« Downton Abbey : Le Grand Final » conclut une franchise aimée du public jusqu’au bout. Depuis 2010, les fans ont suivi assidûment les aventures de la famille Crawley et de leurs domestiques dans six saisons et trois films.

Dans cet opus, le domaine rural de Downton entre dans une nouvelle ère alors que le Comte de Grantham (Hugh Bonneville) se prépare à céder la gestion de son domaine à deux jeunes femmes fortes : sa fille, Mary (Michelle Dockery), et son employée de cuisine, Daisy (Sophie McShera). Il se retire pour sa part avec son épouse Cora (Elizabeth McGovern) dans la demeure douairière, où vivait sa mère Violet. La matriarche de la famille était interprétée par Maggie Smith, décédée en 2024, et un hommage lui est rendu à la fin du film).

Au cours de ces nouvelles aventures, Mary n’est pas au bout de ses surprises : en plein divorce, elle est reniée par la société, sans compter le fait que les domaines comme Downton sont devenus extrêmement coûteux à entretenir. La famille n’est certes pas prête de cuisiner elle-même ses propres repas, mais va perdre son filet de sécurité en découvrant que Harold (Paul Giamatti), le frère de Cora, a confié la fortune de leur mère à un conseiller financier véreux qui a perdu la quasi-totalité de l’argent après le krach boursier de 1929. Mais en dépit de tous les défis, les Crawley accueillent le dramaturge Noël Coward (Arty Froushan), dont la visite remonte le moral de toute la famille.

Le film se déroule en 1930 et le TIME propose un aperçu historique de cette période en Angleterre, pour tout savoir sur les thèmes abordés comme le divorce, la gestion des grands domaines comme Downton et la célébrité de Noël Coward.

Teaser Poster for Downton Abbey: The Grand Finale
Downton Abbey : Le Grand Final Focus Features, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

 

Les divorces étaient-ils fréquents en 1930 ?

Le divorce de Mary fait parler toute la société et fait les choux gras des journaux. Le film ne précise pas qui des deux époux est à l’origine de la séparation, mais cela n’empêche pas l’aînée de la famille de devenir une persona non grata. Le divorce fait scandale, à tel point qu’elle est priée de quitter un bal londonien pour ne pas choquer la princesse, également invitée, qui ne doit pas se trouver dans la même pièce qu’une femme divorcée. Mary quitte alors la soirée, immortalisée par des paparazzi, avant de déclarer : « Je vais prendre un taxi, si j’en trouve un qui accepte les femmes divorcées ».

Dans les années 1920 et 1930, le divorce était en plein essor et a flambé après les guerres, comme la guerre de Sécession, ou encore les deux guerres mondiales. Il était en effet courant que les épouses trompent leur mari lorsque ceux-ci étaient envoyés au front.

En 1930, le divorce était donc relativement nouveau, et n’était autorisé en Angleterre que depuis 1857. Avant cela, les couples devaient obtenir un acte du Parlement pour divorcer, les cas étaient donc très rares. L’époux pouvait toutefois divorcer de sa femme si elle lui était infidèle, mais l’épouse, elle, ne pouvait divorcer que si son mari se rendait coupable d’adultère et de cruauté, de bigamie ou d’inceste. En 1923, les femmes ont obtenu l’autorisation de divorcer leur époux sur simple motif d’adultère, mais elles n’étaient pas tirées d’affaire pour autant.

Roderick Phillips, professeur d’histoire et expert de l’histoire du divorce à l’université de Carleton, explique : « Même lorsque le mari était infidèle, son épouse était souvent tenue pour partiellement responsable. En d’autres termes, elle avait fait ou n’avait pas fait quelque chose poussant son époux à la tromper. Soit elle refusait d’avoir des rapports avec lui, soit elle n’était pas assez douée, soit quelque chose chez elle repoussait son mari ».

Dans le film, Gus Sambrook (Alessandro Nivola), l’ami et conseiller financier de Harold, pousse Mary à se rendre avec lui aux États-Unis, avançant : « Le divorce a peu d’importance là-bas ». Ce n’était pourtant le cas que dans certains États, ajoute Roderick Phillips. Il est vrai que les États-Unis ont une longue histoire en matière de divorce, certaines lois sur le divorce remontant au XVIIe siècle, mais il était plus facile de divorcer dans le Midwest que dans le Sud ou qu’à New York.

 

Qui était Noël Coward ?

Le film débute avec une scène montrant la famille Crawley au théâtre à Londres pour voir la pièce Chante, mon amour de Noël Coward. La cadette, Edith (Laura Carmichael), s’extasie : « Nous vivons à l’ère de Noël Coward ».

Le dramaturge a bel et bien existé, et Edith a raison. À 30 ans, Noël Coward était à l’apogée de sa carrière et « plus célèbre que le Premier ministre britannique » selon Oliver Soden, auteur de Masquerade : The Lives of Noël Coward. Il raconte : « Il est l’un des premiers dramaturges universellement célèbres ». L’artiste était connu pour ses pièces audacieuses traitant de la bisexualité et de l’homosexualité à une époque où l’ouverture d’esprit sexuelle des années 1920 était sur le point de prendre fin à l’aube de la Grande Dépression.

Preuve de son succès, les aristocrates mondains qui déclinent l’invitation à dîner des Crawley en raison du scandale provoqué par le divorce de Mary changent subitement d’avis en apprenant que le célèbre dramaturge sera de la partie. Noël Coward était réputé pour son esprit vif, comme le montre l’une de ses phrases dans Downton Abbey : Le Grand Final, où il affirme que pour faire un martini parfait, il faut « brandir son verre en direction de l’Italie ». En 1969, le TIME avait déclaré que son « principal talent » était « la projection d’un sens du style personnel, un mélange d’insolence et de chic, d’attitude et d’élégance ».

Dans le film, Noël Coward interprète la chanson Poor Little Rich Girl et rencontre un franc succès chez les domestiques de la famille. Pour Oliver Soden, ce n’est pas surprenant : le dramaturge s’identifiait aux travailleurs plutôt qu’aux aristocrates, ayant grandi dans la pauvreté. Le personnage du film avoue même préférer la saucisse-purée aux mets raffinés.

Dans Downton Abbey : Le Grand Final, inspiré par l’histoire de Mary, le dramaturge a l’idée d’écrire une pièce sur le divorce, qu’il nomme Vies privées. Dans la vraie vie, Noël Coward ne s’est pas inspiré d’une femme, mais la pièce existe et elle traite bien de divorce. On y suit l’histoire d’un couple divorcé qui se croise par hasard alors que les deux ex-époux sont en lune de miel avec leur nouveau partenaire respectif et tombent amoureux une seconde fois.

Selon Oliver Soden, Phoebe Waller-Bridge, actrice de la série à succès Fleabag, est « le Noël Coward de notre époque » par sa manière d’écrire des jeunes femmes privilégiées qui peinent à donner un sens à leur vie.

 

Pourquoi les domaines ruraux comme Downton étaient-ils en danger ?

Robert, Comte de Grantham, finit enfin par céder le contrôle de Downton à sa fille aînée et réduit les effectifs du domaine. Dans une scène du film, il envisage sur les conseils de Mary de vendre la maison familiale de Londres pour acquérir un appartement, mais ne saisit pas le concept des immeubles, qu’il définit comme « un mille-feuille d’inconnus ».

À l’époque du film, il aurait été inhabituel de confier la gestion d’un si vaste domaine à une femme divorcée, mais cette décision s’inscrit dans la transition de Downton vers une nouvelle ère. Comme le dit si bien Mary : « Les familles comme la nôtre doivent évoluer pour survivre. Le système héréditaire ne peut pas se permettre de faire dans les sentiments ».

Mais pourquoi l’entretien de ce type de domaine était-il si complexe en 1930 ? Un mot : impôts. Au début de la Grande Dépression, ces domaines étaient la cible de conflits idéologiques. Comme le raconte Adrian Tinniswood, auteur de The Long Weekend : Life in the English Country House Between the Wars : « Certains doivent se demander comment des gens peuvent vivre à Downton Abbey avec 30 domestiques alors que d’autres meurent de faim dans la rue ».

Pendant la Première Guerre mondiale, de nombreux héritiers sont morts au combat et un nombre considérable de demeures ont été vendues pour en construire de nouvelles, destinées à une classe émergente de nouveaux riches. Certains bâtiments ont aussi été convertis en écoles ou même ouverts aux visiteurs.

Adrian Tinniswood ajoute : « L’un des principaux attraits des domaines ruraux, c’est qu’ils sont en voie de disparition. L’idéalisation de ces demeures s’explique par la prise de conscience qu’elles représentent un mode de vie en passe de disparaître, ce qui a donné naissance à une industrie touristique. Dès les années 1920 et 1930, des domaines ruraux ont ainsi ouvert leurs portes au public ».

La preuve en est qu’il est possible de visiter Highclere Castle, lieu de tournage de Downton Abbey. Les fans de la saga pourront donc traverser la Manche pour prolonger un peu la magie de la franchise Downton Abbey.