Dans un nouveau volet d'une enquête menée sur l'exposition à des substances chimiques via l'alimentation publié ce jeudi 12 février, l'Anses alerte sur des niveaux d'exposition qu'elle juge « toujours préoccupants », concernant des substances comme le cadmium, le mercure, le plomb ou encore l'acrylamide.

Une exposition que l’Anses observe avec la plus grande des attentions. L’Agence nationale de sécurité sanitaire a mis en avant dans une étude publiée ce jeudi 12 février que les Français restent trop exposés, via leur alimentation, à des substances chimiques telles que le cadmium, le mercure, le plomb ou encore l’acrylamide. Une exposition que l’Anses juge « toujours préoccupante », ce pourquoi l’agence affirme qu’il faut poursuivre les efforts de réduction et renforcer la surveillance. L’étude publiée ce jeudi est en fait la troisième édition depuis le début des années 2000 d’un travail effectué par l’Anses dont le but est d’évaluer les risques sanitaires causés par l’exposition chronique de la population à des substances chimiques présentes dans l’alimentation. L’agence a donc étudié plus de 250 substances, par l’analyse d’échantillons représentatifs des habitudes alimentaires et culinaires, en combinant ces informations à des données de consommation alimentaire.

Résultat : « Les expositions à l’acrylamide, au cadmium, au plomb, à l’aluminium et au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population », résume l’agence sanitaire dans ce nouvel état des lieux. Au moment de la première vague de l’enquête, l’Anses s’était intéressée à plusieurs résidus de métaux ainsi qu’à l’acrylamide, un composé chimique qui se forme au moment d’une cuisson de certains aliments à plus de 120°C.

Dans ce troisième volet, si la concentration moyenne en acrylamide, argent, aluminium, cadmium et plomb dans l’alimentation a de manière générale diminué par rapport à la précédente étude nationale, qui couvrait la période 2006-2011, cela n’est pas vrai pour tous les aliments, observe l’Anses, qui observe des augmentations, notamment dans « certains produits à base de céréales tels le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes, qui contribuent le plus à notre exposition alimentaire à l’aluminium, au cadmium et au plomb », précise Véronique Sirot, l’une des coordinatrices de l’étude. Selon cette dernière, « les concentrations de ces contaminants dans certains légumes augmentent, sans que cela ne remette en cause le bénéfice nutritionnel incontestable de leur consommation ».

Un impact de l’activité humaine ?

Une substance en particulier avait suscité des inquiétudes : le cadmium. Cette dernière est notamment présente dans du chocolat, mais les principales familles alimentaires liées à une exposition au cadmium restent semblables à celles identifiées lors de la précédente étude : le pain et les produits à base de blé comme les pâtes, les viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits, les pommes de terre et les légumes, et, pour ceux qui en consomment régulièrement, les mollusques et crustacés.

Si de nombreux métaux – tels que le cadmium, le plomb ou encore le mercure – se retrouvent dans l’alimentation, c’est « parce qu’ils sont naturellement présents dans l’environnement (…) mais aussi parce que les activités humaines, comme l’agriculture, les industries ou le trafic routier, utilisent ou produisent des éléments-traces métalliques, qui se retrouvent ensuite dans les sols, l’eau ou l’air », explique Morgane Champion, autre coordinatrice de l’étude. Concernant le cadmium, l’Anses publiera prochainement une expertise ciblée sur l’exposition globale des Français à ce métal, sans se focaliser uniquement sur l’alimentation. 

Concernant les poissons, notamment ceux qui se trouvent au bout de la chaîne comme le thon, les niveaux de contamination et d’exposition au méthylmercure restent semblables à ceux mesurés lors de la dernière étude. Pour éviter une surexposition, sans pour autant créer des carences dans les besoins nutritionnels, l’Anses recommande de consommer deux portions de poissons par semaine, parmi lesquelles inclure une portion de poisson gras, tout en faisant attention à consommer des espèces différentes, provenant de différentes zones d’approvisionnement. 

Une vaste étude à venir sur d’autres familles de contaminants

Cette nouvelle étude annonce néanmoins une bonne nouvelle : l’exposition alimentaire au plomb a chuté à la fois chez les enfants, où a été observée une diminution de 27 %, mais aussi chez les adultes, pour qui la chute est encore plus importante : -49 %.  L’exposition au plomb passe principalement par l’eau mais aussi par le pain, les légumes ou encore les boissons alcoolisées. 

L’étude a pu constater, hors les métaux lourds, une diminution moyenne des concentrations d’acrylamide dans des aliments qui auparavant étaient les plus condamnés, et donc ceux qui participaient le plus à son exposition, comme le café par exemple. Une diminution que l’Anses explique par des mesures volontaristes. Néanmoins, ces efforts restent insuffisants puisque les Français restent trop exposés à cette substance, notamment du fait de la consommation de frites ou de pommes de terre sautées. L’agence préconise de renforcer la surveillance de la contamination des denrées alimentaires.

En plus de cette étude, l’Anses publiera dans les prochaines années les résultats de la vaste étude qu’elle a menée sur d’autres familles de contaminants de l’alimentation, comme les bisphénols et phtalates, les résidus de pesticides ou les PFAS, qui contiendra aussi des recommandations afin de réduire l’exposition à ces substances. Alors que ce type de message sur la contamination par l’alimentation peut avoir des effets anxiogènes, des experts soulignent qu’un régime alimentaire équilibré permet d’éviter ce type de surexposition.