Il n’y a pas que le prix du carburant qui est en hausse depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le groupe TotalEnergies a publié ce mercredi 29 avril son bénéfice en très forte augmentation au premier trimestre, dans un contexte où la flambée des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient continue. Le bénéfice trimestriel du géant pétro-gazier a atteint 5,8 milliards de dollars, ce qui équivaut à 4,96 milliards d’euros. Une progression de 51 % sur une seule année, qui souligne selon son PDG Patrick Pouyanné sa « capacité à capturer la hausse des prix », déclare-t-il dans un communiqué.
Avec une croissance de 4 % de sa production de gaz et de pétrole au premier trimestre, le géant français parvient à compenser considérablement ses pertes au Moyen-Orient, qui représentent environ 15 % de son activité mondiale dans les hydrocarbures. Une augmentation due à la montée en puissance de nouveaux projets pétroliers au Brésil et en Libye, dont les barils sont très rentables pour le groupe qui a pu augmenter ses prix. Avec ses impressionnants gains, TotalEnergies a décidé de gratifier ses actionnaires en augmentant le dividende de 5,9 % : C’est la « plus forte croissance de dividende parmi les majors pétrolières », s’est félicité le groupe.
Des gains dans les secteurs pétrolier et du GNL
Ses résultats ont également été portés par une hausse de 12 % de la production de gaz naturel liquéfié (GNL), le gaz transporté par bateau qui est très prisé sur le continent européen et en Asie. Les cours du gaz et du pétrole, au-delà de leur forte hausse, ont également largement fluctué, le pétrole se rapprochant des 120 dollars le baril au mois de mars cette année, permettant à TotalEnergies d’engranger une grande partie de ses gains affichés, ce qui leur a permis de « tirer parti de la volatilité des marchés » dans les activités d’achat-vente de GNL, précise dans son communiqué le groupe. Ils ont aussi réalisé « une très forte performance » dans le négoce de brut et de produits pétroliers.
« Le premier trimestre 2026 a dépassé le consensus [des analystes] grâce à une solide performance de l’activité de trading », relève le groupe financier européen Oddo BHF dans une note. Au début du mois d’avril, le Financial Times affirmait que TotalEnergies avait généré plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires en rachetant la majeure partie des cargaisons de pétrole exportables présentes au Moyen-Orient, sans passer par le détroit d’Ormuz déjà bloqué par Téhéran à cette période. Une opération qui n’a pas été confirmée par le groupe, ni démentie. TotalEnergies avait toutefois déclaré auprès de l’AFP devoir « sécuriser ses approvisionnements pour elle-même comme pour ses clients ».
La compagnie britannique BP a de son côté, mardi 28 avril, publié les premiers résultats attendus de la liste des grandes « majors » pétrolières occidentales en affichant aussi un bénéfice net trimestriel en hausse, atteignant 3,8 milliards de dollars. Un chiffre porté par les gains issus de son activité de négoce de produits pétroliers remportée grâce à la guerre au Moyen-Orient.
Ces résultats ont été largement commentés. Greenpeace France dénonce notamment ce mercredi 29 avril une « logique cynique des géants du pétrole comme TotalEnergies qui transforment des drames humains en opportunités financières, tandis que les ménages paient le prix fort à la pompe ». La députée insoumise et vice-présidente de l’Assemblée nationale Clémence Guetté dénonce pour sa part une entreprise qui « profite de la guerre pour faire exploser ses bénéfices ».
Des initiatives dans plusieurs pays européens
En Europe, le ton est monté dans les différents hémicycles. Le débat politique autour de la taxation des superprofits pétroliers est revenu au-devant de la scène en France, une proposition à laquelle le premier ministre Sébastien Lecornu a affirmé ne pas avoir « d’objection de principe » au début du mois d’avril à ce sujet. Une référence à l’initiative engagée par l’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et le Portugal en Europe qui avaient tous les cinq appelé à taxer les bénéfices exceptionnels rapportés par les entreprises du secteur énergétique grâce à la guerre au Moyen-Orient, une même initiative prise en 2022 après l’invasion de la Russie en Ukraine.
Le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a ironisé à propos des chiffres affichés par TotalEnergies dans un message publié sur le réseau social X : « Le gouvernement nous dit que ce n’est pas possible [de bloquer les prix du carburant] car les pauvres pétroliers ne pourraient pas s’en sortir. […] Quand va-t-on arrêter de nous prendre pour des imbéciles ? » Le député RN Thomas Ménagé, invité de Franceinfo ce mercredi 29 avril, déclarait que « ces grands groupes ne sont pas dans une entreprise philanthropique », et qu’il fallait « que ces actionnaires touchent des dividendes, mais il ne faut pas que ces dividendes soient disproportionnés au détriment des Français ». Le député d’extrême droite a ajouté que son parti saurait « aller les chercher avec la taxation des superprofits ».
Le député socialiste Philippe Brun a, en réaction, déposé une proposition de loi le même jour, visant à taxer « les superprofits des profiteurs de crise, les pétroliers qui s’engraissent aujourd’hui sur le dos des Français qui payent des factures de carburant démesurées », a-t-il lancé à la presse. Ce dernier a ajouté qu’« il faut que cet argent revienne aux Français avec cette surtaxe de 20 % sur les bénéfices exceptionnels ». Il a ensuite appelé les députés de tous bords à cosigner le texte du groupe PS, afin de le mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, lors d’une semaine d’examen dédiée aux initiatives transpartisanes.





