Alors que l'ancien ministre des Affaires étrangères n'a pas encore officialisé sa candidature à l'Élysée, son profil se rapproche de celui de l'ancien premier Premier ministre d'Emmanuel Macron. Des similitudes qui peuvent faire craindre à Edouard Philippe de voir le candidat séduire son électorat ? 

Par défaut, Edouard Philippe juge qu’il faut prendre tous les adversaires au sérieux. Mais parmi celles et ceux qui se sont déclarés ou risquent de le faire pour la présidentielle de 2027, y aurait-il un profil qui a particulièrement de quoi inquiéter le candidat Horizons ? Pour cette ancienne cadre locale du parti fondé en 2021, s’il y a bien quelqu’un qui devrait rester sous l’œil d’Edouard Philippe, c’est Dominique de Villepin. Pour cette dernière le fondateur de la France humaniste, « c’est danger pour Édouard ». Elle qui s’apprête à rejoindre le parti créé en 2025 l’assure : « Ce que Dominique de Villepin fait à l’international, c’est ce qu’on attendait d’Edouard. On a deux hommes d’État de droite mais Dominique de Villepin vient d’une époque où la France allait quand même mieux », affirme-t-elle, dépeignant Dominique de Villepin comme un « Macron de 2017 mais avec de l’expérience ».

Les deux hommes ont quelques similitudes dans leur parcours politique. Ils ont en commun leur passage par Matignon, l’un de 2005 à 2007, l’autre vingt années plus tard, de 2017 à 2020. Les deux viennent de la même famille politique, la droite gaulliste, et incarnent une stature d’Homme d’État. À moins d’un an de l’élection présidentielle, quand l’un est déjà lancé depuis longtemps – Edouard Philippe a annoncé sa candidature dans les colonnes du Point en septembre 2024 – l’autre semble se diriger sur la même voie. Mais le second pourrait-il marcher sur les plates bandes de l’autre ?

Des « marqueurs communs »

« La France humaniste effectue un gros travail de terrain. Dominique de Villepin est en train d’attirer vers lui une France qui ne se retrouve plus dans les anciens partis », affirme cette ancienne cadre locale de Horizons, martelant que « quelque chose se passe » autour du candidat putatif. Autour d’Édouard Philippe au contraire, on minimise l’influence que pourrait avoir la candidature de Dominique de Villepin. « C’est une candidature qui n’ira pas au bout. Dominique de Villepin s’est toujours retiré avant », affirme un conseiller proche du candidat, selon qui cette candidature putative est « un parcours d’égo ». Ce dernier note tout de même des « marqueurs communs » entre Edouard Philippe et Dominique de Villepin, invoquant la capacité à incarner une forme de crédibilité. « À part la famille politique et l’héritage d’une tradition de droite gaulliste », ce dernier ne voit pas de marqueurs similaires en termes de ligne politique, d’autant que l’on « ne connaît pas son programme », souligne-t-il.

Une cadre de Horizons abonde : « Aujourd’hui, Dominique de Villepin n’incarne pas l’économie, il incarne un rapport à la France, à l’identité. Il est très en hauteur, c’est de la politique vue de l’avion. À un moment donné il faut se rapprocher des racines du pays. Je pense qu’il a beaucoup de chemin à faire », déclare-t-elle, louant, en miroir, le fait qu’Édouard Philippe ait « été aux responsabilités » et qu’il ait été réélu à la mairie du Havre. « Il est ancré dans la réalité », assure-t-elle. Néanmoins, cette dernière note un caractère intéressant « pour le débat public » du candidat de la France Humaniste, lui prédisant de ne pas arriver à aller jusqu’au bout de la campagne.

Entre sympathie et intentions de vote

Un conseiller de la campagne du candidat Horizons voit dans l’intérêt que suscite Dominique de Villepin une « surévaluation », notant que si Dominique de Villepin bénéficie d’une certaine forme de popularité, cela ne se traduit pas forcément en intentions de vote. « Il est le candidat de droite préféré des électeurs de gauche », note-t-il, effectuant le parallèle avec Fabien Roussel, le chef de file du PCF qui a réussi à n’obtenir que 2,28 % des votes exprimés en 2022. Une vision qui n’est pas contredite par Bernard Sananes, président de l’institut d’études Elabe : « À un an de l’élection présidentielle, Edouard Philippe est crédité de 20 % d’intentions de vote, quand Dominique de Villepin n’est crédité que de 3 à 5 % », note le sondeur. « Pour espérer conquérir des suffrages, il vaut mieux partir avec une bonne popularité que l’inverse », avance l’expert, insistant tout de même que « pour l’instant, la relative bonne opinion ne se transforme pas en intention de vote ».

Un élément qui pourrait tout de même jouer en faveur de Dominique de Villepin, c’est le rapport au macronisme. Dans un contexte politique où l’actuel chef de l’État est largement impopulaire – selon le dernier baromètre Odoxa avec Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale, seuls 25 % des sondés pensent qu’Emmanuel Macron est un bon président –, l’équation à résoudre pour les candidats dont la carrière politique inclut un passage en Macronie sera de trouver la saine distance avec le chef de l’État. Si une cadre d’Horizons met en avant qu’Édouard Philippe n’est pas « macroniste », un conseiller avance que cet argument est à double tranchant. « Edouard Philippe assume son bilan. Dominique de Villepin pourra bien dire qu’il est le seul candidat à droite à ne pas avoir travaillé avec Emmanuel Macron, le socle macroniste existe. S’il  envisage une candidature de centre droit, il ne pourra pas simplement faire campagne sur un rejet du marconisme », avance-t-il.