Peu de temps après son entrée en vigueur, la taxe sur les petits colis observe d’importantes lacunes. Les plateformes visées par la loi française, dont Shein, Temu et AliExpress, se sont ruées sur une stratégie de contournement efficace.

La taxe de deux euros sur les petits colis n’aura pas fait ses preuves bien longtemps. Mise en application le dimanche 1ᵉʳ mars 2026, elle portait pourtant l’espoir de maîtriser les importations de colis de faible valeur en provenance d’un pays extérieur à l’Union européenne (UE).

La taxe de deux euros, instaurée par l’article 82 de la loi de finance pour 2026, avait surtout été conçue pour limiter le flot continu des produits asiatiques, lesquels inondaient le marché en raison de leurs prix particulièrement dérisoires. Les grandes industries concernées ont su, malgré la législation, tirer leur épingle du jeu.

Comment les entreprises contournent la loi

Il n’a fallu que quelques jours pour que Shein, Temu ou encore AliExpress, mastodontes asiatiques du commerce en ligne, s’affranchissent des restrictions tricolores sur les petits colis. De façon très orchestrée, chacune des plateformes étrangères s’est évertuée à livrer ses marchandises non plus en France, mais dans les aéroports voisins, échappant ainsi aux deux euros de taxe imposés.

La Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg ou encore la Hongrie s’imposent aujourd’hui comme les nouveaux centres névralgiques des entreprises étrangères à partir desquels transitent désormais leurs produits. Les colis rejoignent la France non plus par les airs mais sur les routes, et évitent le prélèvement de la taxe aux frontières.

Les effets de l’article 82 de la loi de finance se font néanmoins ressentir dans les aéroports français, l’Union des entreprises de transports et de logistique de France (TLF) ayant constaté une réduction de 60 % des vols cargos en provenance de Chine. L’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, qui reçoit une grande majorité des petits colis étrangers, observe quant à lui une chute de 92 % des importations, dès le 3 mars, par rapport à la moyenne quotidienne en 2025.

Les failles de la taxe sur les petits colis ne provoquent ni surprise, ni stupéfaction. Dans une note réalisée pour l’Institut Montaigne publiée ce mois-ci, François Godement, spécialiste de l’Asie et des États-Unis, évoquait ce détournement de la législation française : « Dès que des mesures sont adoptées à l’échelle nationale plutôt qu’européenne, on observe un détournement immédiat du trafic vers des pays plus compétitifs sur deux fronts : une fiscalité officielle plus légère et une application parfois aléatoire des normes », pouvait-on y lire.

L’Union européenne espère rebondir

Le contournement stratégique de la taxe par les entreprises étrangères devrait, en toute logique, s’avérer vain dans les prochains mois. L’Union européenne (UE) planche d’ores et déjà sur un texte aux contours bien plus restrictifs et dissuasifs, amenant le ministre du Commerce Serge Papin à prophétiser une « guerre de mouvement » contre les plateformes chinoises ce mercredi 11 mars 2026, lors du compte rendu du Conseil des ministres.

La taxe de deux euros purement tricolore se verra, dès juillet prochain, additionnée à un nouveau droit de douane d’une hauteur de trois euros par article commandé, et ce sur l’ensemble du territoire européen. Chaque catégorie d’article sera imposée à cinq euros jusqu’à novembre 2026, date à partir de laquelle la réglementation française sera entièrement diluée dans la législation des Vingt-Sept.

Serge Papin s’est évertué à vanter les mérites du prochain dispositif européen, lequel visera lui aussi les petits colis d’une valeur inférieure à 150 euros expédiés depuis un pays tiers, assurant qu’« il n’y aura pas de possibilité de [le] contourner à partir de novembre prochain ». Roland Lescure, ministre de l’Économie, avait salué de son côté, en décembre 2025, « une immense victoire et une avancée majeure ».

La « guerre de mouvement » ne semble pourtant pas s’orienter vers une trêve prochaine. Les plateformes chinoises planifient déjà une nouvelle riposte, Shein ayant notamment ouvert, en décembre 2025, un entrepôt gargantuesque d’une superficie de 740 000 m² sur le sol polonais. Cette implantation au sein même du bastion des Vingt-Sept devrait pouvoir exempter les mastodontes chinois de la prochaine taxe européenne.