C’est un bilan particulièrement sombre que dresse, après neuf années à l’Élysée, la Première dame de France. Brigitte Macron, qui repense avec nostalgie à sa vie passée, dit ressentir une immense tristesse et des « moments de pessimisme » inédits dans sa vie.

Le costume de Première dame devient chaque année de plus en plus lourd pour Brigitte Macron. La femme de 73 ans a confié, à l’occasion d’une interview accordée à La Tribune dimanche, les états d’âme la tourmentant depuis l’accession d’Emmanuel Macron à l’Élysée en 2017. Les neuf années dans les plus hautes sphères du pouvoir n’ont pas pris les traits d’un long fleuve tranquille, bien au contraire.

Victime de cyberharcèlement massif, sujet de désinformation comme de polémiques, Brigitte Macron incarne très probablement l’une des Premières dames les plus insultées de la Ve République. Souffrant de « tristesse », l’épouse d’Emmanuel Macron a aussi tenu à partager ses moments de doute et les clés nécessaires à son apaisement.

Une affliction désormais publique

« Avant, j’avais une vie normale, des enfants, un job, des hauts et des bas, comme tout le monde. Ici, ces dix années sont passées si vite… Elles ont été tellement intenses. J’ai vu la noirceur du monde, la bêtise, la méchanceté », déplore Brigitte Macron auprès de La Tribune Dimanche. « Je suis parfois triste comme jamais je ne l’avais été », ajoute-t-elle.

Cette affliction résulte, en grande partie, du puissant cyberharcèlement dont a été victime Brigitte Macron, présentée depuis 2021 comme une femme transgenre. Cette théorie complotiste née dans les sphères d’extrême droite, qui insinue que la Première dame serait en réalité son frère Jean-Michel Trogneux, n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours des années suivantes, jusqu’à aboutir à une campagne de harcèlement féroce.

Ces vagues inédites de haine en ligne à destination d’une Première dame ne se sont pas opérées sans répercussion sur la principale concernée. « Il m’est parfois difficile de voir le ciel bleu… […] J’ai des moments de pessimisme que je n’avais pas avant », avoue Brigitte Macron. En janvier dernier, plusieurs de ses cyberharceleurs ont été condamnés à des peines allant jusqu’à six mois de prison ferme pour avoir « publié ou relayé » insultes et rumeurs liées à son genre ainsi que son écart d’âge avec Emmanuel Macron, 25 ans plus jeune qu’elle.

Les rumeurs concernant la supposée transidentité de Brigitte Macron ont eu « un très fort retentissement » sur son entourage et sa personne, avait expliqué aux enquêteurs la principale intéressée, en août 2024. Celles-ci ont été largement déployées outre-Atlantique, en particulier par la commentatrice politique étasunienne Candace Owens, qui qualifie la situation de « plus grand scandale politique de l’histoire de l’humanité ». Cette icône trumpiste a fait de l’affaire son cheval de bataille, jusqu’à accuser le couple présidentiel de pédophilie et d’inceste.

Une Première dame source de polémiques

Brigitte Macron a de nouveau fait l’objet de cyberharcèlement massif après avoir insulté, en décembre 2025, des militantes féministes de « sales connes ». Cette vulgarité inhabituelle, capturée lors d’un échange en coulisses avec Ary Abittan, visait à rassurer l’humoriste, accusé de viol par une jeune femme en 2021, avant la prononciation d’un non-lieu par la justice en avril 2024. « J’ai peur », angoissait le comédien avant son spectacle. « S’il y a des sales connes, on va les foutre dehors. Ce n’est pas possible. Surtout des bandits masqués », lui rétorquait Brigitte Macron.

Les propos tenus par la Première dame n’ont pas manqué de profondément heurter, notamment les sphères féministes et le collectif #NousToutes, dont les membres se sont dites « profondément choquées et scandalisées ». « C’est un crachat de plus sur les victimes et les associations féministes », avaient-elles estimé. De nombreux internautes, dont des personnalités célèbres, avaient alors soutenu les militantes, parmi lesquelles l’actrice Judith Godrèche et la chanteuse Camélia Jordana.

Une semaine après les faits, Brigitte Macron a tenté de désamorcer la polémique. « Je suis désolée si j’ai blessé les femmes victimes », confiait-elle dans une vidéo de Brut publiée le 16 décembre. La Première dame a toutefois tenu à rappeler qu’elle était loin de « regretter ses paroles » : « Je ne suis pas une femme mesurée. Je suis une femme qui s’enflamme facilement », expliquait-elle malgré le rôle grandement symbolique de sa fonction. Ses propos se sont inscrits en contradiction avec le sujet de la lutte contre les violences faites aux femmes, érigé au rang de grande cause nationale par Emmanuel Macron depuis son premier quinquennat.

Les solutions de la Première dame

La Première dame échappe aux critiques en se consacrant notamment à ses opérations caritatives. À la tête de la Fondation des Hôpitaux, l’épouse du président de la République se livre, selon sa vice-présidente, à de nombreux combats, dont le développement des maisons des parents, des adolescents et des soignants ou encore les aides livrées aux maternités libanaises et afghanes.

Brigitte Macron œuvre aussi à l’échelle internationale en se dédiant à « son premier combat », la protection de l’enfance. Un sujet qu’elle affectionne et qui l’amène à directement dialoguer avec ses homologues ukrainienne et étasunienne, Olena Zelenska et Melania Trump. Ancienne professeure de lettres, Brigitte Macron ne manque pas non plus de souligner les bienfaits des mots. C’est en couchant ses propres maux sur le papier que la Première dame parvient à être apaisée.