Quelques années après le vote d'une loi instaurant un quota de femmes aux postes à responsabilités dans les grandes entreprises françaises et à quelques jours de l'entrée en vigueur de la mesure, les entreprises concernées ont joué le jeu de la parité, même si des efforts restent à fournir.

Mission parité accomplie ? En France, un texte de loi impose aux entreprises qui salarient plus de 1 000 personnes de compter au moins 30 % de femmes dans leur plus haute instance de direction à compter du 1ᵉʳ mars. Un seuil qui, à ce jour, est déjà quasiment atteint par les plus grands groupes. En 2025, parmi les entreprises du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris, les comités exécutifs et autres instances dirigeantes étaient composés à près de 29 % de femmes selon une étude réalisée par l’observatoire Skema de la féminisation des entreprises publiée ce lundi 23 février. Une donnée en progression, puisqu’il a augmenté de 9,5 points depuis 2021.

Lorsque l’on se penche sur le SBF 120, indice boursier français qui regroupe les 120 plus grosses capitalisations boursières françaises, regroupant donc celles du CAC 40 et 80 autres, l’évolution se confirme. La proportion de femmes à des postes à responsabilité est passée de 22 % en 2021 à 30 % en 2025, précisent l’Institut français des administrateurs et la société Ethics & Boards. Cette hausse fulgurante peut s’expliquer par la promulgation de la loi Rixain en décembre 2021. Ce texte impose un quota de 30 % à partir de mars cette année, avant 40 % en 2029 et prévoit des sanctions financières pour les entreprises qui ne respectent pas cette règle. La sanction peut s’élever jusqu’à 1 % de la masse salariale, avec un délai de deux ans pour se mettre en conformité.

Une mesure contraignante, singularité française

Celle qui a été à l’origine du texte législatif, la députée Renaissance Marie-Pierre Rixain, s’en est félicitée auprès de l’AFP : « Le premier jalon a été atteint », saluant par là même que la France est « désormais le 4ᵉ pays européen pour la féminisation des instances dirigeantes, et devant les États-Unis ». Pour le moment, la France se distingue de ses alliés européens en étant le seul pays à avoir une loi contraignante, qui va concerner environ 1 500 entreprises. D’autres pays, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore le Royaume-Uni, ont opté pour des mesures incitatives.

La banque BNP Paribas fait partie des bons élèves en la matière. Elle est passée de trois femmes dans son comité exécutif en 2020 à sept aujourd’hui (pour 12 hommes), élevant donc la part de femmes dans ce comité à 37 %. « Notre progression démontre notre volonté d’agir en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, notamment au sein de nos instances de direction », a indiqué la banque à l’AFP. L’entreprise promet d’ailleurs d’aller plus loin, en affirmant qu’elle va veiller à « promouvoir cette mixité à tous les niveaux de l’entreprise ». Concrètement, cela passera notamment par le fait de s’assurer « qu’au moins une femme figure dans la sélection des candidats d’un poste à responsabilités ». Cette loi permet, selon Marie-Pierre Rixain, de montrer aux femmes qui souhaitent rejoindre une grande entreprise qu’il y a des possibilités d’évolution : « Au moment de candidater, une jeune femme va regarder l’organigramme pour voir son potentiel de progression. »

Des doutes dans certains secteurs

Beaucoup d’entreprises ont donc augmenté ces dernières années la part de femmes en élargissant le périmètre de leur instance dirigeante, en y ajoutant des postes de directrices, notamment aux ressources humaines ou à la responsabilité sociale et environnementale. En 2025, néanmoins, l’évolution a été légèrement différente, note auprès de l’AFP Michel Ferrary, chercheur affilié à l’école de commerce Skema. Ce dernier explique que « le nombre de femmes est resté stable (153), c’est le nombre d’hommes qui a diminué » (de 388 à 378). À l’approche de l’échéance du premier mars, des entreprises de certains secteurs sont inquiètes. En janvier 2025, le patron du Medef, Patrick Martin, avait alerté sur les difficultés qu’il peut y avoir à trouver des dirigeantes dans des métiers « genrés », tels que dans l’industrie ou le bâtiment.

Un argument qui n’est pas valable selon Marie-Pierre Rixain, qui souligne que des entreprises qui font partie de secteurs d’activités à dominante masculine comme Veolia ou Schneider ont féminisé leur direction. « Je ne saisis pas comment, dans une entreprise de plus de 1 000 personnes, vous n’arrivez pas, au bout de cinq ans, à trouver une femme compétente pour votre comité de direction de dix personnes », s’interroge-t-elle.

D’autres mécanismes existent

Néanmoins, cette loi n’empêche pas qu’il reste du chemin à parcourir pour s’approcher davantage encore de la parité. Bien qu’il reconnaisse un « succès français indéniable », Denis Terrien, président de l’Institut français des administrateurs, nuance les progrès. Parmi les 240 postes de présidentes et/ou directrices générales que compte le SBF 120, on ne compte que 23 femmes. La raison, selon ce dernier, est que « moins d’une femme sur cinq occupe un poste tremplin […] permettant d’accéder au sommet », comme la direction financière. Pour le moment, dur de savoir quelle part des quelque 1 500 entreprises respecte bien cette nouvelle règle. Bien que sollicité par l’AFP, le ministère du Travail n’était pas en mesure de l’indiquer.

En France, d’autres mécanismes de quotas de féminisation existent. En 2011, la loi Copé-Zimmermann en a instauré pour les conseils d’administration, aujourd’hui très largement respectés : 46 % des administrateurs du CAC 40 étaient des femmes en 2025.