Le député de la Somme a lancé l'antenne parisienne de son parti refondé l'été dernier, Debout!. Le candidat à la primaire de la gauche a évoqué clairement la manière dont il comptait faire campagne pour 2027

En arrivant dans la salle de l’espace MAS, au sud du 13ème arrondissement de Paris, l’équipe de Debout! prévient : « ce n’est pas un meeting de campagne ». Pourtant, tous les éléments y sont. À l’accueil, les tracts où sont énumérées des propositions pour « redresser le pays », les drapeaux qui sont distribués à la salle quand elle se remplit… Les discours qui se succèdent y font clairement référence dans une salle aménagée comme une agora, la scène positionnée au centre du public. Si la raison de la réunion publique est a priori toute autre, tout semble préparer la campagne présidentielle à venir. François Ruffin a convié le 4 décembre à 19 heures des militants pour leur présenter la création de l’antenne parisienne de son parti Debout, ainsi que la mise en place d’une organisation de jeunesse du parti. Signes supplémentaires, s’il en fallait, que le parti se structure en vue de 2027. 

Lors de la soirée, François Ruffin n’est pas le seul à prendre la parole. Montent sur scène d’abord les responsables des organisations créées ce soir-là. Vincent Jarousseau, photojournaliste et ancien adjoint au maire du 14ème arrondissement de 2001 à 2014 raconte les années où il a quitté la politique, « dégoûté, lassé des jeux d’appareils ».
« Je n’avais pas prévu de revenir dans un engagement partisan », raconte celui qui s’est dit déçu du mandat de François Hollande. Il évoque sa rencontre avec François Ruffin au moment de la crise des Gilets Jaunes et explique avoir voulu rejoindre son mouvement, « fondé par le bas ». À ses côtés à la tête de Debout Paris, Hélène Gilquin, directrice des affaires institutionnelles des Petits frères des pauvres, note la singularité du parti, un des rares à « n’être pas né à Paris ». Le mouvement de François Ruffin, anciennement Picardie Debout, a quitté son empreinte géographique pour se nationaliser en juin dernier, date à laquelle le député reporter prend aussi la tête du mouvement. « Nous ne pouvions pas ne pas nous implanter à Paris », affirme celle qui énumère la liste des moment marquants de l’histoire de gauche dans lesquels son parti veut s’inscrire, de la Révolution français à mai 68, en passant par la commune de Paris. 

Le théoricien d’une « primaire geyser »

 

Applaudi en entrant sur scène, François Ruffin réaffirme l’importance pour lui de s’implanter à la capitale. « Picardie Debout s’est construit un peu contre Paris », affirme le député de la Somme. Mais il assure qu’il y a une « nécessité », un « besoin » à ce que son mouvement s’installe à Paris, notamment dans l’optique des échéances électorales à venir. C’est lui qui, en mai dernier, dans une interview à Libération, lance l’idée d’une primaire à gauche. Une « primaire geyser », dont le but avancé n’était pas simplement de désigner un candidat d’union, mais de créer « un moment de débordement », théorise-t-il à l’époque. Primaire à laquelle, comme Marine Tondelier ou encore Clémentine Autain, il s’est porté candidat. « Dans la campagne qui vient, nous avons besoin d’un Paris, d’un Paris debout […] pour amener cette envie d’avoir envie dans tous le pays » déclare François Ruffin en citant ouvertement Johnny Hallyday.  

Cet événement, il le qualifie de « pré-meeting, dans une pré-campagne ». Au début de sa prise de parole, il note d’ailleurs que celles et ceux qui sont venus l’écouter sont aussi venus « servir de cobaye ». « On s’échauffe pour la campagne qui va venir. On va essayer des choses ce soir », distille le candidat, alors que la soirée sera rythmée de témoignages et de temps d’échanges.
Le même livre « quelques confidences », filmées et diffusées en live sur YouTube tout de même, concernant le « plan de bataille » pour l’élection qui doit avoir lieu dans « 507 jours », borne temporelle qu’il martèle à plusieurs reprises tout au long de la soirée. Analysant un certain défaitisme concernant l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en 2027, il appelle à ne pas accepter la « fatalité ». 

« La primaire va exister »

Répondant aux questions qui lui sont posées, il égraine, au fil de son discours, quelques pistes de programme. Il évoque notamment une « grande loi de séparation de l’argent et de l’Etat », rappelle qu’il est pour le référendum d’initiative citoyenne, demande des Gilets Jaune notamment. Évoquant la taxe Zucman, il appelle à combattre « l’oligarchie » et à « appliquer la loi » pour celles et ceux qui ne paient pas leurs impôts, faisant référence à la prise de parole d’Elie de Rothschild, qui a affirmé qu’« aujourd’hui, tous les riches fraudent ».
Pour y remédier, la méthode Ruffin, c’est « appliquer la loi », rappelant l’article 1741 sur le code des impôts. « Ce seront des procédures et des procès », prévient-il. 

Revenant sur la primaire de l’automne prochain, le député passe quelques messages plus ou moins subliminaux au reste de la gauche. « La primaire va exister », réaffirme-t-il, alors que certains l’enterrent déjà, précisant que toutes les informations concernant la date et les modalités du scrutin seront connues « avant Noël ». Il renouvelle ainsi les promesses que la gauche unioniste de Bagneux avait formulées quelques semaines auparavant. Et de s’adresser aux absents de ce périmètre, les communistes d’abord : « dans la lutte contre le fascisme, les camarades communistes ont toujours joué un rôle majeur pour s’y opposer. Ils doivent venir nous rejoindre dans cette bataille-là » martèle François Ruffin. 

Parlant d’une primaire « ouverte », il invite aussi les deux candidats qui font aujourd’hui la course en tête dans les sondages, l’insoumis Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann (Place Publique), « pour lui aussi, la primaire peut servir de refuge pour candidat en perdition » tacle tout de même l’ancien journaliste. Hasard du calendrier, pendant qu’à Paris, François Ruffin donne des airs de meeting à sa réunion publique, à Charleville-Mézières, c’est un certain Jean-Luc Mélenchon qui en tient un. Les deux hommes travaillaient côte à côte avant de se brouiller ouvertement au moment des législatives de 2024. L’insoumis, connu pour être redoutable en campagne, sera assurément un obstacle sur le chemin de François Ruffin vers l’Elysée. Peu importe, à 507 jours du scrutin, le député veut y croire. Il termine la soirée avec une de ses vieilles rengaines en appelant la salle à scander : « C’est nous qu’on va … gagner ».