C’est un message teinté d’urgence qui a résonné cette semaine à Rabat. Lors d’une conférence de presse aux côtés de Nasser Bourita, le ministre marocain des Affaires étrangères, le sous-secrétaire d’État américain Christopher Landau a été sans équivoque : les États-Unis veulent une solution « rapide » au conflit du Sahara occidental. Ce vaste territoire désertique de 266 000 km², bordé par des eaux poissonneuses, reste aujourd’hui l’un des derniers bastions non décolonisés d’Afrique.
Ancienne colonie espagnole, la région est disputée depuis 1975 entre le Maroc, qui en contrôle la majeure partie, et les indépendantistes du Front Polisario, fermement soutenus par l’Algérie. Face à ce que l’ONU considère encore comme un territoire « non autonome », l’administration américaine estime que le statu quo a assez duré. « Il n’est pas possible que ce type de conflits dépasse la durée de vie des êtres humains », a martelé M. Landau, jugeant « ridicule » une situation qui dure « depuis un temps inacceptable ». Selon lui, le conflit ne peut pas attendre « 50, 150 ou 200 ans pour être résolu ».
Un alignement diplomatique derrière Rabat
L’impatience américaine s’appuie sur une bascule diplomatique majeure initiée ces dernières années. En 2020, Washington a officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en contrepartie de la normalisation des relations entre Rabat et Israël. Sur le réseau social X, Christopher Landau a tenu à réaffirmer cette reconnaissance, tout en apportant le soutien des États-Unis au plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007, qu’il qualifie de base pour une « solution juste et durable ».
« Excellente réunion cet après-midi avec mon ami Nasser Bourita, le très respecté et perspicace ministre des Affaires étrangères du Maroc. Nous avons discuté d’une vaste gamme de questions bilatérales, régionales et mondiales, et j’ai réaffirmé la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental », s’est félicité, sur X, Christopher Landau.
Cette vision américaine s’est peu à peu imposée au sein de la communauté internationale. En octobre dernier, sous l’impulsion des États-Unis de Donald Trump, le Conseil de sécurité de l’ONU a qualifié ce plan d’autonomie de solution « la plus réalisable » pour sortir de l’impasse. Une tendance suivie par l’Espagne en 2022, et tout récemment par la France : le 20 octobre 2024, le président Emmanuel Macron a déclaré au Maroc que « le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ».
L’Algérie, l’incontournable équation
Si le vent souffle en faveur de Rabat, la résolution rapide espérée par Washington se heurte à un obstacle de taille : l’Algérie. Le voisin et rival régional soutient la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et dénonce vivement les récents positionnements occidentaux. Le gouvernement algérien a ainsi qualifié la déclaration d’Emmanuel Macron d’« inopportune et contre-productive », tandis qu’il avait boycotté le vote de l’ONU en octobre, arguant que la résolution onusienne ne reflétait pas « fidèlement la doctrine onusienne en matière de décolonisation ».
Conscient que la paix passera nécessairement par Alger, Christopher Landau a pris soin de s’y arrêter pour rencontrer le président algérien Abdelmadjid Tebboune avant de se rendre au Maroc. Sur la base des récentes résolutions de l’ONU, les États-Unis et les Nations unies ont d’ailleurs organisé depuis le début de l’année des séances de négociations à quatre réunissant le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie.
Dans un discours prononcé à huis clos devant le Conseil de sécurité, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, a affirmé qu’il existait « un véritable élan » et « une chance » de résoudre ce conflit vieux de cinquante ans. Reste à savoir si cette nouvelle pression américaine suffira à transformer cette chance en une paix historique.





