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L’Afrique, laboratoire de l’entrepreneuriat féminin

Danièle Sassou Nguesso est directrice générale des Plateformes Industrielles du Congo (PIC)/ARISE Integrated Industrial Platforms et présidente du réseau African Women Leaders Network en République du Congo.
À droite, Danièle Sassou Nguesso, présidente du réseau African Women Leaders Network en République du Congo

Elles ont moins de crédits, moins de garanties, moins de capital. Et pourtant, les femmes africaines entreprennent quatre fois plus qu’en Europe. 24 % d’entre elles créent ou dirigent une entreprise, contre seulement 6 % en Europe, selon le Global Entrepreneurship Monitor. Sur ce terrain, le continent a une longueur d’avance.

Ce chiffre cache néanmoins un problème. Il ne dit pas que les femmes africaines ont de bonnes conditions pour se lancer. Il dit qu’elles se lancent quand même, quoi qu’il en coûte. En Afrique, moins de 10 % des crédits bancaires vont aux femmes entrepreneures. Pourtant, elles portent 60 % de l’économie informelle du continent. La raison est simple : la plupart des femmes africaines n’ont pas de terrain à leur nom. Sans terrain, pas de garantie. Sans garantie, pas de crédit. Alors elles se débrouillent autrement : tontines, cagnottes entre voisines, microcrédits. Une solidarité qui remplace ce que les banques refusent.

Ce système a fait ses preuves. Partout sur le continent, des réseaux de femmes se créent pour accompagner celles qui veulent entreprendre, se former, exporter. L’African Women Leaders Network en est un bon exemple. Initié par l’Union africaine et les Nations unies, ce réseau d’entraide dépasse les frontières nationales.
La prochaine étape doit être celle de l’industrialisation. Le petit commerce ne peut plus être le seul horizon des femmes africaines : elles ont aussi leur place à la tête d’entreprises, d’usines et de sites de production.

L’Europe, elle, part d’une situation inverse. Elle dispose de ce que l’Afrique n’a pas : un cadre juridique protecteur, des écosystèmes de financement structurés. Sur ces critères, elle est même régulièrement classée première région du monde. Et pourtant, le taux réel de femmes qui se lancent reste faible. En France, le dernier baromètre de la Direction générale des Entreprises et de Bpifrance le confirme : les femmes portent 39 % des créations d’entreprise. Mais elles n’accèdent à un financement externe que dans 32 % des cas, contre 40 % pour les hommes.

Aux États-Unis, le tableau est différent, mais tout aussi révélateur. Le taux de femmes qui se lancent dans l’entrepreneuriat y atteint 15%. Mais dès qu’il s’agit de lever des fonds auprès des investisseurs, l’écart devient immense. Les femmes fondatrices ne captent que 2% des montants investis en capital-risque. Plus de la moitié de leurs entreprises se financent uniquement sur leurs économies personnelles.

 

Faire évoluer la place des femmes dans les instances de décision

Avoir les bonnes structures ne suffit donc pas. Dans les faits, l’accès reste inégal, que ce soit par le crédit bancaire ou par le capital-risque. C’est précisément ce que l’expérience africaine peut apporter à l’Europe et aux États-Unis : la preuve qu’une culture de l’audace entrepreneuriale produit des résultats tangibles, même en partant de presque rien. À condition de s’appuyer sur des financements de proximité et sur la solidarité entre femmes.

Cela suppose aussi de faire évoluer la place des femmes dans les instances de décision, partout dans le monde. Tant qu’elles resteront minoritaires dans les conseils d’administration, les banques et les fonds d’investissement, l’écart persistera entre celles qui entreprennent et celles qui décident. Et cet écart continuera de freiner le développement, en Afrique, en Europe et aux États-Unis. L’entrepreneuriat féminin n’est pas qu’une question de justice sociale : c’est une question économique. Chaque femme qui entreprend, c’est de la croissance, des emplois et des recettes en plus pour son pays.

Cette semaine, les dirigeants du monde se retrouvent à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies. Il est temps de transformer ce constat en engagement : que les banques de développement, les fonds d’investissement et les États présents à New York fixent des objectifs chiffrés d’accès des femmes au crédit et au capital-risque.

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