Diriger une Fondation, c’est surtout… ?
Un projet familial. Par le passé, j’ai mené d’autres projets dans l’art et la communication. Là, il s’agit d’un projet de famille qui induit une double responsabilité. Mon père m’a toujours dit : « essaie de te concentrer sur un sujet et arrête de t’éparpiller », parce que je faisais du journalisme, de la musique et d’autres choses comme de la microfinance.
La fondation appelle des compétences très variées, donc toute la curiosité est bénéfique parce que ce lieu est une sorte de matrice. Il faut s’intéresser aussi bien à l’architecture, à la botanique, à l’art évidemment, mais aussi au journalisme, au management, à la politique. C’est très riche et très agréable pour moi, qui suis à l’aise pour naviguer entre plusieurs disciplines.
La vision qui vous anime ?
Raconter des histoires. À travers toutes les expériences que j’ai eues par le passé, que ce soit le journalisme, l’écriture d’énigmes ou mon groupe de musique Moriarty, le dénominateur commun était qu’on racontait des histoires.
Il y a cette dimension-là qui est présente dans le projet de la Fondation, où il s’agit souvent d’un parcours, d’un esprit, d’une exposition qui a une dimension narrative de récit. On a déjà invité des commissaires qui étaient écrivains par exemple.
Et il y a une autre dimension qui est celle de la spiritualité, que j’essaie aussi d’insuffler dans le projet, que l’île amène d’elle-même. Là, face à moi, il y a un fort qui est habité par deux moines orthodoxes qui ont fait vœu de solitude et, l’hiver, on croise des personnes en pleine démarche spirituelle.
“On veille à proposer un contenu très accessible, pas seulement sur l’art contemporain, mais en proposant aussi du cinéma, de la musique, de la littérature, pour qu’il y ait plusieurs portes d’entrée”
Pointu et populaire, une exigence ?
Complètement. On se rejoint avec mon père là-dessus, Porquerolles est un lieu très touristique. 1 million de personnes viennent ici chaque année. C’est un public très mixte. Il y a à la fois des gens qui visitent beaucoup de musées, qui lisent énormément. Puis, il y a un public très populaire qui pousse moins souvent les portes du musée. Ce sont souvent ces personnes qui sont les plus émerveillées, qui ont les plus gros chocs esthétiques en nous rendant visite.
On veille à proposer un contenu très accessible, pas seulement sur l’art contemporain, mais en proposant aussi du cinéma, de la musique, de la littérature, pour qu’il y ait plusieurs portes d’entrée. Et en même temps, on garde une exigence pour que, quand on a ce contact avec l’art, ça puisse nous élever.
Votre relation au pop art ?
Ce n’est pas le mouvement qui m’émeut le plus. Je sais que c’est le mouvement qui a accompagné la jeunesse de mon père dans les années 70. Moi, ce n’est pas vraiment, au départ, le registre artistique qui me touche, mais ça change au fur et à mesure que je travaille dans la fondation, que je suis au contact à la fois de la collection, mais aussi que je vois plus d’expositions et découvre plus d’œuvres. Et notamment à travers cette exposition précisément, il y a aussi beaucoup d’œuvres qui sont surprenantes parce que c’est une forme de pop art qui prend non pas comme matière des objets de la ville ou du quotidien, ou domestiques, mais qui s’applique au ciel, à la mer, à des paysages naturels, et ça donne des œuvres qui sont vraiment planantes, contemplatives, quasiment cosmiques.

Un rituel quotidien ?
Je vis difficilement le fait d’aller au bureau tous les jours car j’ai été sur la route avec mon groupe de musique pendant 15 ans. Cette routine d’aller au même endroit, tous les jours, ne me convient pas. Parfois, je m’oblige à changer d’environnement.
Je dépose mes enfants assez tôt à l’école, puis il m’arrive de passer une heure dans un café ensuite où je pense à des choses de la journée à venir et où il m’arrive aussi de recevoir des artistes plutôt que dans nos bureaux place Vendôme, plus statutaires.
L’objet qui ne vous quitte jamais ?
Je porte une bague à la main droite depuis une dizaine d’années. C’est une bague qui joue sur les perceptions, avec une pierre de labradorite. Quand on la regarde de face, il ne se passe rien, mais en fait, avec des angles, il y a des phénomènes d’irisation de couleurs. C’est une sorte de porte de passage vers toutes les expériences un peu psychédéliques qui m’apportent beaucoup.
Celui dont vous pouvez vous passer ?
J’essaie de perdre mon téléphone toutes les semaines et, à chaque fois, les gens me le ramènent (rires).
Un mail qui a eu de l’importance ?
Celui envoyé à ma compagne, qui est la mère de mes enfants. Il y a quelques années, plusieurs personnes me disaient : « Il faut vraiment que tu rencontres cette femme très douée en communication. » J’ai fait des recherches sur elle et j’ai eu encore plus envie de la rencontrer, et donc je lui ai envoyé un e-mail qui disait : « Beaucoup de gens me parlent de vous. J’écoute les signes, rencontrons-nous ». Tout est parti de cet e-mail.
Une rencontre déterminante ?
Mon groupe de musique, les membres de Moriarty que je connais depuis la maternelle. Ce sont des personnes avec qui j’ai passé 12 ans dans un camion à sillonner les routes de France et du monde car on a joué dans près de 35 pays et participé à 1000 concerts. À vingt ans, j’étais le seul musicien de droite. En général, le parcours classique consiste plutôt à être à gauche étant plus jeune, puis après ça change au fur et à mesure. Moi, j’ai fait un peu l’inverse (rires).
Les risques et bénéfices du travail en famille ?
C’est vraiment un des moteurs du projet : j’explore mon père. Et donc j’apprends beaucoup de lui parce que lorsque je le vois travailler, il y a des qualités qui émergent que je ne soupçonnais pas. Aussi, des défauts qui se confirment, mais en tout cas il y a des choses qui apparaissent de lui, on apprend énormément l’un sur l’autre.
Il se passe beaucoup de choses quand on évoque ensemble une œuvre : on parle assez vite de valeurs philosophiques, d’esthétique, ça devient très intéressant pour mieux connaître quelqu’un. Mais il y a également des biais, c’est-à-dire que je sais que j’ai plein de biais affectifs avec lui, qui sont des biais père-fils et qui parfois peuvent altérer des prises de décision ou aller vers l’émotif alors que ça ne devrait pas.
“Enfant, mon père plaçait mon berceau au pied des enceintes. Il y avait de la musique classique, des chants de baleines, mais aussi Jimi Hendrix, à peu près tout”
L’artiste que vous rêveriez d’exposer ?
J’aimerais bien imaginer des projets ici avec Thom Yorke, l’un des plus grands génies de la musique actuelle. Il arrive à produire une musique qui plaît à des masses gigantesques et qui est d’une sophistication, d’un raffinement, d’une subtilité totale. C’est rare que des artistes puissent combiner ces deux éléments-là.
Homme de presse, musicien, chef d’entreprise, quel rôle vous correspond le mieux ?
Mon groupe de musique s’est arrêté il y a 10 ans et, depuis ce moment, je fais deux rêves par nuit qui sont liés à la musique. On peut dire que ça me hante. Dès que je ferme les yeux, je joue. Mais en tant que chef d’entreprise, en tout cas de pilote de la fondation, on y met beaucoup de musique. Pour le vernissage de notre exposition, j’ai joué une reprise de Bob Dylan avec mon père.

Au sommet de votre to-do list ?
J’aimerais passer plus de temps avec mes enfants autour de la musique.
Enfant, mon père plaçait mon berceau au pied des enceintes. Il y avait de la musique classique, des chants de baleines, mais aussi Jimi Hendrix, à peu près tout. J’aimerais, à mon tour, créer des moments qui soient des bains de sons avec mes enfants et faire de la musique avec eux.
Le projet qui vous reste à mener ?
Il est ici à Porquerolles. On a invité un artiste qui est un dieu vivant du travail sur la lumière et le ciel à qui on a confié un ancien réservoir dans la forêt et, si ce projet peut voir le jour, ce serait un rêve absolu…





