Il y a dix ans cette année, le 12 décembre 2015, la COP21 s’achevait dans un moment d’espoir. Laurent Fabius, alors président de l’évènement, scellait d’un coup de marteau l’adoption de l’accord de Paris sur le climat. Ce jour là, 195 pays s’accordaient sur le premier traité international de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Entré en vigueur le 4 novembre 2016, il est désormais ratifié par tous les Etats, sauf l’Iran, la Libye et le Yémen tandis que les Etats-Unis en sortiront pour la seconde fois en janvier 2026 sous la décision du président Trump. L’objectif principal de cet accord : maintenir « l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels » et poursuivre les efforts « pour limiter l’augmentation de la température à 1,5°C ».
Dix ans plus tard, l’ambiance est plus maussade. Alors que la 30ᵉ conférence des Nations unies sur le climat se tient du 10 au 21 novembre novembre à Belem (Brésil) les signaux envoyés par les différentes parties sont mitigés. Seulement 57 chefs d’Etats et de gouvernements sont attendus selon les organisateurs brésiliens, parmi lesquels le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer. Mais c’est surtout l’absence annoncé de Donald Trump, déjà absent de la Conférence des Nations unies sur l’océan, tenue à Nice en juin dernier, qui retient l’attention. Washington n’enverra pas de représentants « de haut niveau » à Belém.
Ce message envoyé par les pays est peu propice à des annonces ambitieuses. « De manière générale, en ce moment la coopération internationale n’a pas le vent en poupe, explique à TIME France Sandrine Maljean-Dubois, chercheuse au CNRS et spécialiste en droit de l’environnement. Et l’élection de Donald Trump n’y est pas pour rien. On observe un essoufflement de certains pays. »
Un espoir de coopération entre les Etats
Face à un enthousiasme limité pour de nouveaux engagements ambitieux, les Brésiliens ont choisi de concentrer leurs efforts sur la mise en œuvre concrète des mesures déjà décidées. Le pays hôte de la COP30 a appelé à faire de cette rencontre une « COP de la vérité » et souhaite appliquer concrètement l’accord de Paris plutôt que de faire de grande annonces. L’important étant avant tout de démontrer que la coopération internationale reste possible, malgré le contexte difficile.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, résume bien l’équation : « Nous faisons face à tant de défis sur tant de fronts que certains craignent que si nous allons trop loin sur le climat, si nous sommes trop ambitieux, nous ne puissions pas le gérer économiquement ».
Le but affiché de cet événement est aujourd’hui de renforcer le multilatéralisme entre les Etats. Comme l’indique le ministère français de la Transition écologique : « dans un contexte international particulièrement complexe la COP30 doit réaffirmer la détermination des Parties à travailler ensemble et à faire avancer l’action climatique au niveau mondial ». Les pays sont ainsi invités à mettre à jour leurs engagements climatiques et leur feuille de route pour les cinq prochaines années. L’accord de Paris prévoit en effet que les Etats accroissent tous les cinq ans leurs engagements de réduction des émissions.
La COP des forêts
Malgré ces ambitions modestes, plusieurs questions devraient être soulevées durant ces prochains jours parmi lesquelles celle des financements des conséquences climatiques. Durant la COP29, les parties se sont accordées sur un soutien financier aux pays en développement à hauteur de 300 milliards de dollars pour que ces pays puissent se développer sans charbon ni pétrole, tout en affrontant plus de canicules et d’inondations. Ces pays sont en effet les plus exposés et vulnérables aux conséquences du changement climatique, alors même qu’ils y ont le moins contribué. « Aujourd’hui les pays du Sud sont en attente de d’une feuille de route qui permette de rendre cet engagement concret » souligne Sandrine Maljean-Dubois.
Une autre question cruciale de la COP devrait porter sur les poumons verts de la planète. Avec plus d’un tiers de sa surface recouvert par l’Amazonie, le Brésil veut placer la question de la préservation des forêts, du développement local et des droits des populations autochtones au coeur de l’événement. Le pays devrait porter le projet d’un nouveau fonds international pour la conservation des forêts. « Pour l’instant, il n’y a pas de consensus entre les États mais il y a des attentes fortes de la part des pays forestiers et des attentes d’annonces concrètes sur la lutte contre la déforestation et le renforcement des puits de carbone » détaille Sandrine Maljean-Dubois.
Une crise climatique toujours plus forte
En 2015, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU (GIEC) indiquait que le franchissement du seuil de 1,5°C risquait d’avoir des conséquences de plus en plus graves sur les changements climatiques, notamment des sécheresses, des vagues de chaleur et des précipitations plus fréquentes et plus violentes. Dans le but de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, les émissions de gaz à effet de serre doivent donc, toujours selon le groupe d’expert, culminer avant 2025 au plus tard et diminuer de 43% d’ici 2030.
Mais alors même que la crise climatique s’aggrave -l’année 2024 ayant été confirmée comme l’année la plus chaude jamais enregistrée, dépassant pour la première fois le seuil de +1,5°C- ce programme paraît de plus en plus inatteignable. Selon un rapport de l’ONU publié le 4 novembre, les plans climat des pays mènent vers une planète plus chaude de 2,3 à 2,5 °C d’ici à la fin du siècle, une trajectoire actuelle bien loin des objectifs annoncés il y a dix ans. « C’est insuffisant et un peu décourageant, déplore Sandrine Maljean-Dubois. Il y a beaucoup de négociateurs qui sont désabusés car chaque année on s’éloigne des objectifs de l’accord de Paris. »
Une COP indispensable
Alors malgré le climat morose, cet événement est-il toujours aussi pertinent ? « Nous avons besoin des COP pour maintenir la question climatique sur l’agenda politique à l’échelle internationale, soutient la chercheuse du CNRS. Nous en avons d’avantage besoin en ce moment alors que certains États remettent en cause leurs priorités climatiques. On ressent une lassitude mais ce n’est certainement pas une raison pour renoncer. Cette piqûre de rappel qui a lieu chaque année en fin d’année est nécessaire. »
D’autant plus que cette COP brésilienne s’ouvre dans un contexte juridique favorable. En effet, dans un avis consultatif rendu le 23 juillet 2025, la Cour internationale de justice (CIJ) a estimé que la violation des obligations climatiques inscrites dans l’accord de Paris constitue un « fait internationalement illicite » engageant la responsabilité des États.
Les COP ont donc une portée juridique intéressante. Les décisions prisent lors de ce sommet peuvent ainsi être mobilisées par les pays les plus vulnérables, les pays du Sud, les pays en développement, les petits États insulaires dans les négociations mais aussi dans des procès climatiques à l’échelle nationale, de manière directe contre des Etats ou indirecte contre des entreprises.





