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À Damas, Emmanuel Macron parie sur le retour stratégique de la Syrie

Le Président de la République Emmanuel Macron accueille Ahmed Al-Charaa, Président intérimaire des autorités syriennes de transition, au Palais de l'Élysée à Paris le 7 mai 2025. (Photo by Eric BERACASSAT/Gamma-Rapho via Getty Images)
La visite officielle d’Emmanuel Macron en Syrie, les 6 et 7 juillet 2026, s’est voulue le symbole d’une relation diplomatique relancée entre Paris et Damas. Aux côtés d’Ahmed al-Charaa, président de transition syrien, le chef de l’État français entend accompagner la reconstruction du pays et replacer la Syrie au cœur des corridors énergétiques et logistiques régionaux.

Après plus de treize ans de guerre civile, la Syrie tente-t-elle enfin de se relever ? Depuis la chute du régime Assad en décembre 2024, provoquée par une offensive éclair des forces rebelles, le pays cherche à rompre avec plus d’un demi-siècle de domination du clan Assad et à retrouver une place sur la scène internationale. C’est dans ce contexte diplomatique plus favorable, mais encore très fragile sur le plan sécuritaire, qu’Emmanuel Macron s’est rendu à Damas les 6 et 7 juillet, ponctuant sa visite officielle de promenades dans les ruelles de la vieille ville et de discussions sous le toit du Palais présidentiel.

Le président de la République française a profité de ces deux jours en Syrie pour approfondir les liens diplomatiques l’unissant au nouvel homme fort du pays, Ahmed al-Charaa, désigné président de la République arabe syrienne à titre transitoire depuis janvier 2025. Emmanuel Macron avait été, en mai 2025, le premier chef d’État occidental à recevoir son homologue syrien dans son pays. Il devient, en ce début juillet 2026, le premier chef d’État de l’Union européenne à se rendre en Syrie depuis la chute du régime Assad. Entouré par une poignée de grands patrons à la tête de plusieurs groupes majeurs de l’Hexagone, Emmanuel Macron a profité de sa visite officielle à Damas pour renforcer le partenariat avec son homologue syrien, lequel veut faire de la France « le premier partenaire » de son pays.

Des liens resserrés entre Paris et Damas

En dépit des deux engins explosifs improvisés ayant explosé près de l’hôtel où Emmanuel Macron avait passé la nuit, la visite officielle du président français en Syrie semble avoir validé tous ses objectifs. C’est le cas surtout sur le plan diplomatique, cette rencontre bilatérale n’ayant pas manqué d’éloges réciproques entre les deux chefs d’État. Preuve de sa bonne volonté, la France s’est posée sur le tarmac syrien les bras chargés de cadeaux, Emmanuel Macron ayant emporté dans son avion présidentiel vingt-trois œuvres datant de la préhistoire jusqu’au califat abbasside, qui s’est éteint au XIIIᵉ siècle. En rendant ces artefacts historiques, Paris entend aussi marquer son soutien aux nouvelles autorités syriennes sur le terrain culturel.

Ce geste a accompagné des discussions politiques et économiques nourries, esquissant une relation renforcée entre la Syrie et la France. Les deux pays ont multiplié les signatures de textes, dans les secteurs bancaire, sanitaire, aérien, énergétique et des infrastructures d’eau. Lors d’un Forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie, Emmanuel Macron a martelé auprès d’Ahmed al-Charaa sa volonté d’accompagner le pays dans sa restructuration, après près de quatorze ans de guerre civile.

« Le partenariat stratégique dont nous jetons les bases aujourd’hui avec la France, depuis le développement des ports et de la navigation aérienne jusqu’aux secteurs de l’énergie, de l’eau et de la santé, est le modèle que nous souhaitons pour nos relations avec l’Europe et avec le monde entier », s’est réjoui Ahmed al-Charaa.

Emmanuel Macron a, de son côté, rappelé le rôle précurseur revendiqué par la France dans la levée des sanctions contre Damas. « Nous avons été les premiers à ouvrir ce cycle de levée de sanctions », a déclaré le chef de l’État, convaincu qu’une nouvelle phase s’ouvre pour la Syrie et pour les entreprises françaises.

La Syrie, nouveau carrefour énergétique ?

Si le blocage du détroit d’Ormuz handicape l’ensemble du globe sur ses approvisionnements en pétrole, la situation semble profiter à la Syrie, laquelle « recouvre un rôle vital de carrefour incontournable des corridors mondiaux », selon Ahmed al-Charaa. Damas s’impose comme une voie alternative crédible sur le plan énergétique et logistique grâce à la crise de la guerre au Moyen-Orient. Cette ambition n’a pas échappé aux géants tricolores CMA CGM et TotalEnergies, dont les dirigeants Rodolphe Saadé et Patrick Pouyanné ont fait le déplacement aux côtés d’Emmanuel Macron.

« Après 14 années de guerre, au fond, le défi de la Syrie est multiple et les opportunités, les intérêts des entreprises françaises sont convergents avec ce défi. C’est d’abord stabiliser le pays et à travers la reconstruction sous toutes ses formes, donner des perspectives d’opportunités de création d’emplois pour les Syriennes et les Syriens qui sont présents ici […]. C’est pour nos entreprises des opportunités à saisir pour participer à ce développement », a prononcé Emmanuel Macron dans son discours lors du Forum économique franco-syrien.

Les entreprises françaises affichent leur volonté d’investir en Syrie alors que le pays pourrait, à plus ou moins long terme, s’ériger comme un nouvel acteur majeur dans les échanges commerciaux régionaux. Le groupe CMA CGM, acteur mondial du transport maritime, revendique par exemple la signature d’un « partenariat stratégique » avec Damas, notamment en matière portuaire.

Parmi les accords bilatéraux signés en marge de la visite d’Emmanuel Macron à Damas, Paris et Damas ont validé une lettre d’intention relative à la restitution des avoirs confisqués de Rifaat al-Assad, oncle du président déchu Bachar al-Assad. Ce document, signé par les ministères des Affaires étrangères syrien et français, mentionne la somme de 51 millions d’euros, qui doit être utilisée pour financer des projets de développement concret sur le territoire, a précisé le président français lors d’une conférence de presse.

Après la guerre civile, la Syrie se relève

À peine sortie d’une guerre civile étalée sur près de quatorze ans, la Syrie présente un visage particulièrement dégradé depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024. Le bilan humain dépasse les 528 000 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, tandis que les destructions matérielles restent massives. La transition menée par Ahmed al-Charaa s’érige sur un champ de décombres, dans un pays où environ 90 % de la population vit encore dans la pauvreté.

La reconstruction du pays est estimée par la Banque mondiale à 216 milliards de dollars, soit environ 185 à 190 milliards d’euros selon le taux de conversion retenu. Si une grande partie des sanctions internationales a été levée, la Syrie reste freinée par les séquelles de ces restrictions, par l’état de son système bancaire et par la difficulté d’attirer des financements internationaux. La France, quant à elle, affiche sa volonté de soutenir son alliée du Moyen-Orient dans son redressement, incitant Damas à travailler avec les institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris.

Ahmed al-Charaa et Emmanuel Macron, désireux de renouer pleinement leurs liens diplomatiques, se sont entendus sur la nomination prochaine d’ambassadeurs dans les deux pays. La guerre civile avait entraîné, dès 2012, la fermeture de la représentation diplomatique tricolore à Damas.

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