C’est un montant massif qui nourrit des soupçons de conflit d’intérêts. Le président des États-Unis Donald Trump a déclaré, d’après des documents officiels rendus publics mardi 30 juin, près de 1,2 milliard de dollars de revenus grâce à ses activités dans les cryptomonnaies. Le calcul, opéré à partir des données disponibles dans ce document officiel de 927 pages, concerne l’année 2025 seulement et fait état de sommes importantes perçues grâce à des activités diversifiées. Au total, le président a déclaré plus de 2,2 milliards de dollars de revenus en 2025, contre plus de 600 millions de dollars l’année précédente.
Les documents officiels, dont la parution est permise grâce à une loi de 1978 obligeant le président et le vice-président à déclarer leurs revenus et leurs actifs, révèlent aussi en détail la situation financière de J.D. Vance, vice-président des États-Unis, ainsi que de Melania Trump, Première dame des États-Unis. Ils font apparaître, pour ces deux membres de l’entourage direct de Donald Trump, des revenus de plusieurs millions de dollars, sans permettre à eux seuls d’établir un lien direct avec leurs fonctions à la Maison Blanche depuis janvier 2025.
La richesse de Donald Trump multipliée par les cryptomonnaies
Selon le document de 927 pages publié par le bureau américain pour l’éthique gouvernementale (Office of Government Ethics), plus de la moitié des 2,2 milliards de dollars déclarés par Donald Trump en 2025 proviendrait des cryptomonnaies. Cette somme faramineuse, méticuleusement détaillée dans le rapport, révèle par exemple que le locataire de la Maison Blanche a perçu plus de 500 millions de dollars grâce à ses intérêts dans la start-up World Liberty Financial (WLF), lancée en septembre 2024 et soutenue publiquement par le clan Trump.
Cette plateforme de cryptomonnaies, fondée notamment par les fils de Donald Trump et par Zach Witkoff, fils de l’émissaire américain pour le Moyen-Orient Steve Witkoff, a émis sa propre cryptomonnaie, baptisée WLFI. Les ventes de ce jeton ont généré plusieurs centaines de millions de dollars de revenus. Le document mentionne aussi des milliards de jetons WLFI détenus par des entités liées à Donald Trump, dont 15,75 milliards de jetons de gouvernance World Liberty Financial déclarés dans un portefeuille Ethereum. Leur valorisation reste toutefois difficile à établir. En mars 2025, WLF avait annoncé le lancement d’USD1, un stablecoin, soit une cryptomonnaie conçue pour maintenir une valeur stable, généralement adossée à un actif réel, ici le dollar américain.
Le rapport publié par le bureau américain pour l’éthique gouvernementale fait également état de la perception, par Donald Trump, d’une somme supplémentaire de 635 millions de dollars grâce à la cryptomonnaie à l’effigie du président américain, $TRUMP. Lancé trois jours avant son investiture en janvier 2025, ce « meme coin » a rapidement perdu en valeur, s’échangeant au-dessus de 73 dollars dans les jours suivant son lancement avant de chuter sous les 2 dollars en 2026.
Malgré la chute du jeton numérique de Donald Trump, le président des États-Unis a vu sa fortune quasiment tripler en l’espace de deux ans, notamment grâce aux cryptomonnaies. Le patrimoine personnel de l’ancien promoteur immobilier serait passé de 2,3 milliards de dollars en 2024 à 6,5 milliards de dollars en mars 2026, selon le magazine économique américain Forbes. Un an après son investiture comme 47e président des États-Unis, le 20 janvier 2025, Donald Trump s’était enrichi d’au moins 1,4 milliard de dollars : un chiffre potentiellement sous-estimé et en constante évolution.
La Maison Blanche rejette tout conflit d’intérêts
Un tel enrichissement à la tête de la Maison Blanche suscite de nombreuses interrogations, certains accusant Donald Trump de conflit d’intérêts. De fait, le président américain a parfois promu des entreprises et des politiques susceptibles de bénéficier financièrement à lui-même et à sa famille. En plus d’investir dans l’industrie des cryptoactifs, le magnat républicain avait promis pendant sa campagne présidentielle de faire des États-Unis la capitale des cryptomonnaies. Dès le 23 janvier 2025, il avait signé un décret sur le « renforcement du leadership américain dans la technologie financière numérique », afin de soutenir le développement des actifs numériques, des stablecoins et des blockchains.
« Ni le président ni sa famille ne se sont jamais trouvés, ni ne se trouveront jamais, en situation de conflit d’intérêts », a certifié la porte-parole adjointe de l’exécutif américain Anna Kelly, dans un communiqué transmis à l’AFP. Le président a « fièrement fait des États-Unis la capitale mondiale des cryptomonnaies », a-t-elle ajouté, affirmant que les actions de l’administration Trump « sont menées dans l’intérêt supérieur du peuple américain ».
Fervent défenseur des cryptomonnaies, Donald Trump n’a pas toujours entretenu une relation apaisée avec ce qui est devenu aujourd’hui l’une de ses principales sources de revenus. L’ancien promoteur immobilier déclarait en 2021, bien loin de ses positions actuelles, que le bitcoin semblait « être une arnaque au détriment du dollar ». Un revirement notable depuis son retour à la Maison Blanche.
D’autres risques de conflits d’intérêts apparaissent également à travers les plus de 370 000 dollars de cadeaux déclarés par le Républicain. Cette somme comprend 250 000 dollars pour une statue de Trump levant le poing après la tentative d’assassinat dont il a fait l’objet pendant sa campagne à Butler, 50 000 dollars pour dix billets du Super Bowl 2025, 6 750 dollars pour trente billets pour deux combats UFC de Dana White, ou encore 15 000 dollars pour dix billets de la finale de la Coupe du monde à venir dans le New Jersey.
Les cadeaux liés à Donald Trump n’ont pas échappé à certaines polémiques, parmi lesquelles le Boeing 747-8, estimé à 400 millions de dollars et offert par le Qatar au gouvernement américain. Présenté comme l’un des dons les plus onéreux jamais offerts au gouvernement des États-Unis, l’appareil fait craindre un conflit d’intérêts et suscite de graves questions de sécurité nationale. « Je ne suis pas du genre à refuser une telle offre. Je pourrais être une personne stupide et dire “Non, nous ne voulons pas qu’on nous donne un avion très cher” », se défendait Donald Trump sur son réseau Truth Social. La Constitution américaine interdit pourtant aux dépositaires de l’autorité publique d’accepter des cadeaux « de la part d’un roi, d’un prince ou d’un État étranger » sans le consentement du Congrès.
En mai, Donald Trump avait aussi déclaré avoir fortement accru ses opérations boursières au premier trimestre 2026, avec plus de 3 700 transactions déclarées. Ses comptes d’investissement se sont montrés particulièrement actifs sur les valeurs de la Big Tech, avec notamment d’importants achats d’actions Nvidia, société autorisée à exporter certaines de ses puces vers la Chine. Ils ont également investi dans Intel, le groupe américain historique de l’informatique, qui a bénéficié d’un investissement du gouvernement américain.





