Alors que les relations entre Donald Trump et la FED sont tendues, le président de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell annonce ce mercredi 28 janvier la décision de l'institution concernant les taux d'intérêt.

Les tensions entre Donald Trump et la Réserve fédérale des États-Unis se poursuivront-elles encore longtemps ? La banque centrale annoncera sa décision concernant les taux d’intérêt qu’elle fixe à 19 heures (GMT) ce mercredi 28 janvier. Une annonce qui sera suivie d’une prise de parole de son président, Jerome Powell. L’institution indépendante du gouvernement américain pourrait être prête à entamer 2026 comme elle a démarré l’an passé : en n’apportant aucune modification aux taux d’intérêt. Une décision qui provoquerait le plus grand mécontentement du président américain Donald Trump. Le maintien des taux à leur niveau actuel est envisagé par les investisseurs, qui s’attendent à des taux compris entre 3,50 % et 3,75 %. Suite à une légère série de baisses des taux fin 2025, les responsables souhaitent se donner du temps pour jauger l’impact de cette détente sur l’inflation et sur le marché du travail qui stagne.

La question des taux est le sujet d’un bras de fer entre la FED et l’administration Trump. Dans un message vidéo publié jeudi 11 janvier, Jerome Powell a révélé faire l’objet d’une procédure lancée par le ministère de la Justice visant, d’après lui, à intimider la Réserve fédérale. Jusque-là, la Fed encaissait les pressions du président américain sans broncher. Seulement, la procédure pourrait aboutir à des poursuites pénales. Donald Trump réclame depuis un an des taux d’intérêt plus bas, mais l’institution se doit de rester indépendante et impartiale. Pour Jerome Powell, cette procédure judiciaire s’explique simplement parce que la Fed n’a pas suivi « les préconisations du président » des États-Unis.

Une procédure « totalement irresponsable et indigne » 

Une situation qui pose problème pour l’Américain Michael Strain, économiste au centre de réflexion conservateur American Enterprise Institute. « Ce qui se passe, c’est que le gouvernement tente de résoudre un désaccord sur la politique monétaire en instrumentalisant le système judiciaire. C’est totalement irresponsable et indigne », dénonce-t-il auprès de l’AFP. L’économiste républicain estime que cela compliquera la tâche de la personne qui sera désignée par Donald Trump pour prendre la relève de Jerome Powell. Le mandat de ce dernier se termine à la fin du mois de mai 2026. D’après Michael Strain, le prochain président de la Fed pourrait avoir davantage de difficultés à « convaincre les investisseurs » que l’institution agit de manière indépendante face aux « interférences politiques », étant donné que ce dernier sera nommé par Donald Trump.

La banque centrale s’inquiète de voir les droits de douane mis en place par Donald Trump faire flamber les prix. Elle a donc laissé ses taux inchangés une grande partie de l’année 2025, et a fini par amorcer plusieurs baisses des taux à partir de septembre, motivée par la création d’emplois. Mais la conséquence de cette baisse est que l’inflation persiste et s’élève à 2,8 % sur un an en novembre dernier. Pour Michael Strain, la Fed a « probablement commis une erreur » en étant plus laxiste avec le gouvernement américain en 2025.

Le souhait de Donald Trump est celui d’une politique monétaire plus souple pour doper l’activité et réduire les coûts de financement de la dette publique. Alors que pour le président américain, l’inflation n’est plus un problème comme auparavant, ce n’est pas le ressenti des citoyens américains. Un baromètre du moral des consommateurs américains publié mardi 27 janvier montre pourtant que celui-ci est au plus bas depuis dix ans. Plombée par les questions de pouvoir d’achat, l’inflation est au-dessus de l’objectif de la Fed fixé à 2 % depuis cinq ans.

La question de la succession de Jerome Powell

Pour Michael Strain, le marché du travail est « plus robuste » que ce que pense la Fed. Selon lui, il est plus probable que l’inflation s’accélère en 2026, et donc que l’institution finisse par relever ses taux d’intérêts pendant l’année. Une décision de la banque centrale, qui risque de ne pas faire l’unanimité parmi les douze votants. Le gouverneur Stephen Miran, placé par le président américain depuis peu, a jusqu’ici toujours voté pour des baisses plus importantes que ses collègues. Deux autres gouverneurs en plus de ce dernier, nommés par Donald Trump, pourraient aussi s’opposer à la majorité, remarque Kathy Bostjancic, vice-présidente chez l’assureur Nationwide.

Stephen Miran est par ailleurs cité parmi plusieurs autres noms par l’exécutif pour prendre la succession de Jerome Powell. Voter en faveur d’une baisse lui permettrait de « rester dans la course » pour la présidence de la Fed, pointe l’économiste. « Mais comme l’indépendance de la Fed est attaquée, il pourrait aussi vouloir se ranger symboliquement aux côtés du président Powell et de la Fed », ajoute Kathy Bostjancic.