Pendant près de deux heures, Bernard Arnault se livre. Un exercice suffisamment rare pour retenir l’attention. Mis en ligne ce mercredi 8 juillet sur YouTube, l’entretien accordé au média Legend, fondé par Guillaume Pley, n’a rien d’une déclaration politique. Pourtant, c’est bien de pouvoir qu’il est question : celui qu’exerce le patron du premier groupe mondial du luxe. Interrogé sur les différences entre la direction d’une entreprise et la conduite d’un État, le président-directeur général de LVMH écarte d’emblée toute hypothèse de carrière politique.
« Je n’aurais pas les qualités suffisantes ou nécessaires pour le faire », affirme le capitaine d’industrie de 77 ans. « Cela nécessite beaucoup d’abnégation, et ça nécessite une vocation, que je n’ai pas. » Avant d’ajouter : « Je n’aurais pas la patience probablement. (…) Je préfère beaucoup ce que je fais, qui est très amusant. »
Une réponse sans ambiguïté. Alors que Michel-Édouard Leclerc ou Xavier Niel ont été cités ces derniers mois dans les spéculations autour de 2027, Bernard Arnault ferme la porte sans détour. Les compromis inhérents à l’exercice du pouvoir constituent, selon lui, un obstacle rédhibitoire. « Quand je vois les situations dans lesquelles il faut faire des compromis dans tous les sens (…), je ne me vois pas là-dedans », tranche-t-il.
Une influence… sans mandat
Le refus n’efface toutefois pas une réalité : Bernard Arnault entretient depuis des décennies des relations suivies avec le pouvoir politique. De François Mitterrand à Emmanuel Macron, en passant par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou François Hollande, il a côtoyé les pouvoirs successifs tout en dirigeant un groupe présent dans 81 pays et propriétaire de maisons comme Louis Vuitton, Dior ou Moët Hennessy. Cette proximité dépasse les frontières françaises. Le dirigeant revient longuement sur sa relation avec Donald Trump, qu’il qualifie de « quelqu’un de très intelligent ». Il raconte notamment un dîner organisé dans la résidence floridienne du président américain, quelques heures après une tentative d’assassinat contre ce dernier. « On lui dit : “C’est terrible ce qui est arrivé cet après-midi.” Il nous répond : “2-0 !” », relate-t-il.
Sur le terrain économique, Bernard Arnault reconnaît toutefois les limites de son influence. « Je discute, je n’obtiens pas toujours ce que je demande », confie-t-il. Il affirme néanmoins avoir obtenu, durant le premier mandat de Donald Trump, une exemption pour certains vins et spiritueux français visés par des droits de douane. Sans pour autant revendiquer un rôle politique. « Il ne m’appartient pas de juger ce que fait le président des États-Unis », glisse-t-il, refusant de commenter les décisions de la Maison-Blanche. Une ligne qu’il revendique de longue date : peser dans le débat économique, sans endosser les responsabilités d’un élu.
La bureaucratie, cible récurrente
Refusant tout costume d’homme politique, Bernard Arnault n’en garde pas moins un avis tranché sur l’action publique. Dans son viseur : Bruxelles et l’inflation réglementaire, qu’il accuse de freiner les entreprises. « La tendance dans les gouvernements, à Bruxelles ou dans beaucoup d’organisations, c’est d’augmenter la bureaucratie sans arrêt », dénonce-t-il, fustigeant « des papiers », « des rapports » et « des réglementations » qui entravent, selon lui, la compétitivité. « Nous, on doit accélérer », insiste-t-il, estimant qu’il est impossible d’innover lorsque les organisations sont « couvertes de papiers qui ne servent en général à rien ». Une critique récurrente chez le patron de LVMH, qui dénonce depuis des années le poids des contraintes administratives françaises et européennes.
Le milliardaire profite également de cet entretien pour répondre à ses détracteurs. Les critiques ? « Ça me laisse complètement froid », assure-t-il, regrettant un climat français où « quand on réussit un peu, immédiatement, on est critiqué ». Une défense qu’il oppose régulièrement aux polémiques sur son patrimoine ou sur la fiscalité des grandes fortunes. Bernard Arnault ne veut pas faire de politique. Reste qu’à chacune de ses prises de parole, c’est bien de pouvoir qu’il est question.






