qui pourrait utiliser sa tribune pour contrebalancer la politique de Donald Trump.

« Le futur est entre nos mains », a déclaré le nouveau maire devant une foule en délire lors de son discours de victoire au théâtre Brooklyn Paramount devant des centaines de militants. « Vous avez accordé un mandat pour changer les choses, un mandat pour une nouvelle forme de politique », a-t-il scandé.

Pourtant, l’élection du nouveau maire était loin d’être gagnée, et son mandat sera marqué par plusieurs défis. Zohran Mamdani devra notamment composer avec des attentes très élevées et des obstacles plus élevés encore pour mettre en place son programme, qui comporte des contraintes bureaucratiques, politiques et logistiques considérables. Et à New York, s’il y a bien une chose capable de mettre d’accord les habitants, c’est le fait de détester leur maire.

Pendant des mois, la route vers la victoire obtenue cette nuit a semé le trouble chez les dirigeants démocrates. Zohran Mamdani, ancien élu du Queens à l’Assemblée, s’était imposé comme une figure aussi charismatique que controversée au sein du clan démocrate, notamment aux yeux d’Andrew Cuomo, ancien gouverneur de l’État de New York, dont la candidature à la primaire avait été largement rejetée par les démocrates après des accusations de harcèlement sexuel (à ce jour, il nie toujours les faits qui sont pourtant détaillés dans un rapport complet indépendant, à l’origine de sa démission).

Après avoir échoué à l’élection de la primaire démocrate, Andrew Cuomo, au célèbre caractère bien trempé, avait annoncé refuser le résultat du scrutin et s’était donc présenté en tant que candidat indépendant, tout comme Eric Adams, le maire sortant, qui apparaissait sur les bulletins de vote ce mardi alors même qu’il avait finalement renoncé à briguer un deuxième mandat en septembre dernier.

Malgré tout, les critiques ont continué à pleuvoir sur Zohran Mamdani. Inquiets que le jeune homme devienne le nouveau visage de leur parti, les démocrates nationaux candidats aux élections nationales l’an prochain se voient même dans l’obligation de se défendre contre des accusations de marxisme radical, voire de communisme, comme Donald Trump aime à qualifier le nouveau maire. Mardi matin, le président affirmait encore que l’idéologie politique de son adversaire était considérée par de nombreux électeurs comme incompatible avec le capitalisme.

Notons que le succès politique de Zohran Mamdani est attribuable en grande partie à sa campagne médiatique habile axée sur l’accessibilité financière à New York, l’une des villes les plus chères du monde. Le nouveau maire élu s’est par exemple engagé à taxer les ultra-riches pour financer les services de garde d’enfants, les transports en commun et même les supérettes de proximité. Ses détracteurs avaient alors fustigé son programme, le qualifiant au mieux d’irréalisable, au pire d’irréfléchi. Pour autant, de nombreux électeurs ont apprécié que le candidat ait conscience des difficultés de la vie dans la ville qui ne dort jamais et ont plébiscité le caractère accessible de sa campagne.

Mardi soir, lorsque les écrans du théâtre Brooklyn Paramount ont confirmé l’issue du scrutin, la foule présente a acclamé le nouveau maire pendant plusieurs minutes. Certains militants présents se sont mis à danser, d’autres se sont pris dans les bras, submergés par l’émotion. Pour Zakiyah Shaakir-Ansari, 58 ans, qui portait un T-shirt « Muslims for Mamdani » (« Les musulmans avec Mamdani ») : « Zohran a décroché la victoire grâce à son enthousiasme débordant. Il a proposé une vision. Il n’a pas joué sur la peur ».

Pour sa part, le nouveau maire estime que ces émotions ont été cruciales pour sa victoire. « Vous avez estompé le cynisme qui définit aujourd’hui la politique », a-t-il déclaré à ses militants pendant son discours de victoire.

« Je crois que le plus important, c’est que les gens se reconnaissent et reconnaissent leurs difficultés dans une campagne », avait expliqué Zohran Mamdani au TIME en juillet dernier. « Et je pense que la principale difficulté pour nous, démocrates, est de garantir une politique directe, une politique sans ambiguïté, une politique qui, à la lecture des engagements politiques, permet de comprendre comment elle peut s’appliquer à votre vie ».

En plus de justifier ses propositions politiques, Zohran Mamdani a également dû justifier son soutien passé à la cause palestinienne et sa prétendue hostilité envers Israël et les préoccupations juives. Pourtant, ses anciennes déclarations à propos d’Israël ne lui auront pas coûté la victoire à la mairie de New York et bien qu’il ait eu l’occasion de réitérer son virage vers plus de modération sur des dossiers épineux tels que Wall Street, le logement et la police, il n’a fait aucune concession sur le Moyen-Orient. Rappelant qu’il est favorable à la cause palestinienne, et non antisioniste, il a toutefois frustré de nombreux membres de son parti considérant son attitude envers le Hamas comme trop conciliante.

Malgré tout, une majorité de l’establishment démocrate a fini par se rallier à sa cause. Hakeem Jeffries, le New-Yorkais à la tête de la minorité à la Chambre des représentants, a notamment apporté son soutien à Zohran Mamdani à la veille du vote anticipé. Quant à lui, l’ancien président Barack Obama s’est abstenu de tout soutien, mais a téléphoné au jeune candidat pendant le week-end pour lui proposer ses conseils. En revanche, Chuck Schumer, chef de la minorité au Sénat et lui aussi new-yorkais, a choisi de ne pas apporter son soutien à la campagne.

Pendant son discours de victoire, Zohran Mamdani s’est adressé aux sceptiques : « Nous nous sommes inclinés sur l’autel de la prudence, et nous en avons payé le prix. Trop de travailleurs ne se reconnaissent plus dans notre parti. Désormais, il n’y aura plus besoin d’ouvrir un livre d’histoire pour prouver que les démocrates peuvent avoir le courage d’être grands. »

Pendant les dernières heures de la campagne, Andrew Cuomo avait réitéré sa mise en garde : selon lui, Zohran Mamdani allait mettre fin à l’indépendance de New York car Donald Trump allait prendre le contrôle de la ville. « Il sera le président Trump et le maire Trump. Il va prendre le contrôle de New York et envoyer des chars d’assaut sur la Cinquième Avenue ».

Après sa victoire, Zohran Mandani s’est adressé directement à Donald Trump : « Nous pouvons répondre à l’oligarchie et à l’autoritarisme avec la force qu’ils redoutent, et non avec l’apaisement qu’ils recherchent. Donald Trump, puisque je sais que vous me regardez, j’ai trois mots à vous dire : montez le volume ».

Pour sa part, Donald Trump a déclaré dans un entretien avec 60 Minutes diffusé le week-end dernier qu’il adopterait une ligne de conduite ferme au sujet de la ville. « En tant que président, je vais avoir du mal à donner beaucoup d’argent à New York, parce que si un communiste dirige New York, envoyer de l’argent là-bas, ce serait du gâchis », a-t-il affirmé.

Andrew Cuomo a également assuré que Zohran Mamdani ferait entrer le socialisme dans une ville qui héberge de nombreux électeurs hispaniques, ceux-là mêmes qui, selon lui, ont fui cette idéologie. « Le socialisme n’a pas fonctionné au Venezuela. Le socialisme n’a pas fonctionné à Cuba. »

Les critiques de l’ancien gouverneur de New York, non plus.