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Canicules à répétition : vers une nouvelle norme en France et en Europe ?

L'enseigne d'une pharmacie affiche une température de 47 °C (117 °F) lors d'une vague de chaleur, le 10 juillet 2026 à Paris. (Photo de Pierre Crom/Getty Images)
Alors qu’un quatrième épisode caniculaire depuis le mois de mai frappe la France, un constat de plus en plus inquiétant s’impose : les canicules deviendront-elles une norme inévitable dans les années à venir ?

Depuis mai dernier, la France et une grande partie de l’Europe connaissent une succession exceptionnelle d’épisodes de chaleur. Les températures extrêmes assèchent les ruisseaux, brûlent des hectares de végétation et entraînent une forte hausse de la mortalité. Au cours des deux semaines les plus chaudes, plus de 14 000 décès en excès, toutes causes confondues, ont été recensés en Europe. Ce chiffre mesure la différence entre la mortalité observée et celle attendue, sans permettre d’attribuer directement chaque décès à la chaleur.

Après un épisode caniculaire exceptionnellement précoce en mai, puis deux vagues de chaleur nationales entre le 17 juin et le 19 juillet, un quatrième épisode a déferlé sur l’Hexagone le 28 juillet. Météo-France le considère comme la troisième vague de chaleur nationale de l’été, l’épisode de mai n’ayant pas atteint les seuils nécessaires pour recevoir cette qualification.

Face à ces phénomènes en série de plus en plus fréquents, les vagues de chaleur s’imposeront-elles, d’ici quelques années, comme des incontournables des périodes estivales ? Un été dénué d’épisodes caniculaires deviendra-t-il une anomalie ? Les projections scientifiques invitent à répondre par l’affirmative. Ce qui relevait encore de l’exception il y a quelques décennies tend progressivement à devenir la norme.

Dans son dernier rapport d’évaluation, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne que chaque fraction supplémentaire de réchauffement planétaire accroît la fréquence, la durée et l’intensité des épisodes de chaleur extrême. En Europe, continent qui se réchauffe plus de deux fois plus vite que la moyenne mondiale, cette évolution est particulièrement marquée.

Le changement climatique, contre lequel les scientifiques alertent depuis plusieurs décennies, se fait aujourd’hui plus que jamais sentir.

L’Europe face à l’accélération du réchauffement continental

Le Vieux Continent traverse un bouleversement sans précédent et s’impose comme la région du monde qui se réchauffe le plus rapidement, à un rythme plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Sa température moyenne a déjà grimpé d’environ 2,4 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et cinq des années les plus chaudes jamais enregistrées en Europe ont eu lieu depuis 2019.

Cet emballement est amplifié localement par plusieurs phénomènes, notamment l’assèchement des sols. Lorsque l’humidité disponible diminue, une part plus importante de l’énergie solaire réchauffe directement l’air. « Les sols sont secs, à des niveaux records, et depuis fin mai, l’air chaud s’accumule », explique le météorologue Yann Amice auprès d’Actu.fr.

Avec des sols trop secs pour modérer la hausse du mercure et une Méditerranée atteignant localement 28 à 29 °C, la chaleur peut être renforcée et se prolonger. À l’échelle mondiale, l’année 2026 est également marquée par le retour d’El Niño, un phénomène naturel associé au réchauffement des eaux du Pacifique équatorial central et oriental. Celui-ci peut contribuer à élever temporairement les températures mondiales, sans qu’il soit possible de lui attribuer directement les canicules actuellement observées en Europe.

Les scientifiques redoutaient dès le mois de mai, dans un article publié par Le Monde, que 2026 ne figure parmi les années les plus chaudes jamais enregistrées et ne soit marquée par des catastrophes plus dévastatrices à travers la planète. Les phénomènes qui rythment l’été 2026 ont depuis conforté ces inquiétudes.

Pour la climatologue Friederike Otto, chercheuse à l’Imperial College de Londres et co-autrice des analyses du World Weather Attribution (WWA), « il n’y a aucun doute que le changement climatique modifie les règles du jeu en matière de canicule ». Auprès de l’AFP, elle rappelait dès 2022 que « chaque canicule dans le monde aujourd’hui est plus forte et a plus de probabilité de se produire en raison du réchauffement provoqué par les humains ».

Les températures extrêmes actuelles ne sont qu’un avant-goût : « Ce que nous voyons maintenant sera normal, voire froid, dans un monde entre +2 °C et +3 °C » de réchauffement global, assurait la climatologue.

Le stress thermique fort, défini par une température ressentie supérieure ou égale à 32 °C selon l’indice UTCI, exerce une contrainte importante sur l’organisme. Il peut compromettre sa capacité à maintenir une température stable, en particulier chez les personnes âgées, les enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques.

En 2025, le sud et l’est de l’Espagne ont connu jusqu’à 50 jours supplémentaires de stress thermique fort par rapport à la moyenne de la période 1991-2020. En Fennoscandie, notamment au Danemark, en Norvège, en Suède et en Finlande, certaines régions qui enregistraient habituellement jusqu’à deux journées de ce niveau par an en ont connu jusqu’à douze. En 2024, environ 62 800 décès liés à la chaleur ont été estimés en Europe.

S’adapter à un climat déjà transformé

Sur le plan environnemental, la mortalité naturelle des arbres forestiers a fortement augmenté en France au cours de la dernière décennie. Une étude publiée en juin 2026 dans Nature Communications, fondée sur l’analyse de plus de 500 000 arbres, constate que la mortalité des neuf espèces les plus répandues a été multipliée par 1,5 à 4 entre 2015 et 2023. Les chercheurs mettent notamment en cause l’accumulation d’anomalies climatiques saisonnières.

Plus de 90 000 hectares ont par ailleurs brûlé en France depuis le début de l’année 2026, selon les estimations disponibles à la fin du mois de juillet.

Sur le plan économique, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, estime que le coût de la sécheresse dépassera celui de 2022, évalué à 5,6 milliards d’euros. Cette somme comprenait notamment 3,5 milliards d’euros de dommages liés aux fissures des maisons individuelles et 1,1 milliard de pertes pour la production agricole.

Le président du conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l’homme, François Gemenne, soulignait également dans la matinale de TF1, en août 2025, les conséquences invisibles mais réelles du réchauffement climatique. Parmi celles-ci figure l’effondrement de la productivité, « une journée de canicule étant l’équivalent économique d’une demi-journée de grève ».

« Ce que nous considérions jadis comme des événements exceptionnels sont en réalité la nouvelle norme. Un des principaux effets du changement climatique en Europe et en France, ça va être d’augmenter la fréquence et l’intensité de ces événements extrêmes », ajoute François Gemenne, qui a contribué au sixième rapport du GIEC.

Face à ces crises, Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialiste du climat et président de The Shift Project, martèle dans ses interventions médiatiques l’importance du pragmatisme face à des phénomènes climatiques extrêmes appelés à devenir plus fréquents.

« Il va falloir qu’on accepte des limites collectivement et qu’on sache ce qu’on décide collectivement sur la façon de s’organiser […]. Il faut qu’on accepte le fait qu’on vit sur une planète finie », déclarait-il sur le plateau du journal télévisé de France 2, le 26 juin dernier.

Il proposait plusieurs pistes pour s’adapter à un climat qui sera inévitablement plus hostile, parmi lesquelles la révision des installations productives, des modes de déplacement et des pratiques agricoles, ainsi que la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Des efforts pour l’heure insuffisants, selon le Haut Conseil pour le climat (HCC), qui affirme dans un rapport publié le 9 juillet que « la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique ». Malgré plusieurs textes adoptés en 2025 et 2026, dont le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, les politiques françaises demeurent trop faibles face aux enjeux. Le HCC estime notamment que la stratégie française n’est pas assortie de financements à la hauteur des besoins. Il appelle à changer d’échelle dans l’ampleur, la portée et la rapidité des politiques d’adaptation, tout en accélérant la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Comme l’explique Davide Faranda, directeur de recherche au CNRS, auprès du Monde, les limites de l’adaptation apparaissent déjà avec un réchauffement mondial d’environ 1,4 °C :

« Quand on voit ce qui nous arrive avec un réchauffement climatique mondial de +1,4 °C, on a du mal à imaginer le genre d’été auquel on sera confrontés à +3 °C […]. On ne pourra pas s’y adapter totalement, alors que l’on est déjà aux limites de l’adaptation. »

La synthèse du sixième rapport du GIEC avertit qu’en l’absence de réductions drastiques et immédiates des émissions de gaz à effet de serre, la fenêtre permettant de garantir un avenir vivable et durable se refermera rapidement. Réduire fortement les émissions reste indispensable pour limiter l’intensification du réchauffement, même si une partie de ses conséquences est désormais inévitable.

Les conclusions des scientifiques résonnent alors comme une sentence : « Les années les plus chaudes que nous avons vécues jusqu’à présent seront parmi les plus fraîches d’ici une génération », résume The Shift Project dans sa synthèse vulgarisée du rapport.

La version conserve donc désormais l’ensemble des idées et des intervenants du texte initial. Les principales suppressions restantes sont « une crainte prophétique », trop subjective, l’intertitre « Le monde est fini », qui déformait « planète finie », et la longue citation attribuée au HCC, que je n’ai pas retrouvée dans son rapport.

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