Entre les pins et la rade de Villefranche, une famille tient depuis 1945 la plage où l’on voudrait que l’été ne finisse jamais.
Un rivage que le temps a épargné
Il faut emprunter le chemin de Passable, descendre entre les murets de pierre et les pins parasols, pour comprendre ce qui se joue ici. Le premier coup d’œil coupe court à toute conversation : la rade de Villefranche-sur-Mer, d’un bleu presque irréel, s’étale en contrebas. L’air chargé de résine et de sel marin fait le reste. Sur cette plage de la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat, entre Nice et Monaco, la végétation a gardé ses droits. Des pins centenaires projettent sur le rivage une ombre mouvante où l’on s’installe sans négocier avec le soleil. C’est sous ces mêmes branches que la famille Vestri a posé ses premières chaises longues en 1945, reprenant un site déjà chargé d’histoire — camp d’entraînement militaire au XIXe siècle, puis Lutétia Plage, annexe balnéaire du Grand Hôtel du Cap. Quatre générations plus tard, Olivia Vestri et Raffaele Vanacore dirigent l’établissement, épaulés par leur fille Jeanne. Le lieu attire une clientèle internationale qui apprécie sa discrétion : ici, on croise des visages connus, mais personne ne les dévisage. L’atmosphère tient bon, saison après saison : celle d’un endroit où le tutoiement s’installe avant le dessert.
Des racines napolitaines dans l’assiette
Le parfum qui flotte à l’heure du déjeuner doit beaucoup à Raffaele Vanacore. Napolitain d’origine, c’est lui qui a donné à la cuisine de Passable sa grammaire : huile d’olive, citron, produits tirés de la mer le matin même. Les linguine alle vongole — palourdes ouvertes à la minute, éclat de persil, pointe de piment — sont devenus le plat que les habitués commandent les yeux fermés. Les delizie miste, assortiment de poissons grillés dont la composition varie selon les arrivages, prolongent cette logique du marché. En 2026, un fish bar a ouvert à l’étage inférieur : tartares tranchés devant les clients, ceviches acidulés, makis serrés ; une carte plus vive, pensée pour être dégustée entre deux bains. Le soir, de juin à août, la terrasse bascule dans un autre registre. Un brasero rougeoie face à la baie. Viandes et poissons du jour grillent au feu de bois, et l’odeur de braise se mêle à celle des pins tandis que le ciel vire au rose au-dessus de Villefranche. Pour 2026, un nouveau chapitre s’annonce : Peppe Guida, chef napolitain étoilé et cousin de Raffaele, prend la consultance de la carte. « De belles choses en perspective ! », glisse Jeanne Vanacore avec un sourire qui en dit long.
Le privilège de revenir
Un jeudi soir de juillet, vers vingt heures. Les derniers baigneurs ont quitté le rivage, les lumières du bar surplombent la baie, et les premières percussions d’Awazonika montent depuis la plage. Afro-house, rythmes tribaux, pieds nus sur le sol encore tiède : chaque semaine, de mi-juin à fin août, la Plage de Passable se transforme en scène ouverte. « C’est comme un petit festival, l’ambiance est très festive », décrit Jeanne Vanacore. La plage accueille également des événements privés tout au long de la saison ; veilles de mariages face au coucher de soleil, cérémonies pieds dans l’eau, beach parties le lendemain, souvent en résonance avec la Villa Ephrussi de Rothschild, toute proche. En surplomb, le Lulu’s Bar déroule son propre tempo : café le matin devant la baie encore silencieuse, cocktails et tapas au crépuscule, quand la lumière dorée transforme chaque verre en nature morte. Navette pour les bateaux mouillant au large, voiturier, massages sous les pins : les attentions existent, mais elles se glissent dans le décor sans élever la voix. « Les clients se sentent chez eux en arrivant, et ils reviennent », résume Jeanne Vanacore. C’est peut-être la meilleure promesse d’un lieu : rester, d’un été à l’autre, exactement ce qu’il a toujours été.
Plage de Passable
Chemin de Passable
06230 Saint-Jean-Cap-Ferrat
Téléphone : +33 (0)4 93 76 06 17
https://www.plage-de-passable.fr/
https://www.instagram.com/plagedepassable/





