Marcher plus souvent permettrait de retarder les premiers signes de la maladie d'Alzheimer de trois à sept ans selon une étude américaine. L'activité physique et notre mode de vie auraient ainsi un rôle à jouer face au déclin cognitif.

Et si la solution était à la portée de tous ? Selon une nouvelle étude américaine, publiée ce 3 novembre dans la revue Nature Medicine, augmenter son nombre de pas, même légèrement, pourrait contribuer à ralentir la progression d’Alzheimer chez les personnes présentant un risque accru de la maladie.

Pour évaluer les liens entre le nombre de pas effectués chaque jour et la maladie, des chercheurs américains du centre médical Mass General Brigham à Boston, ont analysé les données de 296 individus âgés de 50 à 90 ans, tous exempts de troubles cognitifs au début de l’étude.
Ils ont ainsi étudié les taux de deux éléments dans le cerveau des participants : les peptides bêta-amyloïde et les protéines tau.

Ces deux macromolécules sont des marqueurs essentiels d’Alzheimer. “Les bêta-amyloïde et les protéines tau jouent de manière synergique sur la maladie” explique le neurologue David Wallon à Time France. “Des deux molécules, la protéine Tau est plutôt celle associée à l’expression des symptômes” poursuit le chercheur en génétique de la maladie d’Alzheimer.
Les chercheurs ont ensuite suivi l’activité physique des participants à l’aide de podomètres portés à la ceinture pendant deux à quatorze ans selon les participants.

 

7 ans de retard grâce à la marche quotidienne

Et les résultats sont édifiants.  Le déclin cognitif a été retardé de trois ans en moyenne chez les personnes qui marchaient entre 3 000 et 5 000 pas par jour, et de sept ans chez celles qui marchaient entre 5 000 et 7 500 pas quotidiennement. Un nombre de pas plus élevé serait en effet associé à une accumulation plus lente des protéines tau chez les participants présentant des niveaux élevés de bêta-amyloïde.  “L’activité sportive semble ainsi venir contrecarrer l’interaction négative entre les deux éléments”, analyse David Wallon. Les personnes sédentaires, quant à elles, présentaient une accumulation significativement plus rapide de protéines tau dans le cerveau et un déclin plus rapide des fonctions cognitives.

Cette étude vient alimenter les découvertes des dernières années qui tendent à prouver que le mode de vie pourrait jouer sur l’apparition de la maladie. “Ces résultats expliquent pourquoi certaines personnes qui semblent être sur la voie de la maladie d’Alzheimer ne déclinent pas aussi rapidement que d’autres”, explique Jasmeer Chhatwal, un des auteurs de l’étude. “Les facteurs liés au mode de vie semblent influencer les premiers stades de la maladie d’Alzheimer, ce qui suggère que des changements de ce mode de vie pourraient ralentir l’apparition des symptômes cognitifs si nous agissons tôt” détaille-t-il.

En France, près d’un million de personnes vivent aujourd’hui avec la maladie d’Alzheimer. Cette pathologie, responsable de plus des deux tiers des démences dans le monde, réduit significativement l’espérance de vie avec une survie moyenne estimée à huit ans à partir de l’établissement du diagnostic.

Le nombre de pas, un indicateur pertinent

Dans cette étude, une question se pose : pourquoi les chercheurs se sont focalisé sur le nombre de pas et non pas l’intensité de l’activité physique ? “Bien sûr, ce n’est pas la même chose de faire cinq mille pas en piétinant, en marchant ou en trottinant”, admet David Wallon. Mais cette manière de quantifier l’exercice n’est pas non plus dénuée de sens : “Il faut être pragmatique, poursuit le chercheur. Il est beaucoup plus facile de donner des conseils aux patients en termes de nombre de pas. Aujourd’hui n’importe quel smartphone est capable de les compter alors que si je vous dis de faire trente minutes d’activité à intensité moyenne, c’est beaucoup plus flou”. Pour la suite, les chercheurs prévoient d’approfondir l’étude sur d’autres aspects de l’activité physique, tels que l’intensité de l’exercice et les schémas d’activité sur le long terme.

 

Des études bientôt déployées à grande échelle ?

Les scientifiques s’accordent sur un autre point : ces études sur les maladies neurologiques doivent être poussées plus loin, car, selon eux, il est toujours difficile de prendre en compte les biais qui pourraient intervenir. “On sait par exemple que les personnes qui marchent ont, en général, une meilleure hygiène de vie, souligne David Wallon, ce qui pourrait jouer également sur les résultats”. Il est donc important de continuer ces recherches de manière plus fine et à plus grande échelle.

Et à terme, ces recherches pourraient faire évoluer la santé publique. “Si ce type d’étude est confirmé à grande échelle et vient renforcer l’idée de l’utilisation de l’activité sportive en prévention, on pourrait notamment imaginer le remboursement d’une activité sportive. Ce serait une stratégie pertinente” estime le chercheur français.

En attendant, comme l’indiquent les spécialistes, si augmenter légèrement son activité physique n’a pas d’effets secondaires, pourquoi s’en priver ?  “Nous voulons encourager les gens à protéger leur cerveau et leur santé cognitive en restant physiquement actifs”, précise Wai-Ying Wendy Yau, neurologue et co-auteure de l’étude qui estime que  “chaque pas compte, et même de petites augmentations de l’activité quotidienne peuvent, avec le temps, entraîner des changements durables ». La bonne marche à suivre.