Des attaques qui pourraient avoir des conséquences concrètes pour l’ensemble de la population. Quelques jours seulement après que le Moyen-Orient a été embrasé par l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran et les représailles de Téhéran, le trafic maritime mondial, à commencer par celui des pétroliers, est déjà totalement perturbé. Depuis l’ouverture des marchés, ce lundi 2 mars, les prix du pétrole se sont envolés de 13 %.
Aux alentours de 00 h 15 (heure de Paris), le baril de Brent de la mer du Nord s’envolait de 9,90 %, atteignant 80,16 dollars, après avoir déjà ouvert en hausse de 13 %. Cela représente une augmentation importante du cours du Brent, la référence internationale concernant les prix du pétrole. Il s’affichait déjà à plus de 72 dollars vendredi 27 février, bien loin des 61 dollars du début d’année.
Cette hausse s’explique notamment par l’arrêt de navires autour du golfe et la paralysie du détroit d’Ormuz. Après une attaque ayant touché deux navires dimanche au large des Émirats arabes unis et d’Oman, l’Organisation maritime internationale a appelé les compagnies maritimes à « éviter » la région. Conséquence directe de cette décision : le transport maritime via le détroit d’Ormuz est de facto suspendu, ce qui pose un large problème pour le commerce mondial, puisque c’est par ce détroit que transite quelque 20 % de la consommation mondiale de pétrole, soit environ 20 millions de barils par jour.
Un prix du baril qui pourrait dépasser 100 dollars
« En cas d’interruption prolongée des livraisons via le détroit d’Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu’à 100 dollars le baril (…) notamment en cas d’attaques contre les installations pétrolières dans la région », souligne Eurasia Group, un cabinet de conseil en risque politique, auprès de l’AFP. Pour rappel, la dernière fois que les prix du brut ont dépassé les 100 dollars, cela a eu lieu au début de la guerre en Ukraine, ce qui, avec une augmentation des prix du gaz, avait contribué à un cycle inflationniste prolongé. En réaction au conflit, l’Arabie saoudite, la Russie, ainsi que six autres membres de l’alliance de pays exportateurs Opep+, ont augmenté ce dimanche 1ᵉʳ mars leurs quotas de production de 206 000 barils par jour pour le mois d’avril.
« La hausse des primes liées au conflit, les modifications d’itinéraires et la réévaluation des assurances peuvent maintenir les coûts du pétrole et du fret à un niveau élevé », observe cependant Charu Chanana, de Saxo Markets. « L’impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de brut », complète Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy. Le fait que l’Iran, l’un des dix plus grands producteurs mondiaux de pétrole avec environ 3,1 millions de barils par jour, soit au cœur des tensions est un élément qui a de quoi inquiéter. Si des frappes touchent des infrastructures pétrolières, cela pourrait avoir des conséquences durables.
Le risque d’une augmentation du prix du gaz
Pour Donald Trump, ces hausses de prix attendues ne sont pas une bonne nouvelle. « Le talon d’Achille [de Donald Trump], ce sont les prix pétroliers élevés », explique Michelle Brouhard, analyste chez Kpler. Selon cette dernière, l’Iran pourrait chercher à maintenir les prix du brut élevés pour avoir un levier de pression sur Donald Trump, qui a promis à son électorat des prix bas, à l’approche des élections de mi-mandat en fin d’année. Les prix du gaz risquent, eux aussi, de bondir : un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transite aussi par Ormuz.
Cet embrasement de la région est une mauvaise nouvelle pour l’ensemble du commerce international : les principaux armateurs mondiaux ont annoncé se détourner du détroit d’Ormuz, les assureurs ont fait bondir leurs tarifs pour les navires traversant le Moyen-Orient, voire totalement annulé leur couverture, comme c’est le cas du scandinave Skuld. Pour les cargos, naviguer dans le Golfe devient prohibitif ou impossible.






