Élue ce jeudi 2 juillet par le conseil d’administration, l’actrice Isabelle Huppert succède à Costa-Gavras, 93 ans, à la tête de l’institution parisienne. Un mandat de trois ans pour l’une des actrices françaises les plus reconnues à l’international, première femme à occuper cette présidence.

Il aura fallu près de 90 ans. Depuis sa création en 1936, la Cinémathèque française n’avait jamais été présidée par une femme. Jeudi 2 juillet, Isabelle Huppert a été élue présidente de la Cinémathèque française, devenant la première femme à accéder à cette fonction. À 73 ans, l’actrice succède au cinéaste franco-grec Costa-Gavras, 93 ans, qui présidait l’institution depuis juin 2007. Son mandat courra jusqu’en 2029.

Autour d’Huppert, un casting resserré : Olivier Assayas et Claire Denis héritent des vice-présidences, Alice Winocour et Nicolas Philibert prennent les postes de secrétaires, le producteur Saïd Ben Saïd devient trésorier. Frédéric Bonnaud, lui, reste directeur général. L’ancien critique dirige l’établissement de la rue de Bercy depuis février 2016.

Une présidente déjà familière des lieux

En plus de cinquante ans de carrière, Isabelle Huppert a tourné dans plus de 150 films et séries. Deux César, en 1996 pour La Cérémonie et en 2017 pour Elle. Un Golden Globe. Une filmographie qui traverse les continents : Chabrol et Pialat en France, Haneke en Autriche, Cimino et Preminger aux États-Unis, Bellocchio et Ferreri en Italie, Wajda en Pologne, Hong Sang-soo en Corée du Sud.

Sa relation avec la Cinémathèque ne date pas d’hier. En 2006, peu après la réouverture du bâtiment signé Frank Gehry à Bercy, l’institution lui consacrait déjà une rétrospective : 48 films sur les 76 qu’elle avait alors tournés depuis ses débuts en 1972 dans Faustine ou le Bel Été, de Nina Companeez.

Habituée des salles obscures, Isabelle Huppert entretient depuis longtemps un lien étroit avec le cinéma de patrimoine. Avec Ronald Chammah et leur fils Lorenzo Chammah, elle est associée à deux salles de répertoire à Paris : le Christine Cinéma Club et l’École Cinéma Club, toutes deux sur la rive gauche.

Une institution de prestige à réformer

La Cinémathèque française conserve aujourd’hui 50 000 films et plus d’un million d’objets et documents. Longtemps logée au palais de Chaillot, elle occupe depuis septembre 2005 le bâtiment de Frank Gehry, au 51 rue de Bercy, dans le 12e arrondissement. Financée aux trois quarts par des subventions publiques, elle ne se limite pas aux projections. Restaurations, expositions, rétrospectives, conférences, actions pédagogiques : la Cinémathèque est l’un des principaux gardiens de la mémoire du septième art.

L’institution ne sort pas indemne des dernières années. Fin 2024, la programmation d’une séance du Dernier Tango à Paris déclenche une polémique : le film comporte une scène de viol simulé dont les modalités avaient été imposées à Maria Schneider sans son consentement. La séance est annulée. En février 2025, la Cour des comptes pointe des failles dans la gestion des réserves, la fréquentation et la gouvernance, et appelle à une refondation statutaire.

Un autre chantier est déjà fixé : une antenne à Marseille, sur le Campus de La Plateforme. Ouverture prévue en avril 2027. Costa-Gavras, cinéaste franco-grec révélé par Z en 1969 puis auteur de Missing, Palme d’or à Cannes en 1982, laisse à sa successeure une institution aussi prestigieuse que scrutée. Le symbole est historique. Le mandat, lui, s’annonce plus exigeant.