J'ai toujours divisé mes lectures en deux catégories générales : les livres de jour et les livres de nuit

J’avais 25 ans et je vivais à New York. Je venais de terminer mon premier roman, prête à faire mes premiers pas dans le monde littéraire. Puis, j’ai renversé de l’eau sur mon ordinateur et j’ai tout perdu.
Mon cœur s’est serré.
Mais au lieu de pleurer, de me précipiter pour essayer de réparer mon ordinateur ou d’appeler un coach de vie pour comprendre comment j’avais pu perdre deux ans de travail, je me suis rendue dans une librairie. J’avais besoin de réconfort. Et la seule chose qui pouvait me faire du bien était un nouveau livre. Un livre à lire le soir, pour être précise.

J’ai toujours divisé mes lectures en deux catégories générales : les livres de jour et les livres de nuit. Les livres de jour sont ceux qui requièrent toute mon attention, qui exigent un niveau de concentration élevé. Ce sont souvent des livres que je lis pour mes recherches. Ce sont des livres que j’ai choisis parce que leur sujet m’intéresse et que je souhaite l’étudier.
Les livres de nuit, pour moi, sont plutôt une évasion immersive. Ce sont des livres dans lesquels j’ai hâte de me plonger et que j’ai envie de lire chaque soir. Le genre de livres qui me procurent de la joie. Le genre de livres qui me font oublier. Et, à ce moment-là, j’avais vraiment besoin d’oublier.

Je me promenais donc dans les allées de ma librairie locale, l’idée de voir mon propre roman trôner sur ces étagères n’ayant jamais été aussi éloignée, à la recherche d’un livre de nuit à emporter chez moi. Je lis tous les genres, des romans policiers aux drames familiaux en passant par les recueils de poésie et les biographies. L’avantage de lire plusieurs livres à la fois est que, aussi différents soient-ils, ils finissent toujours par se répondre d’une manière que je n’aurais jamais imaginée. Comment une étude de cas sur l’avenir des incendies de forêt peut-elle dialoguer avec une histoire d’amour entre deux physiciens théoriciens ? Des livres disparates qui n’ont apparemment rien en commun commencent soudainement et de manière impossible à donner l’impression qu’ils se parlent autant qu’ils me parlent.
Et bien que les catégories de livres de jour et de livres de nuit puissent être utiles, je résiste généralement à l’idée d’établir une distinction binaire stricte. Si un livre peut commencer dans une catégorie, certains livres finissent par passer de l’une à l’autre. La lecture de jour peut littéralement se prolonger dans la nuit. Un exemple récent est celui du livre de Sophie Elmhirst, Naufragés, l’étonnante histoire vraie d’un couple qui s’est retrouvé naufragé et a dû lutter pour survivre. J’ai commencé à le lire dans l’après-midi et je n’ai même pas essayé de m’arrêter avant d’avoir atteint la dernière page à minuit, une lecture qui m’a plongée dans un beau rêve fiévreux. De même, il y a des livres de nuit que je revisite à la lumière du jour parce qu’il y a quelque chose qui m’obsède, comme la véracité psychologique du drame familial de Bruce Holsinger, Culpability, dont le dénouement déchirant (et profondément humain) m’a poussé à revenir à la première page pour une deuxième lecture.

Avec mon roman perdu, les deux dernières années de mon travail acharné envolées en un instant implacable, j’étais toujours seule, sous le choc, dans les allées de cette librairie. Mais entourée de tous ces livres, je pouvais sentir que je respirais profondément. Les livres nous offrent un refuge contre les déceptions, les chagrins et les pertes. Ils sont le meilleur rappel que la joie viendra toujours quand on la cherche. Raconter des histoires sera toujours une forme de rébellion. Tout ce qui est perdu peut être retrouvé.

De plus, lire plusieurs livres à la fois nous rappelle que nous avons toujours le choix de ce que nous faisons ensuite.

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