« Les banques sont toutes détenues par des juifs. » Mediapart attribue cette phrase à Jordan Bardella dans une enquête publiée le 28 septembre et fondée sur des dizaines de conversations privées. Certains échanges remonteraient à l’été 2013. Leur auteur présumé a alors 17 ans et milite au Front national. Treize ans plus tard, il préside le Rassemblement national, et Marine Le Pen l’a désigné comme son futur Premier ministre en cas de victoire en 2027. Il dénonce des « faux grossiers ».
Le site d’investigation dit avoir passé plusieurs mois à authentifier ces échanges « de manière indépendante ». Il y voit un « antisémitisme obsessionnel ». Dans les extraits rapportés, des messages attribués au jeune militant évoquent un « Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël » et visent trois ministres de François Hollande : Laurent Fabius, Pierre Moscovici et Manuel Valls. Dans un autre message, il écrirait que les ministères les plus importants sont confiés à des personnes « pour qui Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts français ». Moscovici, alors ministre de l’Économie, voudrait « sauver les entreprises » pour « venger Moïse ». Mediapart relève également, dans ces échanges, une proximité avec les thèses d’Alain Soral, condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites. Un ancien proche affirme à la rédaction que « Jordan a regardé des kilomètres de vidéos de Soral ».
« Barbouzerie » : la contre-attaque du RN
Sur X, Jordan Bardella conteste « formellement » les accusations. À Mediapart, il répond n’avoir jamais tenu de tels propos, « en public comme en privé ». Puis, en soirée sur CNews, face à Pascal Praud, il qualifie les propos qui lui sont prêtés de « parfaitement délirants » et dénonce une opération visant à « déstabiliser » la campagne. Son avocat, assure-t-il, a déposé une plainte pour diffamation. Il avance deux hypothèses : soit Mediapart est à l’origine de l’opération, soit le site est manipulé par des personnes qui y auraient intérêt.
Marine Le Pen, en déplacement, a semblé prise de court. « Je n’ai même pas besoin d’en parler avec Jordan Bardella », a lancé la candidate, avant de parler de « dinguerie » et d’« une barbouzerie dont Mediapart a le secret ». De son côté, Alexandre Berteau, coauteur de l’enquête, affirme que ces écrits sont « bien signés de la main de Bardella ». Selon lui, le jeune militant « baignait » dans « l’idéologie antisémite », au sein d’une fédération au « climat raciste [et] antisémite ». Le journaliste assure que l’enquête aurait paru même hors campagne présidentielle. Mediapart, promet-il, répondra « sur les terrains judiciaires, comme médiatiques ».
À gauche, des appels à la démission
Sur X, les réactions se multiplient. Marine Tondelier demande à Jordan Bardella de « démissionner de toutes ses fonctions ». Fabien Roussel rappelle que le FN a été « fondé par des Waffen-SS ». Olivier Faure, lui, revient sur les propos de novembre 2023 dans lesquels Bardella affirmait que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite, avant de parler de « maladresse » quelques jours plus tard. Jean-Luc Mélenchon condamne les propos attribués au président du RN, sous réserve qu’il en soit bien l’auteur.
Au gouvernement, Aurore Bergé estime que ces écrits, « s’ils sont avérés », sont d’« une immense gravité ». Jean-Noël Barrot rappelle, lui, que l’antisémitisme fait partie de « l’histoire » du RN. Yonathan Arfi, président du Crif, se dit « stupéfait par la violence des propos antisémites attribués à Jordan Bardella », que « même la jeunesse ne saurait évidemment expliquer ». En fin de journée lundi, Gabriel Attal et Édouard Philippe n’avaient pas commenté l’enquête. L’affaire prend désormais une dimension judiciaire, avec la plainte pour diffamation annoncée par Jordan Bardella.





