La canicule n’a plus seulement pour conséquences dévastatrices que quelques dérèglements climatiques, mais une nouvelle réalité bien plus dangereuse pour les plus jeunes.

En juillet dernier, un adolescent de 16 ans a perdu la vie d’une insolation après un entraînement de football américain, à Memphis (Tennessee). Un autre jeune de 17 ans a passé une semaine dans le coma après une session d’entraînement à Houston (Texas).

Depuis la rentrée, et malgré les dangers climatiques, des millions d’enfants ont retrouvé le chemin des vestiaires. Une vague de chaleur enregistrée en septembre dans le Nord-Ouest Pacifique des États-Unis a déjà entraîné l’annulation de matchs de football inter-lycées à Spokane (Washington), démontrant les nouveaux risques auxquels sont confrontés les plus jeunes sur les terrains de sport.

Si nous ne pouvons pas protéger nos enfants contre les chaleurs extrêmes, nous pouvons en revanche en parler avec eux, pour les encourager à identifier les risques. Les phénomènes climatiques extrêmes font de plus en plus partie intégrante de l’expérience de l’enfance, et nous sommes aujourd’hui trop peu armés pour aider les premiers concernés à endurer cette réalité. Aux États-Unis par exemple, 18 États n’imposent pas l’enseignement du rôle de l’activité humaine dans le réchauffement climatique.

Ces nouveaux risques climatiques s’expliquent par plusieurs facteurs : sur le plan de la croissance, les enfants sont plus sensibles à la chaleur, et leurs niveaux d’activité les rendent plus vulnérables. Les dix dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, et les changements climatiques, provoqués par la combustion de combustibles fossiles, font grimper les canicules en fréquence et en intensité. Selon un nouveau rapport de Climate Central, un enfant de la génération Z traverse quatre fois plus de jours de chaleur extrême qu’un enfant de la génération X.

Malgré cette menace grandissante, les mécanismes de protection en place actuellement pour préserver les jeunes sportifs sont incohérents et souvent inadaptés. Certaines organisations outre-Atlantique, comme le Korey Stringer Institute, ont mis en place des stratégies prometteuses, avec des outils comme la température au thermomètre mouillé pour évaluer les risques, et une approche par paliers pour modifier les pratiques. Toutefois, même la meilleure des directives ne suffit pas pour aider tous les enfants. Le sport des jeunes est décentralisé, souvent organisé par les écoles, les communautés locales ou des entités privées, ce qui en complique la surveillance constante.

Un rapport récent des instituts Aspen a révélé que seuls 29 % des entraîneurs de jeunes ont déclaré avoir suivi une formation sur la prévention générale des blessures, et la part de cette formation dédiée spécifiquement à la sécurité en cas de canicule est inconnue. Il existe donc un vide critique au sujet des connaissances sur le terrain, en particulier lorsque les lieux d’entraînement (tels que les gymnases sans climatisation ou les terrains en gazon synthétique, dont les températures peuvent atteindre 40 degrés de plus que le gazon naturel) contribuent au danger.

Par ailleurs, même lorsque les entraîneurs ont conscience des risques, les enfants eux-mêmes les ignorent. Dans les faits, ils sont incapables de reconnaître les premiers signes de danger ou de se protéger.

Alors même que nous apprenons à nos enfants les premiers gestes de sécurité en cas d’incendie, que nous leur répétons que l’alcool au volant tue et que nous leur enseignons à toujours attacher leur ceinture, nous devons aussi apprendre aux sportifs de demain à prendre soin d’eux en cas de fortes chaleurs. Les parents, les entraîneurs, les enseignants et les médecins doivent instaurer une culture de la sécurité caniculaire en inculquant aux enfants quatre directives essentielles :

Préparer : avant un entraînement ou un match dans un lieu où il fait chaud, les sportifs doivent se préparer en s’hydratant. Cette étape est particulièrement cruciale pendant les premières journées chaudes de la saison.

Dire quand ça ne va pas : enseignez aux jeunes sportifs à reconnaître les premiers signes de pathologies liées à la chaleur (étourdissement, nausée, migraine ou crampes musculaires) et à en parler immédiatement à leur entraîneur. Nous devons aussi les encourager à prendre soin de leurs camarades et à repérer des signes tels que la confusion ou la respiration rapide.

Passer son tour : en plein cœur d’un tournoi, on voudrait souvent donner son maximum, mais détecter et traiter tout signe de pathologie liée à la chaleur est essentiel pour éviter un coup de chaud grave. Normalisons le fait de passer son tour quand le corps dit non.

Se rafraîchir : s’ils passent leur tour, les jeunes sportifs doivent se reposer à l’ombre, retirer toute couche de vêtement superflue et utiliser des serviettes fraîches, des pains de glace ou de l’eau pour se rafraîchir.

Notre climat évolue et transforme de ce fait l’expérience de l’enfance, dont les chaleurs extrêmes feront partie intégrante pour toutes les saisons sportives à venir. En donnant aux jeunes sportifs les outils pour être à l’écoute de leur corps et en aidant les adultes à comprendre les risques, nous pourrons éviter de nombreuses tragédies.

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