Si un objet devait résumer à la fois la triste situation du Louvre et l’embarrassante histoire des joyaux de la Couronne de France, ce serait bien la couronne endommagée, pour ne pas dire dégonflée, de l’impératrice
Eugénie, retrouvée non loin du musée après le braquage d’octobre 2025. Un objet à la forme initialement proche d’un énorme bulbe bling-bling, orné de plus de 1300 diamants et de 56 émeraudes, d’aigles d’or et de motifs de chèvrefeuille et de vigne, et surmonté d’un orbe et d’une croix sertie de bijoux. Créée en 1855, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, cette couronne avait été pensée pour donner une image de grandeur et de puissance à la France de Napoléon III. Pourtant, ni l’empereur ni son épouse ne furent officiellement couronnés et l’impératrice n’aurait même jamais été vue portant la fameuse coiffe.
À dire vrai, ni cette couronne ni ses joyaux n’avaient jusqu’ici suscité d’intérêt particulier en France jusqu’au casse de l’automne dernier, survenu un dimanche matin. Une échelle motorisée et quelques outils pour briser les vitres : les voleurs n’ont pas eu besoin d’autre chose pour subtiliser huit pièces de joaillerie royale d’une valeur totale de 88 millions d’euros. L’événement presque burlesque tenait davantage de La Panthère roseque d’Ocean’s Eleven.
Qu’un symbole si sacré de l’État français, conçu initialement comme une forteresse médiévale, puisse être l’objet d’une intrusion si aisée, a suscité en France un sentiment de violation et d’humiliation. La fierté du peuple hexagonal s’en est trouvée d’autant plus blessée que l’État français traversait déjà une phase de grande vulnérabilité. Le Louvre n’est pas qu’un simple lieu d’exposition. Arpenter ses galeries, c’est voyager dans l’histoire de France.
Depuis ce vol, le musée est en crise ouverte. Des failles de sécurité non réglées depuis des années ont été mises au jour, ainsi qu’un scandale de fraude sur le prix des tickets. Le personnel s’est mis en grève, des galeries ont fermé leurs portes, des canalisations ont explosé, et la directrice Laurence des Cars a démissionné. Pas le moindre bijou n’a été retrouvé, même si le président Emmanuel Macron a déclaré, sans preuves matérielles, qu’ils reviendraient un jour au Louvre.
Cruelle ironie : avant le braquage, les Français se fichaient bien de ces joyaux. En vérité, aucun Français autour de moi n’est jamais allé les observer au Louvre. Et si l’on avait fait un sondage avant octobre, il y a fort à parier que l’immense majorité des personnes interrogées ignoraient que les bijoux étaient conservés au musée.
Les élites parisiennes entretiennent un lien ambivalent à leur monarchie : celle-ci est une source à la fois de rejet et de fierté. La Révolution a beau avoir mis fin au pouvoir royal, on est toujours attaché à l’aura symbolique tangible de celui-ci.
Le Louvre en crise a donc décidé de faire de la couronne cassée un emblème d’espoir en promettant solennellement de la réparer. Même si aucun montant n’a été officiellement annoncé, les responsables du musée estiment que la restauration coûtera 40 000 euros et s’engagent à la réexposer d’ici à la fin de l’année 2026.
Mais il existe une ironie plus grande encore dans cette affaire. Les joyaux originaux de la Couronne étaient en effet composés d’innombrables gemmes amassées par l’Ancien Régime. Cette collection a survécu aux guerres et à la Révolution française. En 1792, en plein chaos, des brigands s’étaient introduits dans l’entrepôt royal situé près du palais du Louvre pour y dérober plus de 10000 pierres précieuses et perles.
L’essentiel de leur butin fut retrouvé par l’État français. Ces joyaux de la Couronne de l’Ancien Régime seraient ensuite largement reconstitués après la Révolution pour être ajoutés au trésor impérial des Premier et Second Empires.
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