Après s'être secrètement lancé dans la biochimie au cours de sa carrière de footballeur en développant des alternatives au pétrole, Mathieu Flamini est devenu un entrepreneur respecté qui plaide pour que l’Europe s'empare des industries du futur. Rencontre avec un homme aux deux visages.

Janvier 2026. À l’abri du froid glacial qui se répand depuis les montagnes de Davos, en Suisse, une silhouette familière déambule dans l’enceinte du Forum économique mondial. Le pas pressé, quelques dossiers sous le bras. L’intuition est bonne, c’est lui.

Seule la tenue a changé. Exit les maillots de l’Olympique de Marseille, d’Arsenal ou du Milan AC. Mathieu Flamini a su naviguer d’un monde à l’autre : membre du réseau des Young Global Leaders du Forum depuis 2018, il a pris l’habitude de faire de ces grands-messes économiques mondiales son nouveau terrain, sur lequel les enjeux valent souvent plus que trois points.

Dans le sud de la France, son entreprise, GF Biochemicals, et sa quarantaine de salariés – parmi lesquels des chercheurs et des scientifiques – s’emploient à développer des substituts au pétrole. L’entreprise a mis au point un procédé qui consiste à transformer des déchets agricoles de deuxième génération en acide lévulinique grâce à une réaction chimique. Partant de là, de nombreux dérivés sont créés puis commercialisés auprès de différentes industries. “On remplace le silicone dans certains shampoings, par exemple”, résume l’entrepreneur dont près de 200 brevets circulent à travers le monde. Tout un procédé… Mais comment passe-t-on des terrains de football au développement scientifique d’une molécule dans un secteur de niche ? “J’avais envie de stimuler mon intellect”, tranche-t-il, chemise blanche impeccable et mots choisis.

Mais encore ? Il faut rembobiner pour comprendre l’itinéraire de ce joueur singulier, dans un milieu qui laisse souvent peu de place aux personnalités atypiques.

Une enfance baignée par le soleil de la cité phocéenne, une première licence à l’Olympique de Marseille dès 5 ans, où le ballon rond nourrit une passion viscérale, même si le jeune Mathieu comprend vite que le monde est plus vaste que les pelouses du monde entier.

Aux côtés d’un père apnéiste à ses heures perdues, il explore les fonds marins et collecte les déchets dans les calanques et sur l’île de Beauté, où la famille a ses attaches.

Le soir, les documentaires sur le commandant Cousteau et l’émission Thalassa scellent une curiosité déjà bien aiguisée pour le monde et ses éléments. Bac économique et social en poche, il entame un cursus en fac de droit, avant de laisser son talent balle aux pieds prendre sa pleine mesure et embrasser une première tranche de vie comme athlète. “Le foot, c’est un don de Dieu, il n’y a rien de plus fort que de jouer devant 80 000 personnes”, admet-il.

A 19 ans, après une saison pleine à Marseille, Mathieu Flamini quitte le cocon familial, traverse la Manche et rejoint Arsenal. Nouvelle langue, nouvelle culture, nouvelle vie en somme. “Quand il est arrivé à Londres, c’était un garçon timide, très bien éduqué, qui posait des questions sur tout. Il s’intéressait aux joueurs, cherchait à comprendre tout le fonctionnement”, se remémore son ancien coéquipier Robert Pirès, qui avait décelé les prémices d’un leader en devenir. “En tant que milieu défensif, il aimait donner des ordres, c’est normal, tu as besoin de joueurs comme ça. Tu sentais sa volonté d’être un meneur d’hommes.”

 

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