L’ancienne Première ministre Élisabeth Borne a annoncé ce mercredi 6 mai se retirer de la direction du Parti Renaissance. Une décision qu’elle justifie par un « désaccord » entre elle et le secrétaire général du parti, Gabriel Attal, qui ambitionne la présidentielle de 2027.

Élisabeth Borne a fait ses adieux à la direction de Renaissance. L’ancienne Première ministre sous la présidence d’Emmanuel Macron, Elisabeth Borne, a annoncé ce mercredi 6 mai se retirer de la direction du parti Renaissance, dont elle restera toutefois « simple adhérente ». La députée a affirmé quitter son poste à la direction car elle serait « en désaccord » avec la ligne portée par le secrétaire général du parti, Gabriel Attal, a-t-elle affirmé sur France Inter. Elle dit regretter que la ligne actuelle de Renaissance ne soit « pas forcément débattue » en interne.

« J’ai décidé de démissionner du Conseil national de Renaissance, de me mettre en retrait du bureau exécutif et de me consacrer à la structure que j’ai créée, “Bâtissons ensemble” », qui a vocation à « rassembler au-delà des partis », selon elle. L’ancienne Première ministre publie par ailleurs le jeudi 7 mai un nouvel ouvrage intitulé « Réveillons-nous ! » aux éditions Robert Laffont. Celle qui affirme rester « simple adhérente » de Renaissance assure rester « attachée aux militants » ainsi qu’« aux valeurs » qu’elle et les membres ont « portées en 2017 ». « Mais je ne souhaite pas participer aux instances », a-t-elle toutefois conclu.

 

« Renaissance, l’agence de com’ de Gabriel Attal »

 

Son annonce intervient alors que Gabriel Attal s’investit activement en vue de la présidentielle en multipliant notamment les déplacements pour commencer à rassembler des électeurs qui se sont rapprochés ces dernières années du candidat Horizons, Édouard Philippe. Le maire du Havre est en effet le grand favori du bloc central actuellement dans cette course pour décrocher les clés de l’Élysée, d’après les sondages.

En août 2024, Élisabeth Borne avait annoncé sa candidature pour prendre la tête du parti Renaissance. Après seulement quatre mois, elle avait finalement renoncé à déposer sa propre liste. La candidate avait moyenné un accord avec Gabriel Attal lui assurant la présidence du Conseil national, l’équivalent d’un Parlement au sein d’un parti.

Seulement, l’ancienne Première ministre qui avait accueilli Gabriel Attal à Matignon en janvier 2024 n’a cependant jamais complètement adhéré à la démarche de son successeur, qui a dernièrement récupéré les rênes du parti sans l’accord de l’Élysée. Gabriel Attal dirige ainsi le groupe macroniste à l’Assemblée nationale. « Renaissance, ce n’est pas un parti, c’est l’agence de com’ de Gabriel Attal », affirmait Elisabeth Borne dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche.

 

Des problèmes de « respect » de la Constitution en interne ?

 

Questionnée mercredi 6 mai sur ses points de désaccord avec la ligne actuelle de Renaissance, la députée du Calvados a cité le « respect du droit international », du Conseil constitutionnel et de la Constitution. Affichant une pointe de scepticisme, voire une opposition à certaines mesures de fond prises par le parti, l’ancienne ministre s’était notamment opposée à l’interdiction du voile pour les mineures de moins de 15 ans.

Élisabeth Borne ne s’était également pas rendue au discours de clôture du meeting à Arras de Gabriel Attal en septembre dernier, comme une autre partie des figures de Renaissance, en désaccord avec la prise de distance de ce dernier envers Emmanuel Macron. Plus récemment, elle n’a pas non plus répondu présente lundi 4 mai au bureau exécutif qui examinait les propositions de désignation du candidat Renaissance pour la prochaine élection présidentielle. La désignation du secrétaire général ou la primaire interne pour trancher le candidat qui se jettera dans l’arène de la présidentielle est attendue pour le mardi 12 mai prochain, lors d’un conseil national, qu’elle présidait autrefois.

 

Léguer plus de responsabilités au Premier ministre

 

« Elle aurait pu utiliser le Conseil national pour faire travailler des gens et venir challenger Gabriel avec des propositions de fond, elle ne l’a jamais fait », a affirmé une source proche du secrétaire général de Renaissance à l’AFP. Ce mercredi 6 mai, Elisabeth Borne s’est aussi lancée dans une « critique de méthode » d’Emmanuel Macron. D’après elle, les « intuitions » qu’il a portées lors de sa première élection en 2017 étaient cohérentes, mais aujourd’hui, il serait nécessaire de « faire autrement ». En s’engageant sur sa vision du rôle d’un président de la République, l’ancienne première ministre explique être catégoriquement en défaveur d’un « pouvoir solitaire et un peu vertical ».

L’actuelle députée défend par ailleurs dans son livre un retour à un système de septennat non renouvelable, plutôt que le système actuel de mandat présidentiel pour une durée de cinq ans, note l’AFP. Elle soutient également l’idée que le Conseil des ministres doit être présidé par le Premier ministre, alors qu’actuellement, il est dirigé par le chef de l’État. Lorsqu’elle est interrogée à propos de ses ambitions pour la présidentielle de 2027, Élisabeth Borne répond que ce n’est « pas du tout le sens de [sa] démarche » et qu’elle préfère plutôt se concentrer sur des propositions.