Après que les combats se sont intensifiés entre l’armée syrienne et les forces kurdes, Damas a finalement annoncé un cessez-le-feu ce dimanche 18 janvier. Des pourparlers sont attendus entre les deux parties ce lundi 19 janvier, afin qu’un accord durable aboutisse.

Le président syrien Ahmad al-Sharaa a annoncé ce dimanche 18 janvier la conclusion d’un accord avec les forces kurdes syriennes. Le texte en quatorze points, publié par la présidence, prévoit un cessez-le-feu, ainsi que l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) – groupe armé qui a lutté contre l’implantation de l’État islamique dans la région – et des forces de sécurité kurdes au sein des ministères syriens. 

L’accord prévoit également la restitution au gouvernement central de plusieurs provinces du nord-est du pays, dont Deir ez-Zor et Raqqa, actuellement sous contrôle kurde. Le chef des forces kurdes, Mazloum Abdi a accepté de se retirer de ces zones « pour que cette guerre ne devienne pas une guerre civile ». Le texte prévoit également la prise en charge du gouvernement des prisonniers du groupe jihadiste l’État islamique ainsi que de leur famille toujours retenues dans des prisons et camps contrôlés par les Kurdes. Alors qu’une administration autonome est en place depuis une décennie, cette décision va à l’encontre d’une ambition d’autonomie kurde. Le président syrien qui a renversé Bachar al-Assad il y a plus d’un an a insisté dimanche 18 janvier sur la nécessaire « souveraineté de la Syrie sur l’ensemble de son territoire ».

Un « tournant décisif » d’après l’émissaire américain

« Nous expliquerons les termes de l’accord à notre peuple dans les prochains jours », a expliqué Mazloum Abdi, rapporte Euronews. Le président syrien n’a pas précisé de calendrier concernant la mise en œuvre de l’accord, indiquant simplement qu’il sera appliqué « progressivement ». Des pourparlers sont à l’agenda de ce lundi 19 janvier. Le président syrien et le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) de Syrie, Mazloum Abdi se réunissent pour finaliser les détails d’un accord. Bien que les Kurdes attendent plus de mesures en leur faveur, le président syrien a insisté dimanche 18 janvier sur la nécessité d’une « souveraineté de la Syrie sur l’ensemble de son territoire ». 

La France sera représentée lors de ces pourparlers, a fait savoir l’entourage d’Emmanuel Macron. Le président français a d’ailleurs salué l’accord. L’émissaire américain, Tom Barrack, a salué l’accord, parlant d’un « tournant décisif, avec d’anciens adversaires privilégiant le partenariat plutôt que la division ». Alliés historiques des forces kurdes, les États-Unis sont désormais aussi alliés du nouveau pouvoir syrien, depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. 

Le cessez-le-feu a été décidé après trois jours de progression intense des troupes syriennes dans les zones tenues par les Kurdes dans le nord et le nord-est du pays. Avant l’offensive de l’armée de Damas ce week-end, des négociations étaient en cours entre le pouvoir syrien et les forces kurdes, visant à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l’État. Un accord avait été conclu en ce sens en mars 2025, mais les négociations étaient au point mort. 

Offensive de l’armée et reprise de champ pétrolier

L’armée syrienne a bombardé des villes du Nord et de l’Est sous contrôle kurde à partir de vendredi 16 janvier. Le président avait accordé par décret ce même jour, des droits nationaux inédits aux Kurdes, reconnaissant notamment le kurde comme langue officielle. Une mesure jugée insuffisante par l’administration autonome kurde du nord de la Syrie. 

Samedi 17 janvier, l’armée syrienne a fini par reprendre le contrôle du plus grand champ pétrolier de Syrie, Al-Omar. Les Kurdes détenaient le champ pétrolier depuis 2017, après avoir expulsé l’État islamique. Ce site abrite depuis plusieurs années des coalitions internationales pour la lutte contre les groupes jihadistes, jusqu’à se défaire en 2019. Emmanuel Macron et le président du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, plus tôt dans la journée, avaient appelé à la « désescalade immédiate ». 

Pendant la guerre civile sous le régime de Bachar El Assad, les forces kurdes ont instauré une zone autonome appelée Rojava au nord-est de la Syrie. Les Kurdes sont considérés comme une minorité dans la région, représentant en réalité au Moyen-Orient plus de 20 millions de personnes habitant à la croisée de la Turquie, de la Syrie, de l’Iran et de l’Irak. Depuis la destitution de Bachar el-Assad en 2024, il s’agit de la plus grande avancée de l’armée syrienne dans le nord et l’est du pays.