L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) perd l’un de ses membres historiques. Les Émirats arabes unis ont annoncé, mardi 28 avril, se retirer prochainement de l’alliance intergouvernementale, plus de soixante ans après l’avoir intégrée. Dans un communiqué, Abou Dabi justifie ce retrait surprise au nom de son « intérêt national ».
Déjà fortement perturbée par la guerre au Moyen-Orient, laquelle provoque des difficultés d’approvisionnement en pétrole sans précédent, l’OPEP accuse un nouveau coup douloureux. Les Émirats arabes unis quitteront l’organisation dans quelques jours seulement, vendredi 1ᵉʳ mai, en même temps qu’ils se retireront de l’OPEP+.
Les Émirats pèsent le pour et le contre
Sortir des rangs de l’OPEP est loin d’être une décision inattendue. Après le Qatar en 2019, l’Équateur en 2020 et l’Angola en 2023, l’annonce des Émirats arabes unis se présente comme le dernier acte de sorties en cascade au sein de l’organisation. Abou Dhabi adopte depuis plusieurs années une position en porte-à-faux au sein du cartel, jusqu’à recevoir un traitement de faveur concernant ses quotas de production, lesquels avaient été augmentés par rapport aux autres membres.
Ce choix « s’inscrit dans la vision stratégique et économique à long terme des Émirats arabes unis et dans le développement de leur secteur énergétique, notamment l’accélération des investissements dans la production locale d’énergie », explique l’agence de presse émiratie Wam. « Elle renforce également leur engagement à jouer leur rôle de producteur responsable et fiable, tourné vers l’avenir des marchés mondiaux de l’énergie », poursuit-elle.
Les Émirats ont « apporté des contributions importantes et consenti des sacrifices encore plus grands dans l’intérêt de tous. Mais le moment est venu de concentrer nos efforts sur ce que dicte notre intérêt national », résume Wam. Sans que cela ne soit spécifiquement précisé, la guerre au Moyen-Orient, enlisé depuis plus de deux mois, pourrait jouer un rôle dans le retrait d’Abou Dhabi au sein de l’OPEP. Le pays s’impose comme l’un des plus touchés par les attaques iraniennes menées en représailles aux offensives israélo-américaines. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, fragilise grandement l’un des principaux piliers économiques du pays.
Les Émirats mettent fin à 59 années de présence au sein de l’OPEP, après l’avoir rejoint en 1967. Le cartel, qui regroupe à ce jour 12 membres majoritairement situés en Afrique et au Moyen-Orient, vise à maîtriser la production de pétrole et à stabiliser les prix face aux grandes compagnies pétrolières occidentales.
Un retrait qui vise davantage d’indépendance
En s’extirpant de l’OPEP, les Émirats arabes unis espèrent renforcer « la flexibilité dans la réponse aux dynamiques du marché, tout en continuant à contribuer à sa stabilité de manière réfléchie et responsable ». Concrètement, Abou Dhabi convoite de retrouver une liberté totale sur ses niveaux de production, normalement soumis à des quotas collectifs pour les pays membres. La décision relève d’un choix purement souverain et ne résulte pas d’une concertation préalable avec les autres membres, a tenu à préciser auprès de Reuters le ministre émirati de l’Énergie, Suhail Mohamed al-Mazrouei.
Les Émirats arabes unis ne cachent pas vouloir produire davantage lorsque la situation au Moyen-Orient reviendra à la normale, quitte à rendre le marché pétrolier plus volatil. Le pays se hisse au huitième rang des pays détenant la plus grande réserve prouvée de pétrole, devant les États-Unis, avec pas moins de 97,80 milliards de barils. Il figure en quatrième position des 22 producteurs de l’OPEP+, derrière l’Arabie saoudite, la Russie et l’Irak, avec environ 3,5 milliards de barils par jour.
En raison de son importance majeure dans la production de pétrole, les Émirats arabes unis menacent de fragiliser la cohésion de l’OPEP et de l’OPEP+. Les incertitudes sur l’avenir de ces organisations pourraient faire fluctuer le prix du pétrole. Au contraire, une intensification de la production aux Émirats pourrait faire baisser les tarifs. Les conséquences à long terme du retrait d’Abou Dhabi demeurent pour l’heure encore très incertaines. L’annonce des Émirats a freiné la progression des cours du pétrole mardi 28 avril.





