L’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas une option, mais un devoir constitutionnel. C’est en tout cas ce qu’impose la Constitution du 27 octobre 1946, qui, dès l’alinéa 3 de son Préambule, affirme que la « loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme ». En dépit des valeurs promulguées dans les textes officiels, force est de constater que la réalité s’écarte des sentiers républicains pourtant fondamentaux dans la vie politique française. Dans son dernier rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) démontre que de nombreux efforts nécessitent encore d’être mis en œuvre.
À l’heure où la société française tend à se polariser, tantôt bercée par les idées d’extrême droite et par les mouvements masculinistes, les chiffres dévoilés par le HCE sont édifiants. En 2026, ce sont près de 17 % des personnes de 15 ans et plus, soit dix millions de Français, qui adhèrent au sexisme hostile, souvent associé à « des attitudes agressives ou dévalorisantes ». Le rapport souligne également la responsabilité des réseaux sociaux, devenus des caisses de résonance importantes vis-à-vis des discriminations et des violences faites aux femmes. Le cybersexisme s’impose comme « la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes ».
En parallèle, le gouvernement multiplie les mesures visant l’égalité entre les sexes. Depuis début 2026, plusieurs avancées ont été actées, tandis qu’Emmanuel Macron érige au rang de « priorité nationale » la lutte contre les violences faites aux femmes depuis 2017. Malgré les grandes annonces de Matignon et de l’Élysée, les promesses semblent difficilement appliquées, avec des chiffres qui traduisent un écart notoire entre les textes et leurs effets dans la société française.
1. La grande loi-cadre contre les violences faites aux femmes
C’est un texte important sur les violences faites aux femmes qui n’a jamais été qu’une promesse. En novembre 2025, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, annonçait son projet de loi-cadre visant à « mieux former, mieux détecter, mieux prévenir et mieux sanctionner ». Comportant une liste de 53 mesures, le projet de loi devait être présenté en Conseil des ministres au premier semestre 2026. Une ambition retoquée quelques mois plus tard, la grande loi-cadre étant laissée de côté en raison d’un calendrier politique trop chargé.
Aurore Bergé, quoique freinée dans son élan, continue de travailler sur son projet de loi. La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes indiquait sur TF1 poursuivre son travail en réunissant parlementaires et recevant les associations engagées sur le terrain. Plus de deux mois après le début de l’affaire Lyhanna, qui a provoqué moult remous dans la garde rapprochée de Sébastien Lecornu, Aurore Bergé espère un examen de son texte contre les violences faites aux femmes et aux enfants à l’Assemblée nationale début octobre. Depuis le début de l’année, 79 féminicides ont été perpétrés en France, selon un décompte du collectif #NousToutes. Un bilan qui équivaut à un décès tous les deux jours.
2. L’augmentation du budget pour l’égalité des sexes
Le budget consacré à la politique d’égalité entre les femmes et les hommes poursuit sa progression dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2026, confirmant une tendance de fond engagée depuis plusieurs années. Le programme 137, qui constitue le cœur budgétaire du ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, voit ses crédits augmenter de 1,6 million d’euros par rapport à la loi de finances initiale 2025, pour atteindre 95,65 millions d’euros.
Cette somme finance principalement les actions du réseau associatif engagé sur le terrain, leur coordination territoriale et nationale, ainsi que la prévention et la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes. Mise en perspective, cette enveloppe a été multipliée par trois en cinq ans, passant d’environ 30 millions d’euros à son niveau actuel : une hausse qui traduit la volonté affichée du gouvernement de faire de ce sujet une priorité budgétaire continue, même si elle reste modeste au regard des besoins identifiés par les associations féministes.
3. Les quotas de femmes dans les directions des grandes entreprises
Adoptée en 2021, la loi dite « Rixin », qui impose un quota minimum de femmes dans les instances dirigeantes, a finalement été mise en application au mois de mars 2026. Plus de cinq ans après avoir été voté par les parlementaires, le texte se présente comme une grande avancée dans la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes. Concrètement, les entreprises de plus de 1 000 salariés se voient désormais contraintes de compter au moins 30 % de femmes dans leurs instances dirigeantes et parmi leurs cadres dirigeants. Chaque société concernée doit communiquer de telles données auprès du comité social et économique : elles sont également rendues publiques sur le site du ministère du Travail.
La loi Rixin n’est qu’une première étape dans cette ambition de transparence salariale et d’égalité économique. En mars 2029, le seuil minimal passera à 40 % de femmes dans le cercle des cadres dirigeants et des instances dirigeantes. En cas de non-respect des mesures, les entreprises se soumettront à des pénalités financières. Grâce aux avancées législatives, les dirigeantes sont de plus en plus nombreuses en France. Représentant aujourd’hui 28,81 % des membres des comités exécutifs dans le CAC 40, elles n’incarnaient, en 2008, que 6,3 % de ces instances, selon une étude de SKEMA Business School.
4. La lutte contre la précarité menstruelle
Après trois longue années de patience, les protections périodiques réutilisables pourront faire l’objet d’un remboursement par l’Assurance maladie. Attendue de longue date, cette mesure historique annoncée conjointement le 16 avril 2026 par les ministères de la Santé et de l’Égalité entre les femmes et les hommes entrera en vigueur dès la rentrée universitaire prochaine. Dans les faits, ce sont 6,7 millions de femmes qui seront concernées par cette aide, laquelle cible en priorité les jeunes de moins de 26 ans et les personnes précaires.
Face à la précarité menstruelle, le gouvernement prévoit un remboursement des protections périodiques réutilisables, comme les cups et les culottes menstruelles, à hauteur de 60 % pour les moins de 26 ans et jusqu’à 100 % pour les bénéficiaires de la complémentarité santé solidaire (C2S). Le dispositif exclut cependant toute protection jetable. D’après l’association Règles Élémentaires, les femmes françaises déboursent en moyenne 8 000 euros au cours de leur vie pour gérer leurs cycles menstruels. Un chiffre qui peut s’élever jusqu’à 20 000 euros en cas de règles abondantes et/ou très douloureuses.
5. La transparence salariale
Comme le reste des autres avancées en matière d’égalité entre les hommes et les femmes, la transparence salariale se fait attendre. Adoptée le 10 mai 2023, la directive européenne sur la transparence des rémunérations devait être, initialement, transposée dans le droit français en juin 2026. Désormais prévue pour être effective fin 2026 ou début 2027, la loi met fin à l’opacité des salaires dans une même entreprise, fragilisant un peu plus les inégalités entre les sexes. De fait, chaque société devra expliquer la façon dont sont déterminés les salaires et justifier les potentiels écarts. L’entreprise se verra également contrainte de fournir à chacun des membres de son équipe des informations claires sur les calculs de la grille salariale.
En moyenne dans le secteur privé, les femmes gagnent 22 % de moins que les hommes, avec un salaire mensuel de 1 838 euros net par mois pour les premières, et 2 352 euros pour les seconds, selon l’Observatoire des inégalités. Un écart de 500 euros par mois différencie les revenus des deux sexes. À temps de travail équivalent, les femmes touchent 14 % de moins que les hommes, soit une différence moyenne de 400 euros. Le chemin est encore long pour aboutir au Graal de l’égalité salariale totale.



