Des vitres soufflées, de la fumée au-dessus du centre de Damas : mardi matin, la capitale syrienne a été secouée par l’explosion de deux bombes, à proximité de l’hôtel Four Seasons où Emmanuel Macron avait passé la nuit. Le chef de l’État avait déjà quitté les lieux pour rejoindre le palais présidentiel, où l’attendait son homologue Ahmed al-Charaa. L’Élysée a rapidement assuré que le président français était « sain et sauf » et que son programme restait inchangé.
Selon une source de sécurité citée par l’AFP, l’un des engins avait été dissimulé dans une benne à ordures, l’autre placé dans un véhicule garé à proximité de l’hôtel. Des journalistes sur place ont constaté des colonnes de fumée visibles à proximité du bâtiment, tandis que des vitres du ministère du Tourisme, situé en face de l’établissement, ont été soufflées par les déflagrations. Le ministère syrien de l’Intérieur a fait état de 18 blessés, dont quatre policiers. Les forces de sécurité syriennes ont immédiatement bouclé le secteur. À ce stade, aucune revendication n’a été annoncée.
Diplomatie sous haute surveillance
Cet épisode n’est pas isolé. Jeudi dernier déjà, un attentat à la bombe visant un café du centre-ville, près du Palais de justice, avait fait au moins neuf morts à Damas. Malgré la chute du régime de Bachar al-Assad fin 2024 et l’installation d’un pouvoir de transition, la capitale syrienne demeure confrontée à une menace sécuritaire persistante. Les nouvelles autorités cherchent à démontrer leur capacité à stabiliser le pays, mais les attaques viennent rappeler la fragilité de cette transition.
C’est justement dans ce climat instable qu’Emmanuel Macron effectue la première visite d’un chef d’État de l’Union européenne en Syrie depuis l’effondrement du pouvoir Assad. Un déplacement préparé dans la plus grande discrétion, tant pour des raisons de sécurité que pour éviter de nourrir les controverses autour d’un rapprochement avec les nouvelles autorités syriennes.
Dès lundi soir, le programme voulait donner l’image d’un retour à une forme de normalité : dîner avec le président syrien dans un restaurant du Vieux Damas et visite de la mosquée des Omeyyades. Ce mardi, Emmanuel Macron a été reçu au palais présidentiel. Les discussions portent sur plusieurs dossiers stratégiques : la reconstruction économique, la relance des relations bilatérales, la sécurité régionale et le retour progressif de la Syrie dans le jeu diplomatique international. Plusieurs rencontres avec des représentants de la société civile et des acteurs économiques figurent également au programme du chef de l’État.
Le pari français sur la transition syrienne
Le président français s’est entretenu avec son homologue Ahmed al-Charaa, à qui Paris a progressivement ouvert la porte ces derniers mois. Emmanuel Macron avait déjà été, en mai 2025, le premier dirigeant occidental à recevoir le président syrien à l’Élysée – un choix diplomatique assumé envers un homme au passé jihadiste, alors même que la droite et l’extrême droite françaises dénonçaient une normalisation précipitée. Depuis, Paris assume un choix : accompagner la transition syrienne tout en exigeant des garanties sur la protection de l’ensemble des communautés du pays et le respect des droits fondamentaux.
Aucun chef d’État de l’Union européenne ne s’était rendu en Syrie depuis la chute d’Assad ; il faut même remonter à 2008, et à la visite de Nicolas Sarkozy, pour retrouver la trace d’un président français à Damas. La France affiche aujourd’hui l’ambition de peser dans la reconstruction d’un pays exsangue après plus d’une décennie de guerre civile, en misant sur une « Syrie souveraine, libre et plurielle ». Reste que les explosions de mardi matin sont venues rappeler, avec une brutalité toute concrète, les limites de cette stratégie. Entre reconstruction affichée et menace persistante, Emmanuel Macron poursuit sa visite dans une Syrie qui peine encore à sortir de l’ombre de la guerre.



