La dette publique a augmenté de 59,6 milliards d’euros en trois mois, pour atteindre 3 595,5 milliards d’euros fin juin, selon l’Insee. Elle représente désormais 119 % du PIB, un niveau inédit depuis 1946, alors que le gouvernement prévoit une nouvelle hausse en 2027 et que les taux d’emprunt restent élevés.
Entre avril et juin, l’encours de la dette publique française a augmenté de l’équivalent d’environ 650 millions d’euros par jour, en moyenne. Au bout du trimestre, l’augmentation atteint 59,6 milliards d’euros : la dette publique au sens de Maastricht s’établit à 3 595,5 milliards d’euros fin juin, a annoncé l’Insee ce 29 septembre. Rapportée à la richesse produite, elle pèse 119 % du PIB, contre 117,5 % fin mars. C’est davantage que le sommet de 117,8 % atteint début 2021, en plein « quoi qu’il en coûte ». Pour retrouver un tel ratio, il faut remonter à 1946, quand le pays pansait les plaies de la guerre.
Les prévisions du gouvernement prolongent cette hausse. Bercy table sur une dette de 119,3 % du PIB fin 2026, puis de 121,7 % en 2027, soit plus du double de la valeur de référence de 60 % inscrite dans les règles européennes. « Cette hausse est mécanique. Elle est la conséquence d’un déficit qui demeure élevé », a expliqué le ministère. Ce déficit, Sébastien Lecornu l’a chiffré à 5,4 % du PIB cette année, contre 5,1 % en 2025, dans un entretien au Figaro mi-septembre. Il vise 5 % en 2027 grâce à un effort d’environ 54 milliards d’euros, à traduire dans le projet de budget que le gouvernement doit présenter le 1er octobre en Conseil des ministres. Quant à la barre des 3 %, l’exécutif ne l’espère plus avant 2029.
Un écart avec Berlin au plus haut depuis 2012
Les marchés, eux, n’attendent pas. Ce 28 septembre, le rendement des obligations françaises à dix ans avoisinait 4,7 %, contre environ 3,6 % pour les obligations allemandes. L’écart entre les deux taux atteignait un niveau inédit depuis 2012. La hausse des rendements ne touche pas seulement la France : elle s’inscrit aussi dans un contexte de tensions inflationnistes et de besoins de financement élevés. La situation budgétaire française contribue toutefois à l’écart avec l’Allemagne.
Éric Dor, directeur des études économiques à l’Iéseg, décrit à l’AFP des prêteurs qui « froncent les sourcils, mais prêtent toujours à la France, plus cher ». Il imagine le fonds de pension japonais qui prête à dix ans se demandant s’il trouvera d’autres créanciers au moment d’être remboursé. Si la confiance s’érodait totalement, prévient-il, ce serait « Grèce 2010 ». Cette comparaison décrit un scénario extrême, pas la situation actuelle de la France. La charge d’intérêts, elle, augmente : elle s’est élevée à 64,7 milliards d’euros en 2025, selon les comptes nationaux hors frais bancaires, et pourrait dépasser 100 milliards en 2029 d’après la Cour des comptes. Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, table sur 91 milliards dès 2027.
Covid, énergie, baisses d’impôts : qu’est-ce qui a creusé la dette ?
Au premier trimestre 2017, peu avant l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la dette s’élevait à 2 256 milliards d’euros, soit 100,8 % du PIB. Fin juin 2026, elle dépasse ce montant de plus de 1 300 milliards d’euros. Cette comparaison en euros courants doit toutefois être rapportée à l’évolution du PIB. Deux chocs pèsent lourd. Le Covid d’abord : la dette passe de 101,2 % à 113 % du PIB entre le premier et le deuxième trimestre 2020, puis à 117,8 % début 2021. Les dépenses publiques bondissent de 55,3 % à 61,7 % du PIB entre 2019 et 2020, et le déficit atteint 8,9 %. La crise énergétique ensuite : les mesures exceptionnelles contre la hausse des prix de l’énergie ont représenté près de 72 milliards d’euros de coût brut estimé sur la période 2021-2024, selon la Cour des comptes, qui en a critiqué le manque de ciblage.
Les économistes de l’OFCE ont estimé en 2024 que les crises et les effets non liés à des mesures budgétaires permanentes expliquaient entre 52 % et 69 % de la hausse du ratio de dette entre 2016 et 2023, selon le traitement réservé au plan de relance. Le reste ne peut pas être attribué aux seules baisses d’impôts : d’autres choix budgétaires et mécanismes entrent dans le calcul. La suppression progressive de la taxe d’habitation, le remplacement de l’ISF par l’IFI et la baisse de l’impôt sur les sociétés ont néanmoins réduit les recettes publiques. Selon la Cour des comptes, l’effet des baisses d’impôts décidées entre 2018 et 2023 atteignait 62 milliards d’euros pour la seule année 2023, soit 2,2 points de PIB. La gauche dénonce des « cadeaux fiscaux » aux plus aisés.
Ce 24 septembre, sur France 2 et TF1, Emmanuel Macron a dit ne « pas du tout » regretter le « quoi qu’il en coûte ». Il a réparti les dépenses de la décennie en trois tiers : protéger les Français des crises, préparer l’avenir et compenser un modèle social pas assez réformé. C’est sur ce dernier tiers qu’il exprime des regrets. Dans le débat sur les moyens de réduire l’endettement figure aussi la proposition de Jean-Luc Mélenchon d’annuler la dette publique détenue par la Banque de France.





