Le combat contre la fast-fashion et le débat sur le budget 2026 ont un point commun : ils posent la même question. Comment faire de la transition écologique une opportunité, et non un handicap, pour les entreprises françaises ?
La fiscalité doit devenir un levier d’équité et d’efficacité économique, pour que la durabilité ne soit pas un frein mais une chance pour les entreprises françaises.
La proposition de loi dite « anti fast-fashion », dont la Commission mixte paritaire a été repoussée à l’automne, pourrait sembler secondaire face aux débats du projet de loi de finances. Elle ne l’est pas. Ces deux textes, sous des angles différents, interrogent la même tension : concilier transition écologique, équité concurrentielle et maintien de la compétitivité.

L’objectif de la loi est clair : freiner la production effrénée de vêtements à bas coût, dont l’empreinte environnementale et sociale est considérable. Les enseignes françaises ne contestent pas cette ambition ; elles s’y engagent même déjà, à travers des politiques de durabilité, de relocalisation ou de circularité. Mais comment rivaliser avec des géants du e-commerce comme Shein ou Temu, capables de proposer des milliers de références nouvelles chaque jour, livrées à bas prix, souvent en dehors de toute contrainte environnementale ou sociale ? Cette asymétrie fragilise la crédibilité de la transition : la contrainte écologique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une équité économique.

Le sujet dépasse le seul textile. Il illustre une tension plus large : celle d’une économie française qui veut conjuguer ambition environnementale et attractivité. Nos entreprises, qu’elles soient PME, ETI ou grands groupes, sont aujourd’hui les premiers vecteurs d’emploi et de relance. Elles investissent, recrutent, innovent et participent à l’effort collectif de transformation. Mais elles le font dans un environnement fiscal particulièrement exigeant, parfois décourageant, où la transition se traduit d’abord par un surcoût avant de devenir un levier.

Ce paradoxe est au cœur des débats du projet de loi de finances (PLF) : comment financer la transition sans fragiliser ceux qui la rendent possible ? Anticiper les évolutions réglementaires, accompagner les transformations, encadrer sans étouffer, conseiller pour réussir : c’est ce qu’attendent les entreprises, bien plus qu’un empilement de contraintes. Une fiscalité durable doit récompenser les comportements vertueux, s’appliquer de manière symétrique à tous les acteurs du marché et s’articuler avec une politique d’accompagnement claire.

Les entreprises françaises font déjà leur part. Elles modernisent leurs outils, réduisent leurs émissions, revoient leurs chaînes de valeur. Certaines, comme Petit Bateau ou 1083, prouvent qu’il est possible d’allier ancrage local, production durable et compétitivité. Mais leurs efforts resteront vains si leur compétitivité est minée par un différentiel fiscal et réglementaire au profit d’acteurs extérieurs qui profitent du marché européen sans y contribuer. La transition ne doit pas devenir un désavantage pour ceux qui la prennent au sérieux.

Pour réussir, il faut transformer la contrainte en moteur : repenser les modèles économiques, produire moins mais mieux, investir dans la traçabilité, la réparation, la seconde main, les matériaux recyclés. L’innovation et la sobriété ne s’opposent plus ; elles deviennent les piliers d’une croissance durable. Mais cette mutation suppose un accompagnement, une stabilité et une vision à long terme.
C’est dans cette logique que nous devons accompagner les entreprises dans leur adaptation, en anticipant les impacts économiques de la régulation, en encadrant les démarches de durabilité et en conseillant sur les leviers de performance associés. La transition ne réussira pas contre les entreprises, mais avec elles.

La loi anti fast-fashion, comme le projet de loi de finances, rappellent qu’il est urgent de rétablir une équité économique pour que l’ambition écologique devienne soutenable. C’est à cette condition que la France pourra conjuguer durabilité et compétitivité, et redevenir un modèle d’économie responsable.

 

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