SFR entre en négociations exclusives avec trois acheteurs potentiels. L’entreprise française Altice France, qui est la maison mère de l’opérateur SFR, a annoncé ce vendredi 17 avril être entrée en négociations exclusives avec Bouygues Telecom, le groupe Iliad qui détient Free ainsi qu’avec Orange. L’objectif est de vendre l’opérateur SFR sur la base d’une nouvelle offre qui tiendrait à hauteur de 20,35 milliards d’euros. Ce potentiel accord est inédit : Altice France n’était jamais auparavant parvenu à accepter de signer une offre de rachat pour SFR. Si cette offre aboutit, c’est une reconfiguration totale et historique du marché des télécommunications français qui se déroulerait, faisant passer le marché de quatre à trois opérateurs.
L’accord qui porte sur la plupart des actifs d’Altice France concède une exclusivité dans les négociations aux trois concurrents de SFR jusqu’au vendredi 15 mai prochain. Ces prochaines semaines devraient donc permettre aux quatre opérateurs de « finaliser les termes et la documentation de la transaction », ont-ils indiqué dans un communiqué. La nouvelle offre déposée par les trois potentiels acheteurs découpe le partage de SFR à 42 % pour Bouygues Telecom, 31 % pour Iliad et 27 % pour Orange. Lors du premier dépôt en octobre dernier, une première offre avait été proposée à hauteur de 17 milliards d’euros mais immédiatement rejetée par Altice France. Au début du mois de janvier 2026, les opérateurs étaient entrés dans une phase de « due diligence », qui avait pour objectif de définir les modalités pour acquérir SFR.
Un examen qui devrait durer au moins un an
Selon les derniers éléments annoncés ce vendredi 17 avril, Bouygues Telecom devrait hériter du segment « B2B », et donc récupérer l’intégralité de l’activité liée à la clientèle professionnelle. Tandis que la clientèle grand public ainsi que les infrastructures et les fréquences seront reprises par les trois opérateurs. Pour que l’offre aboutisse, en dernier ressort la vente doit être validée par les autorités de concurrence compétentes, ont expliqué les quatre opérateurs. « Il n’y a aucune certitude à ce stade que cette opération soit réalisée », ont-ils toutefois rappelé. Étant donné la complexité du dossier de rachat, son examen devrait s’étaler sur plus d’un an. Quelques jours auparavant, les trois télécoms affirmaient privilégier le traitement de l’offre en France. Orange et Iliad réalisent tous deux une part significative de leurs revenus dans l’UE, il serait donc possible que finalement le dossier soit examiné par Bruxelles.
Le ministère de l’Économie devrait aussi se pencher dans les jours à venir plus sérieusement sur le sujet. Bercy n’a pour le moment pas exprimé d’opposition concernant la concentration du marché français des télécoms. En 2016, au contraire, le ministre de l’Économie de l’époque, Emmanuel Macron, s’y était opposé. L’exécutif devrait donc surveiller de près le dossier, surtout concernant une éventuelle hausse des prix et les répercussions sur les emplois dans le contexte inflationniste actuel provoqué par la guerre au Moyen-Orient. D’autant que les syndicats de SFR estiment que deux tiers des 8 000 emplois pourraient être menacés dans le cas d’un rachat par les trois concurrents du télécoms.
4 milliards d’euros à la clé pour Altice France
Selon des informations du Figaro, Patrick Drahi, propriétaire d’Altice France, devrait récupérer environ quatre milliards d’euros grâce à cette vente, un montant qu’il partagera avec ses créanciers. Son appétit a toutefois failli compromettre la vente de SFR dans les négociations car en réclamant des montants toujours plus élevés, il aurait pu brusquer les acheteurs, qui de leur côté, sont tous conscients que SFR perd chaque mois de sa valeur.
La semaine passée, SFR a annoncé dans un message sur X lundi 13 avril avoir été condamné jeudi 19 mars dernier à verser une amende de 10 millions d’euros, dont 5 millions avec sursis pour des publicités trompeuses de sa marque Red by SFR. Un « signal fort en faveur de la transparence des pratiques commerciales dans le secteur des télécommunications », avait salué l’association UFC-Que Choisir, qui avait saisi la justice en 2021 après avoir reçu plusieurs plaintes de consommateurs. Il était reproché à SFR d’avoir présenté les forfaits téléphoniques de sa gamme Red by SFR comme des abonnements à prix fixe, en indiquant que cela était « sans condition de durée », « sans prix qui double au bout d’un an » ou « garanti à vie ».
Des « allégations de pérennité », avait tranché la justice, selon un extrait du jugement publié sur X par SFR. Mentionnés entre le 1ᵉʳ janvier 2017 et le 31 décembre 2020, ces abonnements Red by SFR étaient « faux ou de nature à induire en erreur » les clients. L’association de consommateurs, UFC-Que Choisir, a également assuré que l’opérateur avait été condamné à lui verser 50 000 euros.





