Alors que des frappes russes continuent de faire des victimes en Ukraine jour après jour, Moscou souhaite faire une trêve les8 et 9 mai pour les célébrations du 81ᵉ anniversaire de la victoire soviétique en 1945. De son côté, Volodymyr Zelensky accuse Moscou de « cynisme absolu » et annonce sa propre trêve à partir du 6 mai.

Dans l’impasse, Moscou et Kiev annoncent tour à tour leur propre trêve. La Russie a annoncé un cessez-le-feu les vendredi 8 et samedi 9 mai prochain pour les célébrations du 81ᵉ anniversaire de la victoire soviétique contre les forces d’Hitler, marquée chaque année par un défilé sur la Place rouge, à Moscou. De son côté, Kiev a déclaré mettre en place une trêve pour une durée de deux jours à partir de ce mardi 5 mai. Le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Sybiga a estimé que « la paix ne peut attendre les défilés et les célébrations ». En parallèle, des bombardements russes ont frappé l’Ukraine dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 mai, provoquant au moins cinq morts et des dizaines de blessés. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé le « cynisme absolu » de Moscou avant l’application d’une trêve décrétée à l’occasion des commémorations en Russie de la victoire de 1945. D’après les autorités ukrainiennes, trois employés d’une entreprise gazière et deux secouristes ont été tués lors de frappes de missiles et de drones de longue portée.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réagi à la trêve de Moscou en annonçant mettre en place sa propre trêve, à partir de ce mercredi 6 mai : « Nous annonçons un régime de cessez-le-feu à partir de 0 h dans la nuit du 5 au 6 mai », a-t-il écrit dans un message publié sur X. « Conformément à une décision du commandant suprême des forces armées de la Fédération de Russie, [le président] Vladimir Poutine, un cessez-le-feu a été décrété du 8 au 9 mai 2026 », avait de son côté déclaré le gouvernement russe dans un message publié sur MAX, une application de messagerie lié à l’État russe.

 

Un droit de réponse « de manière symétrique » ?

 

Le Kremlin a par ailleurs menacé de lancer une « frappe massive de missiles » sur le centre de Kiev si l’Ukraine ne respectait pas le cessez-le-feu. En réponse, Volodymyr Zelensky a déclaré une trêve à partir de mercredi à minuit, 21h00 heure GMT, sans lui fixer de durée précise, précisant que Kiev répondrait « de manière symétrique » à toute violation de son propre cessez-le-feu.

Volodymyr Zelensky qui est en visite au Moyen-Orient à Bahreïn, a dénoncé la dernière vague de bombardements russes sur le territoire ukrainien : « C’est d’un cynisme absolu que de demander un cessez-le-feu afin d’organiser des célébrations de propagande, tout en menant chaque jour de telles frappes », a-t-il déclaré sur ses réseaux sociaux. 

Selon l’analyste politique ukrainien Volodymyr Fessenko, cette annonce de trêve est avant tout une manœuvre dans les champs « informationnel et politique ». « Si la Russie ne respecte pas notre cessez-le-feu, nous sommes en droit de ne pas respecter le sien. Cela annule l’initiative de Poutine », estime-t-il auprès de l’AFP, ajoutant qu’il juge « presque certain » qu’aucun des cessez-le-feu mis en place par la Russie ne serait complètement respecté.

11 missiles et 164 drones russes lancés

 

Ces trêves doivent avoir lieu pendant plus de trois semaines après l’annonce du cessez-le-feu de 32 heures pour la Pâques orthodoxe. Cet appel à cesser toute attaque avait pourtant été violé à plusieurs reprises sur le front, même si un arrêt des attaques aériennes de longue portée avait tout de même été constaté. L’Ukraine souhaite que la trêve soit plus prolongée avec la Russie pour espérer favoriser des négociations et, sur le long terme, trouver un accord pour mettre fin à la guerre déclenchée par l’invasion de la Russie en février 2022 sur son sol. 

Moscou a déjà refusé cette requête, en défendant qu’un cessez-le-feu qui s’étendrait davantage pourrait permettre à Kiev de renforcer ses défenses et d’exiger de la Russie qu’elle cède toute la région du Donetsk à l’est de l’Ukraine, actuellement sous contrôle de l’armée russe. Pendant la nuit de ce lundi 4 mai, l’armée russe a lancé en tout 11 missiles et 164 drones sur l’Ukraine d’après l’armée de l’air ukrainienne, qui en parallèle assure avoir neutralisé en vol un missile et 149 drones.

La Russie perd du terrain

 

Selon une source de l’AFP, huit missiles et 14 drones ont atteint 14 zones différentes dans le pays, tandis que deux missiles ne sont pas parvenus à frapper leurs cibles. Dans la région de Poltava, dans le centre-est de l’Ukraine, des victimes sont recensées : quatre personnes ont été tuées et 37 autres ont été blessées, indique le chef de l’administration régionale, Vitaliï Diakivnytch. De même dans la région de Kharkiv dans le nord-est, où une personne est morte tandis que deux autres ont été blessées, d’après le parquet.

Dans un message qui a été publié sur le réseau social X, le directeur général de l’entreprise ukrainienne d’hydrocarbures Naftogaz, Serguiï Koretsky, affirme que des sites de production de gaz dans les régions de Poltava et de Kharkiv ont été touchés par des frappes russes. Au-delà des victimes, ce sont également des sites qui ont subi des « dommages importants » ainsi que des « pertes de production ».

En réponse à ces nombreuses attaques, l’Ukraine a riposté en multipliant ces derniers jours ses tirs de drones vers le territoire russe. Dans l’ouest de Moscou, un immeuble résidentiel a notamment été impacté par des engins ukrainiens. Cette situation entre les deux pays s’inscrit dans un moment où, pour la première fois depuis l’été 2023, la zone contrôlée par l’armée russe en Ukraine a diminué d’environ 120 km² en avril, selon l’analyse par l’AFP des données de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW).