Nous avons tous et toutes des raisons de prendre le réchauffement climatique à cœur. La hausse des températures provoque des événements climatiques extrêmes tels que des sécheresses, des vagues de chaleur, des incendies et des inondations, mais elle affecte également la santé humaine en exacerbant l’asthme, les allergies, les maladies cardiovasculaires, les maladies à transmission hydrique et bien plus. Mais il apparaît désormais que les changements climatiques ont une autre conséquence potentiellement mortelle. Selon un article présenté en mai dernier à l’American Thoracic Society, réunie à San Francisco, l’augmentation des températures s’accompagne d’une multiplication des cas de syndrome d’apnées du sommeil (SAS), qui sont par ailleurs plus sévères. Les conséquences peuvent être multiples : augmentation du risque d’hypertension, crise cardiaque, AVC et décès.
Bastien Lechat, auteur principal de l’article et chercheur au Flinders Health and Medicine Research Institute en Australie, a expliqué dans une déclaration accompagnant la présentation du papier : « Nous avons été surpris par l’ampleur du lien de causalité entre température ambiante et sévérité du SAS. Cette étude met véritablement en lumière le tribut sociétal de l’augmentation des cas de SAS en raison de la hausse des températures ».
Dans le cadre de leurs travaux, Bastien Lechat et son équipe ont recueilli des données auprès de 125 295 utilisateurs d’un capteur d’apnée sous matelas, dans 41 pays, de janvier 2020 à septembre 2023. Le capteur a l’apparence d’un petit tapis plat qui se place sous le matelas, au niveau de la poitrine. Il enregistre les mouvements, la respiration et même la fréquence cardiaque grâce aux variations de pression enregistrées. Dans un e-mail adressé au TIME, Bastien Lechat précise : « En analysant ces signaux grâce à du machine learning breveté… l’appareil peut fournir des estimations sur une série d’indicateurs, notamment la durée du sommeil, les phases de sommeil, les réveils et les arrêts respiratoires » (qui constituent une apnée du sommeil).
Les chercheurs ont donc recueilli des données sur une médiane de 509 nuits pour chaque individu, avant de corréler les résultats avec des modèles de température ambiante sur 24 heures. Les résultats sont édifiants : ils montrent une corrélation considérable entre l’apnée et la température dans 29 des pays étudiés, soit bien plus de la moitié d’entre eux. Dans ces pays, le réchauffement climatique a été associé à une augmentation de 45 % de la probabilité de vivre au moins un épisode d’apnée sur une nuit donnée. En traitant ces données, les chercheurs ont pu estimer que parmi le groupe échantillon, l’augmentation des cas d’apnée du sommeil a entraîné la perte de plus de 785 000 années de vie en bonne santé (sans handicap ni décès) en 2023 seulement. Et cette incidence a un prix : environ 32 milliards de dollars perdus en productivité au travail en 2023.
L’hypothèse d’un lien entre augmentation des températures et augmentation du SAS n’est pas récente. En effet, les changements climatiques provoquent des vagues de chaleur extrême, y compris pendant les phases de sommeil. De nuit, les températures apportent souvent un léger répit par rapport à la journée, mais dans de nombreuses régions du monde, elles ne chutent plus autant qu’avant. Les chercheurs estiment que le coût sanitaire et économique de l’accroissement des cas d’apnée liés au réchauffement climatique a grimpé de 50 % à 100 % depuis 2000. À l’avenir, une augmentation moyenne globale des températures à hauteur de 2 °C au-delà des niveaux préindustriels est attendue et pourrait multiplier les cas de SAS par 1,5 à 3 fois d’ici 2100. La planète a d’ailleurs déjà dépassé l’avertissement de 1,5 °C en 2024.
Selon Bastien Lechat : « Les estimations économiques présentées dans notre article suggèrent que l’augmentation des cas de SAS en raison de l’augmentation des températures pourrait entraîner un coût sociétal de plusieurs milliers de milliards de dollars, ainsi qu’une dégradation de la santé humaine et du bien-être ».
Pour autant, à ce jour, la nature du mécanisme reliant température et apnée n’est pas tout à fait claire. Bastien Lechat et ses collègues supposent que la chaleur peut provoquer un sommeil plus léger, qui est la phase de sommeil pendant laquelle l’apnée tend à être plus sévère. Des facteurs comportementaux peuvent également entrer en jeu : lorsque les températures augmentent, les individus sont moins susceptibles de porter des appareils de ventilation en pression positive continue, pourtant prescrits pour réduire ou prévenir l’apnée du sommeil.
Quoi qu’il en soit et quelle qu’en soit la cause, il semble que nous pourrions tous en ressentir les effets. Bastien Lechat conclut : « Le sommeil est le troisième pilier de la santé, avec l’alimentation et l’activité physique. Il est essentiel aussi bien pour le bien-être physique que mental ».
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde Pace





