Alors que la relation au travail n’est toujours pas au beau fixe en France (seuls 17 % des knowledge workers déclarent entretenir une bonne relation avec leur travail selon le HP Work Relationship Index, l’intelligence artificielle ouvre cependant de nouvelles perspectives, à condition d’être accompagnée par les managers et de répondre aux attentes des collaborateurs. Cédric Coutat, Président de HP France.

TIME – La 3ème édition du Work Relationship Index de HP montre une dégradation de la relation au travail en France. Comment interprétez-vous ce signal ?

Cédric Coutat – Ce que nous observons aujourd’hui va bien au-delà d’un malaise conjoncturel. Le Work Relationship Index met en lumière un fossé grandissant entre les attentes des collaborateurs et la réalité de leur quotidien professionnel. Pression accrue, perte de repères, difficulté à concilier performance et bien-être : ces signaux silencieux s’accumulent depuis plusieurs années.
Ce qui interpelle, c’est que l’étude montre aussi que la majorité des leviers d’amélioration est pourtant entre les mains des dirigeants. En effet, 85 % des leviers d’une meilleure relation au travail relèvent de décisions managériales et organisationnelles. Cela renvoie directement aux choix d’organisation, de management et d’équipement. En effet, nous observons que la technologie, lorsqu’elle est bien intégrée, peut jouer un rôle déterminant pour restaurer une bonne relation au travail. L’important est qu’elle soit conçue pour être au service des employés, pour répondre à leurs besoins réels, en leur simplifiant certaines tâches afin qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes.

TIME – L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une réponse “miracle” à ces tensions, tout en suscitant des inquiétudes. Comment dépasser ce paradoxe ?

Cédric Coutat – L’IA est désormais une réalité dans l’entreprise. La question est de savoir dans quelles conditions elle est déployée dans les organisations. Sans cadre, sans accompagnement ou sans vision claire, elle peut amplifier l’anxiété et le sentiment de perte de contrôle.

Le HP Work Relationship Index démontre justement que lorsque les collaborateurs disposent d’outils d’IA fournis par leur entreprise et réellement adaptés à leurs usages, leur relation au travail s’améliore. L’IA est alors perçue comme un facilitateur : elle automatise certaines tâches, libère du temps et permet de se recentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée.

En France, l’usage quotidien de l’IA reste encore limité, ce qui met en lumière le rôle clé des dirigeants dans l’accompagnement des usages et le développement des compétences.

TIME – Cette transformation passe aussi par l’équipement technologique. Pourquoi le PC IA occupe-t-il une place aussi centrale dans votre vision ?

Cédric Coutat – Le PC reste le point central des usages professionnels, en particulier dans un contexte de travail hybride installé. Avec l’intégration de l’IA en local, son rôle évolue en profondeur. On ne parle plus simplement d’un outil de production, mais d’un véritable environnement de travail intelligent, capable de s’adapter aux usages, aux contextes et au rythme de chacun.
Le PC IA permet d’exécuter certaines fonctions d’intelligence artificielle directement sur le poste de travail, sans dépendre du cloud ni d’une connexion internet. Cela apporte des bénéfices très concrets en matière de fluidité, de confidentialité et de continuité d’usage. Mais là encore, l’enjeu dépasse la seule dimension technologique : il est avant tout organisationnel et humain.

TIME – La question de la confiance revient fortement dans l’étude, notamment vis-à-vis des dirigeants. Quel lien faites-vous avec les choix technologiques ?

Cédric Coutat – La confiance se construit à travers des décisions claires, cohérentes et lisibles. Lorsqu’une entreprise investit dans l’optique d’améliorer le quotidien de ses équipes, elle envoie un signal fort. Les équipements IT en font partie.
À l’inverse, des technologies mal maîtrisées ou utilisées de façon non encadrée peuvent fragiliser cette confiance. La montée du « Bring Your Own AI », où chacun recourt à ses propres outils sans cadre commun, en est une illustration. Cela pose des questions de sécurité, de conformité et d’alignement stratégique. Le rôle des dirigeants, avec l’implication indispensable des directions IT, est précisément d’éviter ces dérives en proposant des environnements sécurisés, simples et adaptés aux besoins des collaborateurs.

TIME – Justement, quel rôle peuvent endosser les directions IT dans cette transformation ?

Cédric Coutat – Les directions IT sont aujourd’hui de véritables architectes de l’expérience collaborateur. Elles se situent à l’interface des exigences de performance, des enjeux de sécurité et des attentes des collaborateurs. Le Work Relationship Index 2025 montre que l’IT reste encore insuffisamment sollicitée dans les projets liés à l’expérience collaborateur, seuls 37 % des décideurs IT déclarant être consultés, ce qui souligne l’importance d’associer étroitement départements IT, management et métiers dans les projets de transformation technologique. L’IA ne doit pas être pensée comme un projet additionnel et isolé, mais comme un levier de transformation globale, au service de la stratégie de l’entreprise et pensée pour être au service des usages réels.

TIME – L’étude met aussi en avant les attentes spécifiques des jeunes générations. Qu’est-ce que cela implique pour les entreprises françaises ?

Cédric Coutat – Les générations qui arrivent aujourd’hui sur le marché du travail ont grandi avec le numérique et l’IA. Elles attendent davantage de flexibilité, d’autonomie et de personnalisation. Ce sont aussi celles qui adoptent le plus rapidement de nouveaux usages.
Pour rester attractives, les entreprises doivent faire évoluer leur culture, leurs modes de management et leurs outils en cohérence avec ces attentes. Cela passe par une meilleure prise en compte de l’expérience collaborateur, mais il faut aussi encourager de nouvelles dynamiques comme le partage de compétences entre générations. La technologie peut être un formidable catalyseur de ces évolutions, à condition d’être utilisée comme un outil d’émancipation, au service de la confiance et de l’engagement, et non comme un instrument de contrôle.

TIME – Comment HP se positionne-t-il dans ce contexte de transformation profonde du travail ?

Cédric Coutat – Notre ambition est claire : mettre l’intelligence artificielle au service de l’humain. Cela se traduit par des choix technologiques assumés, mais aussi par une réflexion profonde sur l’avenir du travail.
Avec le Work Relationship Index, nous avons souhaité apporter aux dirigeants un outil de lecture et de compréhension des mutations en cours. L’IA, et en particulier l’IA embarquée dans les outils du quotidien comme le PC, peut devenir un levier puissant de motivation, d’engagement et de fidélisation. À condition qu’elle soit mise en œuvre avec une vision responsable, et centrée sur les usages des travailleurs d’aujourd’hui et de demain. Dans ce contexte, la capacité des entreprises à construire une relation au travail plus équilibrée pourrait devenir un avantage concurrentiel durable.

 

*Les knowledge workers ou les professionnels du savoir sont des travailleurs qui mobilisent principalement leurs facultés cognitives, relationnelles, communicatives, en collaboration avec d’autres travailleurs et/ou avec des machines dans le cadre de leur activité professionnelle.