Nés à Marseille, Cyril et Guillaume Assentio ont construit leur parcours entre sécurité privée, luxe et immobilier. L’un développe Buckler Security sur un marché en pleine professionnalisation ; l’autre pilote une foncière tournée vers la revalorisation d’immeubles anciens.

Avant les boutiques de luxe, les grands groupes et les immeubles à rénover, il y a Marseille. C’est là que Cyril et Guillaume Assentio grandissent, dans une famille de fonctionnaires, avec le sport comme cadre et la sécurité privée comme premier terrain professionnel. Les deux frères pratiquent la boxe et les arts martiaux. Ils commencent comme agents de sécurité pour financer leurs études, entre missions dans des stades, soirées étudiantes et sites d’entreprise.

« On avait besoin d’argent, on était sportifs et la sécurité privée s’est présentée assez naturellement », résume Cyril Assentio. Ce qui devait d’abord être un moyen de travailler devient progressivement un projet entrepreneurial. En 2008, les deux frères créent leur première structure Buckler Security et décrochent notamment le contrat de la Rouvière, à Marseille, l’une des plus grandes copropriétés d’Europe. Un an plus tard, une rencontre avec le joaillier Édouard Frojo les rapproche du luxe avec la maison Louis Vuitton qui sera la première à leur faire confiance.

Ce secteur deviendra leur point de différenciation. À Paris, Buckler Security se positionne sur les missions que les grands acteurs généralistes ne traitent pas toujours avec la même souplesse : événements de dernière minute, shootings, renforts ponctuels, boutiques, opérations sensibles. Les références s’accumulent dans l’univers du luxe (Dior, Chanel, YS…), où les exigences ne se limitent pas à la surveillance d’une entrée.

Aujourd’hui, le groupe Buckler revendique 1 500 salariés et un chiffre d’affaires passé, selon Cyril Assentio, de 23 millions d’euros en 2024 à 35 millions d’euros en 2025 avec une projection 2026 dépassant les 50 millions d’euros. L’entreprise couvre Paris, la Côte d’Azur et Londres, avec une spécialisation assumée sur les maisons de luxe et les grands groupes.

La sécurité privée monte en gamme

Le développement de Buckler s’inscrit dans un marché en croissance. En mai 2026, France Travail et le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) estimaient que la sécurité privée représentait en France plus de 210 000 salariés et environ 6 300 établissements employeurs. Selon les périmètres retenus, le secteur pèse autour de 11 à 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Pour Cyril Assentio, cette dynamique ne tient pas seulement à une hausse des besoins de sécurité. Elle reflète aussi une transformation du métier. Dans le luxe, les agents sont attendus sur la protection, mais aussi sur l’accueil, la posture et l’expérience client.

« Dans le luxe, la sécurité ne peut pas se limiter à de la surveillance. Les boutiques attendent aussi de l’accueil, de la tenue, une capacité à comprendre les codes de la maison », explique-t-il. « Notre force, c’est d’être spécialisés. On forme nos collaborateurs pour qu’ils soient exemplaires, pas seulement opérationnels. »

Face aux grands acteurs du secteur, comme Securitas, Seris ou Samsic Sécurité, Buckler cherche donc à occuper une place plus ciblée. Le positionnement repose sur la connaissance du luxe, la formation des agents, la réactivité et, selon son dirigeant, une attention particulière portée à la fidélisation.

« On est condamnés à grossir de 20 à 30 % par an, parce que le coût de la main-d’œuvre augmente et que nos clients ont aussi leurs limites », poursuit Cyril Assentio. « Notre enjeu, c’est de conserver un faible turnover en payant mieux nos salariés, sans perdre notre équilibre économique. »

Protection rapprochée et nouveaux risques

La sécurité privée évolue aussi vers des besoins plus personnels. Avec WeProtect, Buckler développe un service de protection rapprochée, de prévention et d’accompagnement à la demande. Le principe : permettre à une personnalité, un dirigeant ou un particulier exposé de bénéficier d’agents statiques et de rondes de prévention à son domicile 24h/24 ainsi que de pouvoir solliciter rapidement un agent de protection pour une sortie, un déplacement, une escorte vers le domicile ou une situation urgente jugée sensible.

La Fashion Week, les égéries de marques, les dirigeants de la tech ou certains entrepreneurs des cryptomonnaies font partie des clients de WeProtect. Les affaires récentes visant des figures de la crypto ont renforcé cette vigilance. En janvier 2025, l’enlèvement de David Balland, cofondateur de Ledger, avait notamment rappelé que l’exposition de certains entrepreneurs ne se limite plus aux risques numériques.

« Beaucoup de personnalités veulent pouvoir être protégées, mais pas forcément avec une présence permanente et très coûteuse », explique Cyril Assentio. « Il y a des besoins ponctuels : être escorté, vérifier une situation à domicile, accompagner une famille quand un dirigeant est en déplacement. »

L’immobilier comme second terrain

Pendant que Cyril développe Buckler sur la sécurité privée, Guillaume Assentio prend progressivement la main sur l’autre branche du groupe familial : l’immobilier. En 2018, les deux frères créent Foncière de Provence, d’abord avec une logique d’achat, rénovation et revente d’immeubles d’habitation anciens.

Le modèle évolue ensuite. Certaines opérations sont conservées pour être louées, notamment lorsqu’elles permettent de créer un revenu récurrent. Guillaume Assentio travaille aussi sur des espaces de vie partagés pour personnes âgées, avec l’idée de revaloriser des bâtiments existants plutôt que de chercher uniquement des opérations standardisées.

« Au départ, la foncière a été créée pour revaloriser des immeubles d’habitation anciens et les revendre », explique Guillaume Assentio. « Puis, à force de faire ce travail, nous avons commencé à garder certains actifs pour les louer. »

L’activité capitalise à ce jour plusieurs dizaines de millions d’euros d’actifs et représente un chiffre d’affaires, selon lui, d’environ 20 millions d’euros par an. Contrairement à la sécurité, l’immobilier s’inscrit dans un temps plus long : acquisition, travaux, gestion, arbitrages. Mais Guillaume Assentio y voit la même logique entrepreneuriale que dans Buckler : accepter des dossiers complexes, créer de la valeur par l’exécution, puis stabiliser l’activité.

« Dans l’immobilier, on cherche des opérations que tout le monde ne veut pas forcément faire », poursuit-il. « L’enjeu, c’est de créer de la valeur dans des immeubles existants, avec une vraie maîtrise du terrain. »

Deux frères, deux équilibres

Les deux activités n’obéissent pas aux mêmes cycles. La sécurité privée dépend des contrats, des équipes et de la disponibilité opérationnelle. L’immobilier dépend des taux, des travaux et de la capacité à valoriser des actifs dans le temps. Les frères Assentio y voient pourtant une forme de complémentarité.

La crise sanitaire a fragilisé les métiers liés aux événements et au luxe. La remontée des taux a, de son côté, rappelé que l’immobilier n’était jamais un refuge sans contrainte. Entre les deux, les frères Assentio défendent une stratégie de diversification prudente, plus qu’une course à la taille.

« L’objectif n’est pas de devenir Bernard Arnault », résume Guillaume Assentio. « On veut construire des entreprises stables, capables de durer, et offrir un cadre solide aux collaborateurs. »

Cyril Assentio formule la même idée autrement : « Notre moteur, c’est la sécurité financière. Pas pour accumuler, mais pour protéger nos familles, nos collaborateurs et ce que l’on construit. »

De Marseille aux boutiques de luxe, puis des missions de protection rapprochée aux immeubles anciens, les deux frères ont donc construit un groupe à deux têtes. Un pied dans un marché de la sécurité privée qui monte en gamme, l’autre dans l’immobilier de revalorisation. Leur pari tient désormais à un équilibre simple à formuler, plus difficile à tenir : continuer à grandir sans perdre ce qui a fait leur différence.