En promotion pour la sortie de son livre, l'ancien Premier ministre y raconte sa relation avec le président de la République. Un moyen pour celui qui esquisse une candidature à l'élection présidentielle de se défaire de l'image d'héritier du macronisme, dont il ne cesse de s'émanciper.

Quel meilleur moyen qu’une tournée littéraire à un an d’une élection présidentielle pour profiter d’une couverture médiatique ? Depuis plusieurs jours, en amont de la sortie de son livre intitulé En homme libre, Gabriel Attal se rend sur plusieurs plateaux, donne des interviews pour donner l’exégèse de son écrit. Un ouvrage de plus de 300 pages où l’ancien locataire de Matignon revient sur son parcours politique en Macronie, lui qui s’est engagé au sein de En Marche en 2016, mais raconte aussi sa vie plus intime : les addictions d’un père « aimant », un clan de femmes au sein duquel il a grandi, son histoire d’amour avec le commissaire européen Stéphane Séjourné. Son livre et sa promotion sont aussi l’occasion pour lui de mettre en avant son bilan. Dans les colonnes du Point, ce dernier l’affirme : « J’ai eu l’expérience de gouverner le pays, je pense aujourd’hui savoir comment il faut le présider. J’ai les idées claires pour la France. »

Une sortie littéraire qui comprend tous les ingrédients traditionnels d’un livre de candidat à la présidence de la République. Mais une ombre plane au-dessus du candidat putatif : celle d’Emmanuel Macron. Alors que la cote du président de la République est au plus bas – 22 % de satisfaction parmi les Français selon le dernier baromètre Ifop pour l’Opinion –, le parcours de Gabriel Attal reste intrinsèquement lié à celui du président de la République. Une forme de filiation pour celui qui était surnommé le « petit frère » d’Emmanuel Macron, le président l’ayant glissé lors d’un déplacement en juin 2024, de laquelle Gabriel Attal cherche à se démarquer. Il ne fait pas bon être reconnu comme l’héritier d’un président aussi impopulaire lorsque l’on souhaite prendre sa place.

La dissolution, moment de rupture 

Dans son livre, Gabriel Attal raconte le moment qui a cristallisé une forme de rupture – lui préfère euphémiser en affirmant qu’il y a eu « un avant et un après » – avec Emmanuel Macron qu’il date du choix d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale le soir même de l’élection européenne de juin 2024. Celui qui était alors en place à Matignon raconte avoir appris la dissolution le jour même de son annonce à l’ensemble des Français. Invité de Télématin cette semaine, ce dernier a affirmé que, ce qu’il raconte dans son livre, « c’est que c’est une décision qui m’a été cachée, y compris quand j’ai interrogé le président sur le sujet ». « Il ne m’a pas répondu sur ce sujet, il a plutôt démenti quelques jours seulement avant de l’avoir annoncé, alors même que ça faisait plusieurs semaines que cette décision était en train d’être mûrie », écrit-il, assurant par ailleurs laisser « chaque lecteur tirer ses conclusions ».

Cette entreprise de mise à distance d’Emmanuel Macron ne date néanmoins pas d’hier. Au lendemain de la dissolution déjà, Gabriel Attal s’était montré plus distant du président, n’agissant pas forcément sur les recommandations de ce dernier. C’est lui qui a pris la présidence du parti qu’a fondé Emmanuel Macron pour sa route vers l’Élysée, En Marche, devenu Renaissance. Ce dernier a d’ailleurs envisagé un changement de nom de la structure, un moyen de marquer de sa patte le parti présidentiel en l’appelant la « Nouvelle République », reprenant ainsi l’expression qu’il a théorisée lors d’un meeting à Arras en septembre 2025. Linguistiquement et politiquement, la rupture semble consommée avec le macronisme des débuts. Dans son interview au Point, le « en même temps » symbolique du macronisme originel est qualifié de « forme d’effacement » : « Sur beaucoup de sujets, en particulier la sécurité et l’autorité, il ne peut pas y avoir de “en même temps” », affirme l’ancien Premier ministre.

Mais alors que la carrière politique de Gabriel Attal est née du macronisme et que c’est au sein des ministères, jusqu’à Matignon, que ce dernier a gravi les échelons grâce aux nominations d’Emmanuel Macron, une émancipation est-elle vraiment possible ? C’est à cette question que Gabriel Attal tente de trouver des éléments de réponse. Le titre de son livre en est un premier : En homme libre, comme un clin d’œil à une libération de l’héritage macroniste ?