105 euros de plus par mois. C’est le gain que promet Raphaël Glucksmann à une auxiliaire de vie payée 2 000 euros brut, grâce à sa baisse de la CSG sur les salaires, a martelé l’eurodéputé lors du débat du 1er octobre sur France 2. Un chiffrage maison, que ses rivaux ont aussitôt pris pour cible. Olivier Faure y voit une brèche dans le financement de la Sécurité sociale, Ségolène Royal et Jérôme Guedj un risque pour son équilibre. L’échange résume la campagne : cinq prétendants, un vocabulaire de gauche commun et des chemins qui s’écartent dès qu’il est question d’argent.
Le vote en ligne s’ouvre ce vendredi 9 octobre à 8 heures pour plus de 140 000 inscrits, adhérents des partis organisateurs ou simples sympathisants, et court jusqu’à samedi 20 heures. « On avance à l’aveugle car on ne sait pas qui sont les électeurs », souffle un proche de Glucksmann. Le vainqueur héritera d’un camp laminé : Anne Hidalgo n’a pas dépassé 1,75 % en 2022. Trois débats, sur LCI le 23 septembre, sur France 2 le 1er octobre puis sur BFMTV le 4, n’ont pas vraiment départagé les candidats. Ils ont surtout fait apparaître leurs failles.
Le chèque et la facture
Le désaccord ne s’arrête pas à la CSG. Olivier Faure défend les cotisations, ce « salaire différé » qui finance la protection sociale, et veut conditionner le versement des dividendes à l’engagement des entreprises dans leur transition écologique. Quand Ségolène Royal promet de rétablir l’ISF, « un minimum de justice fiscale », il lui renvoie : « C’est bien, mais ce n’est que trois milliards. » Selon lui, les allègements de charges qu’elle défend en coûteraient 44. Lui veut revenir sur « une partie des cadeaux fiscaux » de l’ère Macron et imposer la taxe Zucman.
Jérôme Guedj réclame de la progressivité dans le prélèvement et porte une « Sécurité sociale intégrale », qui bousculerait le système des complémentaires santé, dont les contours restent à détailler. Emmanuel Maurel, lui, sort la calculette autrement : supprimer une partie des 465 niches fiscales, puis lever « plusieurs dizaines de milliards » par un grand emprunt citoyen, car « la fiscalité ne suffira pas ». Glucksmann compte sur la taxation des méga-héritages et des multinationales.
L’immigration offre un autre terrain de nuances. Faure juge que Pedro Sánchez « a eu raison » de régulariser les travailleurs sans papiers en Espagne ; Glucksmann promet de « mettre fin à l’hypocrisie » et assure que la mesure sera populaire. Guedj, lui, plaide pour « planifier l’immigration » par une loi pluriannuelle, avec une « préférence travail » destinée aux secteurs en manque de bras, l’hôtellerie et la restauration en tête.
Le nucléaire n’obtient pas non plus de voix unique. Selon le comparateur Isoloir 2027, Royal se montre la plus réservée sur de nouveaux réacteurs, quand les autres y sont plutôt favorables, avec des nuances. Glucksmann, qui a demandé à Yannick Jadot de préparer un plan de « cent jours de la révolution écologique », mise sur une Europe plus intégrée, défense comprise. Maurel, lui, déroule trois mots : démondialisation, démarchandisation, démocratisation, et se montre plus frileux sur cette intégration.
Poutine, Gaza, Mélenchon : le terrain qui fâche
C’est sur la scène internationale que les échanges ont été les plus rugueux. Sur l’Ukraine, Ségolène Royal plaide pour une médiation avec Vladimir Poutine. « Quand on veut agir, on trouve un moyen. Quand on ne veut pas agir, on trouve une excuse », a-t-elle lancé, estimant que le conflit aurait pu être évité avec des forces d’interposition. Jérôme Guedj a qualifié son discours de « naïf » et de « sirupeux » ; Emmanuel Maurel a lui aussi critiqué cette approche. Olivier Faure avait déjà surnommé l’ancienne candidate de 2007 « Wonder Woman ». Sur Gaza, l’emploi du mot « génocide » et la qualification juridique des faits ont opposé Faure, Glucksmann et Guedj, jusqu’à électriser la fin du débat du 1er octobre.
Mais la vraie fracture porte un nom : Jean-Luc Mélenchon. Glucksmann et Guedj refusent toute alliance avec La France insoumise. Faure, héritier de la Nupes de 2022 et du Nouveau Front populaire de 2024, ne ferme pas la porte. Maurel défend l’union de la gauche et un front républicain si l’extrême droite l’emportait. Royal avance de son côté sur un registre plus personnel, avec un programme que la presse juge moins détaillé que ceux de ses concurrents. Le débat dépasse la gauche. Dans Le Parisien, Gabriel Attal a proposé une « grande coalition » allant de la gauche sociale-démocrate à la droite républicaine, afin d’éviter un duel Marine Le Pen-Mélenchon au second tour. Le camp Glucksmann a fermé la porte. Le verdict des inscrits tombera après la clôture du vote, samedi 10 octobre, à 20 heures.



