« Un esprit de dialogue. » Les organisateurs du Forum de Davos ont eu le nez creux en définissant le thème de cette édition du rendez-vous annuel de l’économie mondiale. Ils ne s’attendaient sans doute pas à ce que cette réunion tournée vers le multilatéralisme se transforme en passe d’armes aussi ferme entre Européens et Américains.
Emmanuel Macron a été le premier à monter à la tribune ce mardi 20 janvier pour évoquer ses inquiétudes quant à la situation actuelle aux quatre coins du monde : « Nous arrivons à un point d’instabilité sans précédent. Nous passons à un monde sans lois, un monde où la loi n’est plus celle que nous connaissons mais devient celle du plus fort », a déclaré le président français à la tribune, qui considère les nouvelles menaces de taxes douanières de Donald Trump « inacceptables ». L’hôte de l’Élysée a également appelé la France et l’Europe à défendre « un multilatéralisme efficace » face à la brutalisation du monde. Deux heures après ses déclarations, un nouveau coup de tonnerre résonnait dans le cœur du Forum avec la décision du Parlement européen de suspendre le processus de ratification de l’accord commercial avec les États-Unis, conclu en juillet dernier, suite aux menaces de Donald Trump qui se sont intensifiées ces dernières heures.
« La souveraineté du Groenland est non négociable »
Un peu plus tôt dans la journée, la présidente de la Commission européenne avait affiché, elle aussi, une grande fermeté depuis Davos : « Les droits de douane sont une erreur. Nous avons conclu un deal. Et un deal est un deal. Quand on se sert la main entre amis, c’est un deal. Nous aurons une réponse ferme, déterminée, unie et proportionnée. La souveraineté du Groenland est non négociable », a détaillé Ursula von der Leyen. « L’économie et la sécurité nationale sont plus que jamais liées. Dans quelques semaines, nous entrerons dans la cinquième année de la guerre en Ukraine sans que la Russie ne montre le moindre signe de remords. Cela doit cesser », a également précisé la présidente de la Commission, sous les applaudissements nourris de la salle. « Nous voulons tous la paix pour l’Ukraine, nous sommes conscients du rôle joué par le président Trump et travaillerons en étroite collaboration avec les États-Unis sur ce dossier », a-t-elle conclu.
Ces prises de position sont intervenues quelques heures après une nouvelle sortie de Donald Trump. Interrogé par un journaliste américain sur le Groenland, le président américain n’a pas freiné sa détermination : « Je ne pense pas qu’ils vont résister beaucoup. Nous devons l’avoir. » Avant d’ajouter que son déplacement à Davos pourrait donner lieu à des discussions directes. « J’ai accepté une réunion des différentes parties à Davos », a-t-il annoncé sur son réseau Truth Social.
Donald Trump plus que jamais attendu demain à Davos
Cette escalade des tensions est montée d’un cran ce 20 janvier lorsque Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français, en réaction au refus d’Emmanuel Macron de rejoindre son « Conseil de paix ». Avant son départ pour la Suisse, le président américain a ironisé : « A-t-il vraiment dit ça ? Personne ne veut [d’Emmanuel Macron], car il ne sera très bientôt plus au pouvoir. Ce n’est pas grave. »
La veille, l’Élysée avait affirmé que la France « n’entend pas donner suite favorable », à ce stade, à l’invitation américaine. Initialement annoncée dans le cadre du plan de paix pour Gaza, cette instance est désormais présentée par Washington comme un outil global de résolution des conflits, qui viendrait lutter avec le rôle de l’ONU, ce que l’exécutif n’entend pas cautionner.
Dans ce contexte éruptif, Emmanuel Macron a tenté de reprendre la main. Dans un message privé adressé à Donald Trump, que le président américain s’est empressé de dévoiler, il a proposé l’organisation d’un sommet du G7 à Paris dès jeudi, avec la possibilité d’inviter la Russie, une première depuis près de quatre ans de guerre en Ukraine.
Une prise de parole qui sera scrutée
Une capture d’écran de ce message a été publiée mardi matin par Donald Trump sur Truth Social, dans la foulée de ses menaces commerciales. L’entourage du président français en a confirmé l’authenticité. Emmanuel Macron y suggère également d’inviter les Ukrainiens, mais aussi les Danois, afin d’aborder les tensions autour du Groenland, ainsi que les Syriens. Sans que l’on connaisse la réponse du locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump a réaffirmé son positionnement : « Le Groenland est impératif pour la sécurité nationale et mondiale. Il ne peut y avoir de retour en arrière. Tout le monde est d’accord. »
Donald Trump a par ailleurs assuré avoir eu « un très bon entretien téléphonique » avec Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, avant de dévoiler l’étendue de sa pensée, tout en nuance : « Les États-Unis sont de loin le pays le plus puissant au monde. Nous sommes la seule PUISSANCE capable d’assurer la PAIX dans le monde, et cela se fait par la FORCE. » Son intervention, prévue demain à 14 h 30 à Davos, sera scrutée par le monde entier et en particulier par les 64 chefs d’États présents. Avec un « esprit de dialogue » sans doute à oublier.





