Un grand raout pour tenter de déjouer les pronostics ? À la Bellevilloise, dans le 20ème arrondissement de Paris, Pierre-Yves Bournazel a réuni ce 15 décembre ses soutiens pour lancer pour de bon sa campagne pour conquérir l’Hôtel de Ville. Après un premier rassemblement en juin dernier au Trianon, en présence du président d’Horizons Edouard Philippe, le candidat du centre et de la droite a mis en avant cette fois-ci ses autres soutiens, ceux du parti présidentiel, Renaissance. L’homme du soir, conseiller de Paris depuis 2008, entre dans la salle aux côtés de Gabriel Attal, venu afficher son soutien aux 400 personnes (selon l’organisation) venus au meeting. L’enjeu pour le candidat est de sortir de la position de troisième homme dans laquelle il se trouve à 90 jours du premier tour du scrutin, pris en étau entre la candidature de la très médiatique maire du 7ème arrondissement, Rachida Dati, et celle de l’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, dont un accord avec le reste de la gauche non insoumise semble être imminent.
Devant une salle qui lui est acquise, le secrétaire général de Renaissance parle de la soirée comme d’un « moment important du début de la campagne ». Cédric Guérin, directeur de campagne de Pierre-Yves Bournazel a d’ailleurs, avant lui, annoncé qu’un QG de campagne allait bientôt être ouvert, avant de lâcher qu’à deux mois du premier tour, un meeting important, « le plus gros meeting que l’on n’ait jamais fait », aurait lieu pour « faire déferler la vague Bournazel sur tout Paris ».
L’ancien premier ministre réaffirme le choix de son parti – le choix « à la quasi unanimité » des militants, clame-t-il – de soutenir Pierre-Yves Bournazel plutôt que celle qui a pourtant été sa ministre de la Culture quand il était à Matignon, Rachida Dati.
« Avec Pierre-Yves, on n’est pas du même parti, on n’a pas la même histoire politique, nous avons encore des désaccords sur des enjeux nationaux. Mais Paris a besoin d’apaisement ». Ce dernier de mettre en avant les images du Conseil de Paris, dont une session débute ce 16 décembre, où l’on « ne voit que la brutalité, les attaques, les polémiques, le buzz » et où l’on « n’entend jamais parler de la vie des Parisiennes et des Parisiens », dénonce-t-il. Gabriel Attal envisage que le candidat puisse aussi séduire des anciens électeurs d’Anne Hidalgo : « je pense que c’est possible : des électeurs de la liste socialistes en 2020 veulent l’alternance ».
Un meeting pour se dévoiler…
Une alternance qu’incarne, selon lui, Pierre-Yves Bournazel, pourtant aujourd’hui encore moins connu que ses concurrents. Lui de justifier à nouveau le choix de son parti en mettant en avant la « fibre humaine » du candidat, qui « fait que ceux qui te connaissent, et ils seront de plus en plus nombreux, savent qu’ils peuvent compter sur toi », affirme-t-il en s’adressant à l’intéressé. Au premier rang face à la scène de la Bellevilloise, plusieurs figures macronistes parisiennes sont venues, elles aussi, appuyer la candidature du conseiller de Paris, de l’ancien ministre Franck Riester aux membres du gouvernement David Amiel et Anne Le Hénanff. Un moyen d’afficher une forme d’ordre dans le parti, alors que Renaissance est divisé sur les municipales à Paris. L’ancien chef de file de Renaissance à Paris, Sylvain Maillard, tout comme les ministres Aurore Bergé et Benjamin Haddad, ont choisi d’aller à l’encontre du choix du parti pour soutenir Rachida Dati.
La soirée est aussi l’occasion pour le candidat de se raconter plus personnellement. Lui qui se dit lui-même plutôt « pudique » a fait le choix de parler de lui. Il évoque ainsi son grand-père, un résistant corrézien qui lui a « transmis le goût de l’histoire, de la géographie, l’amour de la France ». « Son engagement raisonne toujours en moi, raconte le candidat. Il m’a appris une chose : que le tragique de l’histoire arrive à des moments où on ne l’attend pas. Les valeurs qu’il m’a transmises sont en moi, je pense beaucoup à lui quand je vois la montée des populismes et des extrémistes. »
Devant ses soutiens, Pierre-Yves Bournazel évoque aussi son homosexualité. « J’ai été un adolescent meurtri par mon homosexualité. J’ai subi des coups, ça a été très violent pour moi. Dans les années 1990 en Corrèze ce n’était pas évident », raconte celui qui s’est ensuite installé à Paris. Le candidat annonce par ailleurs qu’il a « pris la plume » pour rédiger un livre qui sortira « parlera de vous, de Paris et un peu de [son] parcours ». Préfacé par Edouard Philippe, La bataille pour Paris sortira le 8 janvier prochain.
… et lancer pleinement sa campagne
Sur la scène, Pierre-Yves Bournazel affiche surtout sa détermination. « Je suis prêt, je suis déterminé, je suis combatif. Je serai une force tranquille », clame le candidat. Celui-ci n’a pas retenu les coups envers ses opposants dans la bataille. Il affirme qu’il ne cédera pas « au populisme », celui, d’une part de « la France Insoumise, avec laquelle certains veulent s’acoquiner » pour attaquer Emmanuel Grégoire, qu’il accuse d’ambiguïté avec les mélenchonistes, alors que le socialiste a pour le moment exclu un accord avec Sophia Chikirou, et de l’autre côté « celles et ceux qui pensent que Reconquête et Sarah Knafo peuvent être des alliés ». Dans son évocation de la « probité » comme de la nécessité pour Paris, selon lui, d’avoir des « élus propres, insucéptibles d’être influencés par des influences étrangères et privés », on peut lire une attaque à Rachida Dati, qui sera jugée pour corruption et trafic d’influence du 16 au 28 septembre 2026. Alors que cette dernière présentait au Figaro ses priorités en matière de sécurité quelques minutes seulement avant le début de la réunion publique, le candidat Horizons lâche à l’encontre de la ministre de la Culture qu’« il aurait déjà fallu assurer la sécurité du Louvre ».
Le candidat à l’Hôtel de Ville se place comme l’alternative à la majorité sortante, « ceux qui pensent que l’Hôtel de ville est leur maison » et à la droite, qui a déjà administré la capitale et qui « pensent retrouver leur maison ». Aujourd’hui crédité de 14% des intentions de votes selon le dernier sondage Ipsos BVA pour Le Parisien, Bournazel met en avant auprès de TIME France une certaine « dynamique ». « Je suis passé du dernier homme au troisième homme », affirme celui qui était encore crédité de 7% des intentions en juin dernier. Évoquant Jacques Chirac et François Hollande, deux personnalités politiques qu’il avance comme ayant déjoué les pronostics, il met en garde : « N’oubliez jamais que les Corréziens sont coriaces, tenaces ». Reste à savoir si cela peut suffire pour devenir maire de Paris.





