Après de longues négociations, Bouygues Telecom, Free et Orange se sont accordés, ce 6 juin 2026, avec Altice France dans le cadre du projet de rachat de SFR. Derrière cette opération historique, que va-t-il advenir des 25,5 millions d'abonnés de l'opérateur voué à disparaître ?

Patrick Drahi, patron d’Altice, a finalement serré la main de ses trois rivaux, dans la nuit du 6 au 7 juin 2026. Au terme de longues négociations, le protocole d’accord concernant le rachat de SFR par Bouygues Telecom, Orange et Free ouvre la voie à un chamboulement massif du marché des télécoms français.

« Bouygues Telecom, Free-Groupe Iliad et Orange (le « Consortium ») annoncent aujourd’hui la signature d’un protocole d’accord avec Altice France (le « Vendeur ») en vue de l’acquisition de SFR, l’une des plus importantes opérations industrielles en Europe dans le secteur des télécommunications », peut-on lire dans un communiqué conjoint.

Valorisé 20,35 milliards d’euros, le projet de rachat de SFR concerne un opérateur qui compte quelque 25,5 millions de clients, lesquels doivent être progressivement répartis entre les trois acquéreurs si l’opération va à son terme. L’opérateur au carré rouge, appelé à disparaître à l’issue du processus, amorce une refonte majeure du paysage des télécoms. Encore faut-il obtenir la validation des autorités compétentes.

À quoi doivent s’attendre les abonnés de SFR ?

Si des inquiétudes peuvent survenir dans le cadre de cette opération inédite, SFR n’a pas manqué de clarté sur l’avenir de ses 25,5 millions d’abonnés. « La migration de millions d’abonnés, des infrastructures et des systèmes, constitue un programme industriel pluriannuel », précise le communiqué, lequel détaille point par point la répartition de la clientèle de l’opérateur au carré rouge.

Le consortium s’est accordé sur une « opération durablement créatrice de valeur » qui prévoit, en premier lieu, que Bouygues Telecom récupère la plus grande part du gâteau. L’opérateur fondé par Martin Bouygues accueillerait l’activité et la clientèle SFR Business, une partie des activités grand public de SFR, soit 5,9 millions de clients, ainsi que les 500 000 abonnés du MVNO Prixtel. Free hériterait des 6 millions de clients RED by SFR et d’une partie des activités grand public de SFR, auxquels s’ajouteraient 1,6 million de clients B2C et 400 000 clients TPE. Pour finir, Orange recevrait une partie des activités grand public de SFR, ainsi que les MVNO Réglo, Syma et Coriolis, soit 4,9 millions de clients au total. Les fréquences de SFR devraient, elles aussi, être réparties entre les trois opérateurs concurrents.

Si le protocole d’accord a été signé entre SFR, Bouygues, Free et Orange, les abonnés de SFR ne devraient pas migrer avant le second semestre 2027, date à laquelle est attendue la réalisation effective de l’opération. Le transfert des clients risque de s’étaler sur plusieurs années. « La continuité de service dépend directement des compétences des équipes de SFR, reprises par le Consortium, qui s’appuiera sur leur expertise pour mener à bien cette transformation dans les meilleures conditions », tient à préciser le communiqué conjoint.

Les quatre opérateurs tricolores le savent : « à ce stade, il n’y aucune certitude que cette opération soit réalisée ». Sans la validation des autorités réglementaires compétentes, qu’il s’agisse de l’Autorité de la concurrence (ADLC) ou de la Commission européenne, ce plan pluriannuel restera confiné au stade de projet.

Avec la fin de SFR, le retour à un triumvirat

Le feu vert des autorités de la concurrence est, à ce jour, loin d’être assuré. Chargées d’évaluer les conséquences sur le marché du rachat de SFR, celles-ci pourraient craindre une augmentation des prix pour les consommateurs. Sur le plan social, la disparition du numéro deux des télécoms français est vue d’un mauvais œil par ses quelque 8 000 salariés, dont le moral est au plus bas. Son démantèlement impacte aussi la maison mère, Altice France, au sein de laquelle 3 000 salariés de filiales techniques, étroitement liés à SFR, s’inquiètent pour leur avenir.

L’UNSA, syndicat majoritaire chez SFR, estime que les coupes d’effectifs liées à la disparition de SFR « engage directement l’avenir de 10 000 salariés », selon une lettre d’alerte envoyée au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Le communiqué conjoint de SFR, Bouygues Telecom, Free et Orange se veut toutefois rassurant sur le sujet, écrivant que le « Consortium garantira un emploi à l’ensemble des salariés du périmètre repris jusqu’à début 2029 grâce à la poursuite de leur emploi ou à une proposition d’emploi. Les trois opérateurs prennent l’engagement qu’un dialogue social s’ouvrira avec les organisations syndicales représentatives compétentes de SFR ».

Toujours est-il que le démantèlement des activités de SFR est un coup décisif dans le marché tricolore des télécoms, qui s’établissait, depuis janvier 2012 et l’arrivée de Free Mobile, autour de quatre grands opérateurs. Avec la disparition prochaine de SFR, la concurrence sera concentrée, une nouvelle fois, dans les mains d’un triumvirat. Cette nouvelle configuration, bien que préservant tel quel l’écosystème concurrentiel des télécoms, ouvre une nouvelle ère synonyme de renforcement de la capacité du secteur à investir, innover et anticiper les grandes évolutions technologiques à long terme.