La guerre au Moyen-Orient impacte aussi le secteur aérien. Le « choc pétrolier » en cours provoque actuellement des hausses « inévitables » sur les prix des billets d’avion ainsi que sur les annulations de vols, a prévenu dans la Tribune ce mardi 7 avril Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair et président de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam), qui prend en charge plus de 95 % de la flotte et des activités du secteur du transport aérien français.
Ce dernier a pointé du doigt l’augmentation du prix du kérosène, l’allongement des temps de vol ainsi que la suspension pour certaines compagnies de destinations dans des pays interdits de survol, notamment au Moyen-Orient. Pascal de Izaguirre a souligné le risque d’une pénurie de kérosène qui risquerait de « se tendre dans les prochaines semaines ». « On peut s’attendre à de nouvelles hausses de tarifs dans les prochains mois, si la situation perdure », a-t-il lancé, ajoutant par ailleurs qu’aucun « réajustement rétroactif » des tarifs n’était possible.
Les coûts d’exploitation passent de 25 à 45 %
Le montant du prix de la tonne de carburant est passé de 750 dollars avant le début de la guerre au Moyen-Orient à 1 900 dollars au début du mois d’avril, d’après le président de la Fnam. « La part du carburant dans les coûts d’exploitation des compagnies aériennes est ainsi passée de 25 à 45 % », a-t-il indiqué. Depuis les frappes israélo-américaines sur l’Iran à la fin du mois de février 2026, le prix du pétrole a flambé, Téhéran ayant bloqué l’accès quasi-complètement du détroit d’Ormuz, passage crucial où circule en temps normal près de 20 % du pétrole brut et gaz liquéfié mondial.
Selon le président de la Fnam, ces hausses de prix du kérosène provoqueront des annulations de vol. « Si une compagnie aérienne constate qu’un vol dans un futur assez proche aura un coefficient de remplissage trop faible », explique-t-il, « et qu’il risque d’être lourdement déficitaire », la compagnie aérienne préférera l’annuler. Une autre raison de l’augmentation des coûts des compagnies concerne l’interdiction de survol de certains pays, et ce, depuis le déclenchement de la guerre. Des contournements provoquent donc des allongements de temps de vol, ce qui exige mécaniquement une consommation de kérosène plus importante. Le groupe Air France-KLM a annoncé jeudi 12 mars dernier augmenter ses tarifs sur les vols long-courriers pour les billets émis à partir du mercredi 11 mars. En classe économique notamment, la hausse du prix atteint jusqu’à 50 euros pour un aller-retour.
Une hausse des prix comprise entre 63 et 129 euros
Le groupe français n’est pas le seul à avoir annoncé augmenter ses tarifs. Les compagnies Air Caraïbes, French Bee ou encore Corsair ont également modifié leurs prix sur la même catégorie de vols, le long-courrier. Air New Zealand, SAS, Thai Airways, Qantas ou encore Air India indiquent des hausses ou des surcharges. Les compagnies originaires d’Asie comme Cathay Pacific ont pratiquement multiplié par deux à partir du mercredi 18 mars leur surcharge carburant sur le long-courrier. L’augmentation des prix serait estimée entre 63 et 129 euros. Le cours en moyenne du carburant d’aviation a atteint près de 168 dollars le baril mercredi 11 mars, selon l’indice de référence Platts, un chiffre deux fois plus haut qu’au début de l’année 2026.
Des consommateurs observent déjà des écarts, rapporte Le Figaro. Pour un vol du jeudi 25 février au jeudi 11 mars prochain, un billet à destination de Sydney avec des escales à Dubaï avec la compagnie Emirates est passé de 2 450 dollars à 3 000 dollars.
Le secteur du tourisme fortement impacté
Le PDG de Corsair a également indiqué que l’écart actuel qui se creusait entre le pétrole brut et le kérosène était directement relié à un phénomène de spéculation et à de potentiels abus. Il a toutefois affirmé avoir « alerté le gouvernement à ce sujet afin de faire la transparence sur la situation ». Concernant l’impact sur les réservations, Pascal de Izaguirre affirme que l’impact atteint déjà un stade « fort pour les secteurs du tourisme », mais aussi « très variable » pour les compagnies aériennes. Une partie des compagnies bénéficie selon lui « d’un effet de report favorable aux destinations qu’elles desservent ».
Dans certaines agences de voyages interrogées, l’incertitude de la situation internationale provoque un ralentissement de l’activité. Cyrille Fradin, président du tour-opérateur Fram, explique observer « de l’attentisme ». En tout, c’est une baisse de 15 % des réservations qui a été enregistrée par l’agence. Selon lui, c’est un rythme qui reste « assez classique dans ce type de période ». Il affirme toutefois que sur le long terme, une détente sur ces tarifs est possible, notamment sur les voyages après la guerre : « Quand le conflit prendra fin, les compagnies feront probablement des offres pour relancer la demande. »





