Une œuvre d’art éphémère inédite au cœur de Paris a enfin ouvert sur le Pont-Neuf. Cette nouvelle structure éphémère à Paris, en hommage à « The Pont Neuf Wrapped » de Christo et Jeanne-Claude, a ouvert lundi 15 juin à 18 h 00 à la surprise générale de ses visiteurs les plus impatients de découvrir l’intérieur de cette fameuse grotte immersive et gonflable située dans le centre de la capitale, sur le Pont-Neuf. L’œuvre d’art géante, longue de 120 mètres, large de 20 mètres, avec 2 400 m² de surface au sol et atteignant entre 12 et 18 mètres de hauteur, est à la fois un trompe-l’œil donnant un aspect rocheux et un hommage à l’œuvre du couple d’artistes qui avaient emballé le plus vieux pont de Paris de tissu en 1985.
Le créateur de cette nouvelle structure éphémère l’a annoncé avec dix jours de retard après que de violentes rafales de vent l’aient déchirée quatre jours avant son ouverture initiale au public, le 6 juin. La toile avait été envoyée d’urgence vers l’atelier de l’artiste en Bretagne tandis que la structure sur place était sécurisée par des ouvriers cordistes. La Caverne sera accessible 24h sur 24 gratuitement jusqu’au 28 juin prochain.
« Dans tous mes projets dans l’espace public depuis plus de vingt-cinq ans, j’ai toujours rencontré des difficultés énormes », confiait auprès de l’AFP le 15 juin JR avant d’ajouter que « c’était souvent à l’autre bout du monde, donc les gens ne s’en rendaient pas compte. Là, c’est au cœur de ma ville, de notre ville, et donc les gens ont pu voir à ciel ouvert le chantier » pour réparer la structure « au cœur de la place publique ».
Une immersion sonore composée par Thomas Bangalter
JR, connu pour ses collages photographiques disproportionnés aux quatre coins du monde, a pensé son œuvre d’art au cœur de Paris pour être accessible à pied et pour être complètement en immersion avec un univers sonore inédit composé par l’un de l’ancien duo des Daft Punk, l’artiste électro Thomas Bangalter. En se laissant aspirer dans la grotte, les visiteurs peuvent y découvrir des reliefs qui laissent supposer des inspirations de stalactites, mais aussi des cavités ou de l’art rupestre, tout cela éclairé par des lumières pointées vers les toiles gonflables noires, grises et blanches.
Pour accompagner cette atmosphère mystique, Thomas Bangalter a réalisé une « étoffe sonore » en continu, qui reprend le grondement d’une rivière souterraine et le souffle du vent. « Mon travail a finalement été similaire à celui d’un bruiteur. Comme au cinéma, cette caverne est une illusion », estime le compositeur français.
En plus de cette immersion sonore, une immersion olfactive a également été prévue et spécialement pour cette installation par la journaliste et spécialiste de l’odorat, Sarah Bouasse, en collaboration avec la maison de parfumerie Odore Scola. Les spécialistes ont travaillé sur le développement d’odeurs qui s’articulent autour de la géosmine et de molécules qui rappellent l’odeur de la terre après la pluie. Une expérience cette fois-ci en réalité augmentée est aussi proposée par l’AR Studio Paris de Snap Inc., l’un des partenaires financiers de la Caverne, qui permet aux visiteurs de scanner sur le site des QR codes cachés pour prolonger l’univers.
« C’est dans l’inconnu que je me sens le plus vivant. Et c’est exactement ce que j’aimerais que chacun ressente en traversant la Caverne », avoue son créateur français.
Une structure prévue pour résister à la canicule
Alors que la structure est en construction depuis le 20 mai dernier, cette structure à l’univers minéral a vu le jour dans l’esprit de JR il y a deux ans. À l’époque, celui-ci avait eu cette idée avec le neveu de Christo, Vladimir Yavachev, avec qui ils ont tous les deux fait revivre l’œuvre du célèbre couple de plasticiens. « Comme Christo et Jeanne-Claude, mon projet du Pont-Neuf aura été une épreuve. Comme eux, nous n’avons rien lâché », explique JR, en évoquant ensuite l’épreuve des intempéries qu’il considère comme une « odyssée climatique » : entre vents, pluies et canicule.
« On a fait des tests pendant la canicule il y a deux semaines et La Caverne a toujours été 15 °C moins chaude que l’extérieur. Donc elle fonctionne comme une vraie caverne ou presque », a déclaré JR, se voulant également rassurant à propos de la canicule qui s’abat ces prochains jours sur Paris.
Le projet de la Caverne n’a d’ailleurs « eu aucun recours à des fonds publics », a tenu à rappeler les promoteurs de l’œuvre, en précisant sur son site web que, comme pour la majorité des œuvres de JR, la Caverne n’a bénéficié que de fonds privés : « Snapchat, Bloomberg Philanthropies, Paris Aéroport et Salesforce », a précisé JR, sans cependant évoquer la présence du groupe LVMH. Le projet est par ailleurs porté par le fonds de dotation, L’Amicale des Ponts de Paris.





